L'ART DU CONTE

        

Un récit simple Un récit édifiant
Un style varié Les interventions de l'auteur Un récit merveilleux

         Introduction     
        Le conte, un genre indéfini
       
Les récits de Perrault sont passés à la postérité sous le titre générique de Contes, mais, lors de leur publication, la précision n'était pas aussi évidente. Le titre choisi par l'auteur " Histoires ou contes du temps passé " met en évidence l'indifférence terminologique pour nommer la catégorie générique dans laquelle il inscrit  son oeuvre, ce qui importe davantage c'est la référence au passé. L'incertitude générique est corroborée dans la préface :  pour désigner ses récits, Charles Perrault use indifféremment des termes " fable", " nouvelle", " conte", "histoire". Ainsi Grisélidis, est désigné comme une nouvelle,  Peau d'Âne et Les Souhaits ridicules comme des contes, mais dans l'épître dédicatoire des Souhaits ridicules, Perrault par deux fois identifie son récit à une fable : une "folle et peu galante fable", " Vous aimerez ma fable et sa moralité". Les récits en prose eux sont appelés, " Histoires ou contes". Dans la préface de 1694, Perrault nous donne des précisions quant à la spécificité de ses récits : par "nouvelle", il faut comprendre : " Récit de choses qui peuvent être arrivées, et qui n'ont rien qui blesse absolument la vraisemblance" ; la fable et le conte sont tous deux des " fictions toute pure", qui renferment " une moralité louable et instructive" et sont donc en quelque sorte synonymiques, si ce n'est que Perrault s'interdit de "blesser ou la pudeur ou la bienséance", ce qui laisse supposer implicitement que d'autres sont moins scrupuleux que lui. La distinction entre "nouvelle" et "conte ou fable" reposerait donc sur la présence, ou non, de vraisemblance.
        Selon la définition proposée par Littré, le terme "conte" désigne un "récit d'aventures merveilleuses ou autres, fait en vue d'amuser. Les contes de fées. Les contes de Perrault  et par extension, récits imaginaires, raisons sans fondement, billevesées.
        Littré précise le rapprochement synonymique entre "CONTE, FABLE, NOUVELLE, ROMAN. Il n'y a pas de différence fondamentale entre le conte et le roman ; l'un et l'autre sont des narrations mensongères ou regardées comme telles. Tout ce qu'on peut dire, c'est que conte est le terme générique puisqu'il s'applique à toutes les narrations fictives, depuis les plus courtes jusqu'aux plus longues. Le roman ne se dit que de celles-ci. Un conte de trois pages ne s'appellera jamais un roman, tandis qu'un roman est, dans toute la rigueur du terme, un conte suffisamment long. La nouvelle ne se distingue pas non plus au fond du conte ou du roman. Dans l'usage ordinaire, c'est un roman de petite dimension dont le sujet est présenté comme nouveau ou peu ancien, ou avec des détails inconnus jusqu'ici. La fable, dans le sens d'apologue, est le récit d'une petite scène entre des animaux ou des végétaux auxquels on prête les sentiments et le langage humains. Dans la conversation, quand après un récit entendu on dit : c'est un conte, ou c'est une fable, on entend que le récit n'est pas vrai. Quand on dit : c'est un roman, on veut dire que les aventures racontées sont extraordinaires ; elles peuvent néanmoins être vraies."
        Au regard de ces informations, à défaut d'élaborer une définition précise, nous pouvons affirmer que le conte est un récit qui se distingue des autres textes narratifs moins par sa longueur que par la présence du merveilleux, du surnaturel et qu'il se rapproche de la fable par son but didactique, (renforcé chez Perrault par la présence de " Moralités" explicites), et sa lecture allégorique ; les situations mises en scènes, bien qu'apparaissant extraordinaires sont vraisemblables. 
      
  Le conte, un récit simple  :
               
Tous les contes sont construits sur les mêmes principes :
                - Un titre, qui désigne le plus souvent le personnage principal ( héros éponyme dans 10 contes sur 11)
                - un récit au passé, mais un passé indéterminé : 9 contes sur 11 s'ouvrent avec la formule verbale atemporelle " Il était une fois".
                - l'absence de repères temporels précis : non seulement aucune date, mais aussi aucune référence aux divisions de l'années ( mois, jour...saison). 
                - l'absence de repère de durée, les contes se déroulent dans un temps hors norme, non identifiable.
                - l'absence de repères chronologiques : le conte évolue au gré de l'indication très vague, " Un jour"
                Parfois quelques indications sont données mais elles demeurent imprécises : quand la Belle se pique le doigt elle a " quinze ou seize ans" ; la famille du Petit Poucet connaît un répit " tant que les dix écus durèrent"
                Les quelques rares indications précises que nous puissions lire, n'ont pas de véritable valeur : les cent années de sommeil programmées pour la Belle ,l'âge respectif des deux enfants de la Belle, 2 et 4 ans, la durée du bonheur clandestin de la Belle et de son mari, 2 ans. Ces précisons ont pour seul but de donner une idée de la longueur ou au contraire de la brièveté du temps.
                - l'absence de repères spatiaux précis : dans les contes on retrouve toujours les mêmes lieux emblématiques : le château, la masure, lieux représentent symboliquement les riches et les pauvres, la forêt, la campagne, lieux isolés, lieux en dehors de la vie sociale, lieux de la quiétude ( la forêt pour Griselidis) ou au contraire du danger ( la forêt pour le petit Chaperon rouge ou le Petit Poucet et ses frères)
                - une seule action ,sauf pour La Belle au bois dormant, puisque après le mariage de la Belle avec le prince, le conte rebondit sur les malheurs de la Belle et de ses enfants ; et dans une moindre mesure, puisqu'il ne s'agit que de suppositions, Le Petit Poucet, puisque après avoir vaincu l'ogre, il part se mettre au service du roi.
                - un schéma narratif immuable :
                Situation initiale : marquée par la stabilité, ( même dans le cas du Petit Poucet, la pauvreté est grande mais supportable)
                Élément perturbateur : un événement vient rompre la stabilité initiale ( la famine, le désir incestueux, le manque de confiance du mari...)
                Péripéties : l'agression génère des actions en chaîne ( gagner du temps, fuir, se cacher dans une ferme... pour Peau d'Âne)
                Élément équilibrant : un événement ( un objet, une circonstance), un personne ( fée, prince charmant) met fin à l'agression 
                Situation finale : marquée par le retour à la stabilité et à l'harmonie  
                REMARQUE : dans Cendrillon, et dans  Le Maître Chat, la situation initiale et l'élément perturbateur coïncident.
                - un schéma actantiel immuable, à l'exception du Petit Chaperon rouge
   
             Destinataire : une agression                                           Destinateur
                  la misère, l'inceste, l'humiliation....                                    la richesse, la survie, le bonheur....                                                                   .
                                                Sujet : le héros éponyme* 
                                                Objet : échapper à l'agression
                Opposants :                                                                        Adjuvants
               
un membre de la famille : parents, frères, mari...            le héros lui-même ( Griselidis), la famille (frère), une fée, un objet magique...
                * = dans le conte Les fées, le titre ne fait pas référence à la victime

                - une fin heureuse, (sauf dans le cas du Petit Chaperon rouge) : par un renversement de situation, le héros victime accède à un sort diamétralement opposé à celui qu'il vivait : Cendrillon de servante devient princesse...
                REMARQUE : la fin des Souhaits ridicules, est plus équivoque, puisque entre le début et la fin du conte la situation matérielle du bûcheron n'a pas évoluée. C'est le seul cas où la situation initiale et la situation finale est identique.
                - peu de personnages opérants : dans Le petit Chaperon rouge, seuls le loup et la fillette, jouent un rôle jusqu'au bout du conte. Même si certains contes mettent en scène de nombreux personnages, la plupart sont au service du contexte, ils jouent le rôle de figurants pour donner une apparente " réalité" au décor ( à ce sujet lire le chapitre consacré aux personnages)
                - la présence du merveilleux : qu'il s'agisse d'une fée, d'un objet magique, mais aussi de concours de circonstances hors du commun et pour le moins peu vraisemblables, telle la rencontre par hasard du prince charmant, ( pour Peau d'Âne, Cendrillon, la cadette des fées)
                - un récit rapide et concis :
le conte, de par sa brièveté, fait l'économie de tout ce qui pourrait ralentir l'évolution du schéma narratif, seuls sont consignés les éléments nécessaires à la juste compréhension du récit, toute description, tout événement ne jouant pas de rôle efficace sont jugés inutiles, aussi l'auteur ménage-t-il des ellipses dés lors que le conte se déroule sur une longue durée. Par exemple, dans La Belle au bois dormant, le récit s'ouvre sur la naissance et le baptême de la jeune princesse, puis le roi, pour essayer de contrer le sort prévu la vieille fée, fait publier un édit interdissent à toute femme de filer et dés la ligne suivante, sans transition, le récit fait un bond de quinze ans.
                Pour donner de la vivacité au récit, l'auteur privilégie le discours, rapporté ou direct, au discours narratif. Par exemple, dans le  Petit Chaperon rouge, le dialogue entre la fillette et le loup, rend compte de la rapidité avec laquelle le loup opère et insiste sur le fait que la fillette ne pouvait en aucun cas échapper à son sort.
                
       
  Les contes, une diversité de style :
            - Les contes en vers :
relèvent d'un style très travaillé, précieux, et l'on comprend aisément à leur lecture que la postérité ne les ait pas retenus pour figurer dans les recueils de contes destinés aux enfants, et ce n'est pas par hasard si le succès de Peau d'Âne, est dû à sa réécriture en prose ( au point que nombreux sont ceux qui ignorent que la version originale de Perrault est écrite en vers.)
            Même si, pour éviter une certaine monotonie, Perrault fait le choix de strophes et de mètres irréguliers, par exemple dans Griselidis, on trouve des strophes paires et impaires, de 13, 11, 1O, 8, 4, 5, 3, hétérométriques, ( par exemple la première strophe est écrite en octosyllabes et en alexandrins), s'il varie les schémas de rimes ( par exemple dans la première strophe, 4 rimes croisées, 2 rimes suivies, 4 rimes croisées), force est de constater que les contes en vers sont assez académiques, et que le choix de l'écriture versifiée est justifiée par le désir de l'auteur de donner au conte, un statut littéraire, à l'égal des Fables. N'oublions pas qu'au dix-septième siècle, on attachait une importance capitale à la forme, Malherbe dicte les règles de versification ( la rime doit satisfaire l'oeil et l'ouïe) et  Boileau ( ennemi de Perrault dans la querelle des Anciens et des Modernes) codifie les genres ( Art poétique, 1674), dont le conte est exclu.
            Même si les contes en vers n'appartiennent pas à la poésie savante ( rares sont les références culturelles ; le sujet des Souhaits ridicules est peu poétique mais burlesque voire grotesque, la convocation de Jupiter ne suffit pas à faire oublier "l'aune de boudin"), il n'en demeure pas moins que cette poésie manque de "naturel", et qu'elle relève d'une certaine préciosité ( préciosité = mouvement littéraire du 17ème siècle qui se caractérise par le goût de l'artifice, le raffinement du style). L'agencement syntaxique des phrases est très complexe : par exemple on peut lire dans Griselidis : " Il jura donc plus d'une fois / Que quand bien même le Ciel pour lui plein de tendresse / Formerait une autre Lucrèce, / Jamais de l'hyménée il ne suivrait les lois." ( principale, annonce de la complétive, incise de la subordonnée temporelle, complétive avec apposition du complément du déterminant ) ; Perrault use( et abuse ) de la diérèse en [ieux] ( par exemple dans Peau d'Âne :" Car l'ouvrier industrieux / Avant de la semaine; / Fit apporter l'ouvrage précieux / Si beau, si vif, si radieux"  ; on trouve nombre de comparaisons galantes, de métaphores " "les noeuds du mariage", le" trait qui lui perce le coeur" ; de périphrases ( il n'était pas de bon ton pour les précieux de désigner un objet par son nom) : quinze fois le soleil, pour former les saisons / Habita tour à tour dans ses douze maisons" (= 15 ans), privilégie les antépositions ce qui n'est pas toujours du meilleur effet,("une brune paupière" ; " le moite bord du ruisseau").
           - Les contes en prose : se définissent par un style beaucoup plus sobre, plus naïf, que les contes en vers. Plus proches de leur oralité originelle, les contes en vers séduisent par la diversité, des registres et des niveaux de langue, et s'adressent à un public plus élargi et moins élitiste.
            - Les différents registres
           Même si le registre pathétique domine largement la plupart des contes, 
tous les autres registres sont convoqués dans les contes, au gré des situations et des intentions de l'auteur.
            -  le burlesque, âprement défendu par Perrault dans Le parallèle des Anciens et des Modernes, non seulement du sujet, comme celui des Souhaits ridicules, mais aussi du style, c'est à dire, "transposer l'univers sérieux et noble dans celui de la facétie et du comique" ( définition de Littré). Certes la situation de la femme du bûcheron des Souhaits ridicules n'est pas drôle mais le portait de son visage avec " une aune de boudin au bout du nez" (169), prête à rire et de fait on s'imagine mal qu'elle puisse être une reine respectée et adulée avec un tel physique. Le caprice culinaire de l'ogresse qui veut que ses petits-enfants soient accommodés "à la sauce Robert", est incongru dans le contexte "tragique" du sort des enfants ; de même la remarque sur " la peau dure" de la Belle est inattendue par les circonstances. Cette  distance prise avec la situation permet de la dédramatiser la situation et quelque part de ne pas y adhérer vraiment.
            - le pathétique : la solitude de Peau d'Âne, les humiliations de Cendrillon, la pauvreté des parents du petit Poucet... la souffrance physique ou morale, sont autant de situations qui émeuvent.  Parfois, l'auteur n'hésite pas à accentuer les registres. Ainsi, pour émouvoir davantage son lecteur, Perrault n'hésite pas à intensifier le pathétique de la situation de Cendrillon : " Elle la chargea des plus viles occupations de la Maison : c'était elle qui nettoyait la vaisselle et les montées, qui frottait la chambre de Madame, et celle de Mesdemoiselles ses filles. Elle couchait tout au haut de la maison, dans un grenier, sur une méchante paillasse, pendant que ses soeurs étaient dans des chambres parquetées, où elles avaient des lits des plus à la mode, et des miroirs où elles se voyaient depuis les pieds jusqu'à la tête." : pour susciter la pitié, Perrault, use du superlatif, énumère les différentes tâches qu'elle doit assumer, insiste sur leur côté dégradant pour une jeune fille de haut rang, décrit la précarité de sa mansarde et la compare avec le luxe de celle de ses demi-soeurs.
            La fin du Petit Chaperon rouge doit faire peur c'est pourquoi, dans une note, lors de la première édition, Perrault avait indiqué qu'il fallait prononcer la dernière phrase du loup " d'une vois forte"
            - le tragique : les deux tiers de Griselidis sont dominés par le registre tragique. L'acharnement du mari à persécuter une épouse toujours aussi aimante et toujours soumise, éveillent la pitié et la terreur. Griselidis a toute la grandeur d'une héroïne de tragédie. Le  machiavélisme de la Barbe bleue, le rend d'autant plus odieux qu'il abuse de la naïveté de sa jeune épouse, victime sacrifiée à l'hôtel de sa cruauté. Ses supplications, ses demandes de pardon réitérées résonnent comme autant d'appels à la pitié du lecteur. Fatalement le Petit rouge marche vers son destin funeste, victime innocente par excellence.
            - le comique : Les dames de la cour dans Griselidis sont comparées à des brebis : " [...] son bon sens jamais embarrassé / Eut moins de peine à les conduire / Que ses brebis du temps passé." Le décalage entre l'assurance du maître Chat qui ose affronter l'ogre, et sa poltronnerie naturelle de chat face à l'ogre devenu tigre, n'est pas sans amuser.
            - l'humour : " comme ils n'étaient pas tous amoureux, ils mouraient de faim" (194) ; le quiproquo sur le sens du verbe " habiller", dans Petit Poucet, fait croire à la femme de l'ogre à un accès de bonté de la part de son mari : " Va-t-en [...] habiller (= préparer pour les cuisiner et non pas les vêtir) ces petits drôles d'hier au soir" . Parfois l'humour est grinçant : ainsi la tristesse du père de Peau d'Âne à la mort de sa femme est suspecté de manquer de sincérité : " Et il pleurait ses défuntes Amours / Comme un homme pressé qui veut sortir d'affaire." (136)
            - la satire
, dans certaines interventions de l'auteur ( voir ci-dessous)
           
Parfois,d' une phrase à l'autre, on constate des ruptures de ton : ainsi, à la réponse poétique d'Anne, " je ne vois rien que le Soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie", succède les cris autoritaires de la Barbe bleue " Descends donc vite ou je monterai là-haut." (226). Le lyrisme du duo amoureux entre la Belle et le jeune prince salvateur est rompu par des considérations très prosaïques sur la mode : " Elle était habillée comme ma mère-grand et elle avait un collet monté" (195) ;  un détail comique vient rompre l'atmosphère tragique : " Il entra dans une grande avant-cour où tout ce qu'il vit d'abord était capable de le glacer de crainte : c'était un silence affreux, l'image de la mort s'y présentait partout, et ce n'étaient que des corps étendus d'hommes et d'animaux, qui paraissaient morts. Il reconnut pourtant bien au nez bourgeonné et à la face vermeille des Suisses, qu'ils n'étaient qu'endormis..." (192)
            - Les différents niveaux de langue
               
Le langage soutenu du style littéraire cohabite avec le langage populaire de l'oralité. Ainsi la cadette du conte Les Fées, s'exprime aussi bien de façon très populaire, " Oui-dà, ma bonne mère" que de manière beaucoup plus élégante, "Je vous demande pardon, ma mère, [...] d'avoir tardé si longtemps."
                 De même, un lexique familier et des expression populaires, " tire la bobinette et la chevillette cherra", "le tortillon", "le chaperon"," le bavolet", "fagoter" (293), " débarbouiller"(296), familières,"le fretin", "des broutilles" (293) "haché menu comme chair à pâté", " ne pas manquer son coup" (296) des jurons, " Peste soit du boudin", des insultes, " sale guenon", se mêlent à un lexique et à des expressions plus soutenus, "halener" (199), "lardoire" (280), "godronner les manchettes" (260), " les habits et les coiffures qui leur siéraient le mieux" (260). Même les personnages les plus modestes s'expriment dans une langue juste et recherchée, telle la mère du Petit Poucet " Que je suis bien aise de vous revoir, mes chers enfants ! Vous êtes bien las...", le subjonctif imparfait est très utilisé, parfois même de manière très inattendue : ainsi le Petit Poucet, très jeune puisqu'il est le cadet d'une fratrie de 7 enfants et que son frère aîné a dix ans, adresse un discours très éloquent à la femme de l'ogre : " Comme la chose presse beaucoup, il a voulu que je prisse ses bottes de sept lieues que voilà pour faire diligence, et aussi afin que vous ne croyiez pas que je suis un affronteur."  Parfois, dans une même phrase on constate des ruptures de langage : ainsi la mère du Petit Poucet : " Vous êtes bien las, et vous avez bien faim ; et toi, Pierrot, comme te voilà crotté, viens que je te débarbouille."
            - La récurrence de l'hyperbole
est un trait dominant du style des contes. En effet qu'il s'agisse de qualités ou de défauts, de sentiments, on est toujours dans l'exagération, l'emphase, signe que les personnages, les situations, les comportements sont toujours hors de la réalité. Dans les contes, on côtoie l'absolu à toutes les pages, et sous toutes ses formes :les comparaisons, " elle aurait de l'esprit comme un ange", " elle chanterait comme un rossignol", les comparatifs de supériorité, Cendrillon est "cent fois plus belle que ses soeurs." (260), ses demi-soeurs sont " plus haïssables", les superlatifs, " la meilleure personne" (259),  "la plus hautaine et la plus fière" (259), les superlatifs absolus, " Elle serait la plus belle personne du monde" , " elle jouerait de toutes sortes d'instruments dans la dernière perfection"(186), les adverbes d'intensité, Riquet est un garçon " si laid et  si mal fait que ..." (274),les adverbes de la perfection, " elle danserait parfaitement", " merveilleusement bien".
       
  Les interventions de l'auteur :
                Comme nous l'avons remarqué précédemment, le conte est pris en charge par un narrateur omniscient, non identifié, pourtant, de manière récurrente Perrault intervient dans le récit très explicitement, tantôt sous la forme d'une intervention entre parenthèses ( les plus nombreuses), tantôt sous la forme d'une intervention encore plus directe à la première personne, sans même prendre le soin de marquer une quelconque démarcation entre le récit
du conteur initial , parfois enfin, il met en doute la fiabilité du conte et propose plusieurs versions. Par ces interventions, Perrault revendique aussi son statut de conteur et comme dans la tradition orale, il s'approprie le récit, il y ajoute sa touche personnelle.
                Dans le tableau ci-dessous, nous relevons les différents types d'intervention 
            

conte intervention de l'auteur intervention de l'auteur
Peau d'Âne " Cette injustice vous surprend"  interpeller le lecteur, anticiper sur les réactions du lecteur
  "J'oubliais à dire en passant" mimétisme de l'oralité, il feint un défaut de mémoire pour donner de la vraisemblance au récit
  "On dit que ... il tomba dans la pâte un de ses anneaux"
Mais ceux qu'on tient savoir le fin de cette histoire... / Assurent que par elle exprès il y fut mis"
Et pour moi franchement je l'oserais croire"
l'auteur donne deux hypothèses différentes mais précise laquelle il choisit et se justifie,donc il discrédite la première version et influence le lecteur dans son choix.
La Belle au bois dormant "(il s'en trouva sept)"  valeur informative :il donne une précision que ne donne pas le conteur 
  "(c'étaient des bottes avec lesquelles on faisait sept lieues d'une seule enjambée)" valeur informative, fonction métalinguistique du langage ( = préciser le sens de l'expression " bottes de sept lieues")
  " car il y a apparence,(l'histoire n'en dit pourtant rien)" il fait des suppositions et comble le non dit par des hypothèses
  "(elle le dit d'un ton d'ogresse qui a envie de manger de la chair fraîche" valeur de didascalie de ton ( il rappelle que les contes sont lus à haute voix)
La Barbe bleue "(c'était toutes les femmes que la Barbe bleue avait épousées et qu'il avait égorgé les unes après les autres)" valeur explicative + accentuer le côté sanguinaire du personnage
Les Fées "(car c'était une Fée qui avait pris la forme d'une pauvre femme de village, pour voir jusqu'où irait l'honnêteté de cette jeune fille.)" double valeur : 1 : préciser l'identité de la vieille femme ; 2 : valeur justificative de la présence de la Fée
Le Petit Poucet "(car c'est le premier expédient que trouvent toutes les femmes en pareilles rencontres)" commentaire ironique sur l'émotivité des femmes et leur faiblesse.
  de " Il y a bien des gens qui ne demeurent pas d'accord... " jusqu'à la fin il précise que plusieurs versions de la fin du conte existent : l'une est immorale, elle rend le petit Poucet coupable de vol, l'autre est beaucoup plus morale, il serait allé se mettre au service du roi. L'auteur ne tranche pas mais il présente la seconde version comme étant plus sûre : " Ces gens-là assurent le savoir de bonne part, et même pour avoir bu dans la maison du bûcheron"

        Un récit merveilleux : 
       Un récit édifiant