FILMOGRAPHIE
Le
réalisateur
Les
origines du film
Le film
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Titre original :
DANGEROUS LIAISONS
Date de sortie
: 22 mars 1989 (en France)
Réalisé
par : Stephen
Frears
Scénario : Christopher Hampton Avec : Glenn Close dans le rôle de la marquise de Merteuil John Malkovich dans le rôle du vicomte de Valmont Michelle
Pfeiffer dans le rôle de Madame de Tourvel |
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Ce film a obtenu l'Oscar du meilleur
scénario, des meilleurs décors, des meilleurs costumes en 1989, le
César du meilleur film étranger en 1990 et Michelle Pfeiffer a été
récompensée pour le meilleur second rôle féminin en 1990 par la British
Academy Awards.
LE RÉALISATEUR :
Stephen Frears,
né le 20 juin 1941 à Leicester ; c'est un réalisateur,
acteur, et producteur britannique. Il abandonne ses études de droit pour se
consacrer au cinéma : d'abord assistant metteur en scène, au Royal Court
Theater de Londres, il devient en 1966 assistant réalisateur. En 1967, il signe
son premier court métrage, The Buming et en 1971 il réalise son premier
long métrage, Gumshoe. Il travaille beaucoup pour la télévision
anglaise et réalise environ quarante films. Les Liaisons dangereuses, en
1988, marquent le début de sa production internationale. En 1992, il se marie
avec Anne Rothenstein. Depuis, ils ont eu 4 enfants. Il a été le président du
60ème Festival de Cannes, qui s'est tenu du 16 au 27 mai 2007.
Sa Filmographie
Gumshoe (1971)
Bloody kids (1979)
The hit (1984)
My beautiful laundrette (1985)
Walter and June (1985)
Prick up your ears (1987)
Sam and Rosie get laid (Sammy et Rosie s’envoient en l’air, 1987)
Dangerous liaisons (Les liaisons dangereuses (1988)
The Gifters (1989)
Hero (Héros malgré lui, 1991)
The snapper (1993)
Mary Reilly (1995)
The van (1996)
The hi-lo country (1998)
High fidelity (1999)
Liam (2000)
Dirty pretty things (2002)
Mrs Henderson presents (2006)
The Queen (2006)
Réflexions de Frears à propos de son film :
- Son but était de faire un film "agréable et très humain", ancré dans le XVIIIème siècle ( cf les costumes et les
décors), ce qui n'enlève rien à la modernité du sujet, au contraire :
transposer le sujet au XXème siècle " eût été une erreur. Car la
dynamique du film avait à voir avec le détachement et la distance dans le
temps. Même si les comportements contemporains sont sous-jacents."
- Ce qu'il a voulu avant mettre en évidence, c'est
"la modernité des sentiments" et l'affrontement de Valmont et de Mme
de Merteuil qu'il compare à des " champions prêts à monter sur le
ring" ( cf le début du film, plus particulièrement le regard de
satisfaction de la marquise devant sa coiffeuse et ensuite quand elle quitte sa
chambre, de même celui de Valmont quand il se tient debout, au pied de son lit,
comme s'il se regardait dans un miroir)
- Son jugement sur les deux personnages principaux :
tout sauf des "pantins", voire des caricatures d'une certaine
société au dix-huitième siècle.
Il ne juge pas Valmont, il avoue
même avoir une certaine sympathie pour lui en qui il ne voit qu'un Don
Juan professionnel : "Valmont [...] est une crapule. Ce n'est
par méchanceté qu'il séduit les femmes, mais par nécessité professionnelle.
Il a une réputation à défendre, il n'a du reste rien d'autre à faire."
Quant à madame de Merteuil,
il excuse son côté machiavélique et considère que ses comportements sont
induits moins parce qu'elle est une femme libre que par sa déception des hommes
d'une part et par sa jalousie : c'est une femme blessée : " si c'est une
mauvaise femme, c'est qu'elle a souvent été déçue par les hommes, qu'elle a
une revanche à prendre. Valmont lui-même la décevra quand il tombera amoureux
de madame de Tourvel. Une faute impardonnable."
LES ORIGINES DU FILM :
C'est au cours de
ses études à Oxford que Christopher Hampton
a découvert le texte de Laclos et
très vite, séduit par "la beauté de l'intrigue", il eut envie d'en
écrire une adaptation théâtrale. De plus, le passage du roman épistolaire au
théâtre lui semblait être un véritable travail de réécriture et de
composition très intéressant. En effet, il s'agit de passer du type de communication
unidirectionnelle imposé par le choix de l'écriture épistolaire à un
discours reproduisant l'échange d'une conversation réelle. Par ailleurs, si le
roman de Laclos joue sur l'absence des destinataires, Hampton va au contraire
jouer sur le face à face des personnages. Par exemple, le début de la pièce
met en scène les lettres II, IV, V, VI, à savoir : la requête de madame de
Merteuil auprès de Valmont (retiré à la campagne) pour l'aider à se venger
de Gercourt en lui demandant de séduire Cécile de Volanges (II), le refus de
Valmont et les raisons de ce refus (IV), le début de leur antagonisme (V, VI).
Hampton ne change rien à l'histoire : il en respecte la
chronologie, les intrigues et le rôle des différents personnages. Cette pièce
en deux actes, comportant chacun neuf parties, se déroule d'août au 31
décembre ( "New Years's Eve" ; " A new yer tomorrow"), les
deux principaux lieux sont Paris, plus particulièrement le salon de Mme de
Merteuil et la campagne chez Mme de Rosemonde. Pour autant, on peut constater
quelques différences, en ce qui concerne les personnages et un certain resserrement
de l'intrigue. En effet la relation entre Cécile et Sophie est totalement
gommée et Mme de Rosemonde n'apparaît qu'au dernier mouvement scénique. Par
ailleurs, la fin diffère du roman de Laclos. Dans la dernière partie, Mme de
Volanges et Mme de Merteuil jouent au cartes, dans une atmosphère sereine,
même si avant que les lumières ne s'éteignent on voit apparaître sur le fond
de scène la guillotine ( " Very slowly, the lights fade ; but just before
they vanish, there appears on the back wall, fleeting but sharp, the
unmistakable silhouette of the guillotine"). Voici comment Hampton justifie
cette réécriture de la fin : " Mon raisonnement était que dans la
pièce, il n'y a plus de correspondance écrite entre Valmont et Merteuil, donc
plus de preuves de leurs machinations. Je crois sincèrement que la fin du roman
était imposée par la morale de l'époque. Il raconte, par le truchement de
Madame de Volanges, que Merteuil a perdu sa fortune dans un procès et sa
beauté avec la petite vérole. Mais il y a, à la toute dernière page, une
note de bas de page, intitulée " note de l'éditeur", qui explique
que " des raisons particulières et des considérations, que nous nous
ferons toujours un devoir de respecter, nous forcent d'arrêter ici [...]
Que nous ne pouvons, dans ce moment, faire connaître au lecteur les sinistres
événements qui ont comblé mes malheurs ou achevé la punition de Mme de
Merteuil." Je suis sûr que Laclos voulait dire par là qu'il était
obligé de terminer son roman de cette façon mais que le lecteur savait comme
lui que les choses ne marchent pas de cette façon manichéenne. J'ai voulu en
quelque sorte le réhabiliter."
Enfin il est intéressant de remarquer que dans la dernière
scène du film, initialement prévue, Mme de Merteuil se faisait guillotiner. Mais en visionnant
cette séquence, Frears et Hampton l'ont trouvée si ridicule et si déplacée
par rapport par rapport à l'intrigue ( ce n'est pas parce qu'elle est aristocrate
et que l'action se situe à la veille de la révolution française que Mme de
Merteuil est disgraciée mais par ses seuls agissements), qu'ils ont décidé de
la supprimer et si Hampton voulait conclure le film par une phrase empruntée à
Laclos, écrite "blanc sur écran noir, "La maladie l'avait
retournée. A présent, son âme était sur sa figure", Glenne Glose,
l'actrice qui jouait le rôle de Mme de Merteuil a proposé que cette
phrase soit " jouée". " C'est comme ça qu'à la fin de la
journée de tournage on a fait un plan où elle se démaquille. [...] C'est
finalement cette fin que l'on a gardée."
REMARQUE : Jean-CLaude Brisville, dans sa
traduction et sa mise en scène de la pièce de Hampton, n'a pas gardé cette
fin, il en a réécrit une autre, conforme à celle de Laclos.
Cependant, ce n'est pas la pièce de théâtre qui sert de
support à Hampton pour l'écriture du scénario du film mais le roman de Laclos, ce qu'il justifie de la façon suivante : " Je pense qu'un film est
beaucoup plus proche d'un roman que d'une pièce de théâtre dans la forme. Il
y a toujours quelque chose d'artificiel dans le théâtre. Très souvent,
lorsqu'une pièce est adaptée pour le cinéma, ça sent le théâtre. Donc j'ai
décidé, [...] d'oublier mon premier texte et de recommencer le travail à
partir du roman.[...] Je n'ai presque pas consulté la pièce. J'ai tout
recommencé à zéro. [...] Je ne quittais jamais le livre pendant le tournage."
Si dans sa pièce il avait abandonné tout l'aspect
épistolaire, le film va lui permettre de réintégrer la correspondance entre
les personnages et par ailleurs, certains passages qu'il n'avait pas
retenus pour la transposition du roman au théâtre, parce qu'ils étaient
très difficilement transposables, ont pu être exploités, comme par exemple la
générosité de Valmont à l'égard des pauvres villageois.
!!! : si Gercourt devient le film " Bastide", c'est
tout simplement pour des raisons linguistiques : " les acteurs américains
n'arrivaient pas à prononcer son nom !"
LE FILM :
I : descriptif:
- Les différentes séquences :
890 plans répartis en 6 séquences :
séquence 1 = 6scènes :
1, présentation de la
Marquise et de Valmont ;
2, Valmont arrive chez Mme de Merteuil qui se trouve en compagnie de Mme de
Volanges et de Cécile ;
3, Mme de Merteuil présente à Valmont son plan pour se venger de son ancien
amant Gercourt ;
4, le pacte
entre Mme de Merteuil et Valmont : elle lui accordera une nuit d'amour quand
elle aura la preuve écrite de la reddition de Mme de Tourvel ;
5, Valmont assiste à la messe avec sa tante et Mme de Tourvel ; Mme de
Merteuil, Mme de Volanges et Cécile sont à l'opéra ; Mme de Merteuil
présente Danceny à Cécile et à sa mère. ;
6, la
générosité de Valmont à l'égard des paysans ;
séquence 2 = 6 scènes :
7, Valmont déclare
son amour à Mme de Tourvel : " Plus que de l'amour, c'est de
l'adoration"
8, Valmont obtient les lettres écrites à Mme de Tourvel par Julie, sa
femme de chambre ; Danceny glisse un billet dans la harpe de Cécile : " Je
vous aime" ; à l'opéra, Mme de Merteuil révèle à Cécile
l'identité et l'âge de son futur mari : "Mais c'est un vieillard !"
9, Mme de Tourvel demande à Valmont de partir, il accepte : "
je ne veux pas vous séduire, je veux vous mériter"
10, de retour à Paris, Valmont écrit à Mme de Tourvel, le corps d'Émilie lui
sert de pupitre ;
11, Mme de Merteuil explique à Valmont comment et pourquoi elle est devenue ce
qu'elle est : " dominer les hommes, venger les femmes"
12, après la découverte de la liaison entre Cécile et Danceny, Mme de
Volanges accompagne sa fille, sur les conseils de Mme de Merteuil chez Mme de
Rosemonde.
séquence 3 = 6 scènes :
13, de retour chez sa tante, Valmont sert d'intermédiaire entre Cécile et Danceny
;
14, Valmont surprend Cécile dans sa chambre et commence son éducation
sexuelle.
15, Mme de Merteuil arrive chez Mme de Rosemonde pour conseiller Cécile, désemparée
après s'être donnée à Valmont.
16, Valmont essaie de changer le pacte conclu avec Mme de Merteuil : le
récompenser pour ce qu'elle voulait qu'il fît (séduire Cécile) et non pour
ce qu'il voulait faire (séduire Mme de Tourvel) : refus de la Marquise qui use
du même argument qu'il lui avait opposait pour justifier son refus de séduire
Cécile : " La tâche était trop facile"
17, Valmont poursuit avec assiduité l'éducation sexuelle de Cécile.
18, Mme de Tourvel accepte de recevoir Valmont dans sa chambre : elle a de plus
de mal à résister à Valmont
séquence 4 = 6 scènes : 19, Mme
de Tourvel confie à Mme de Rosemonde qu'elle aime Valmont, qu'elle est en
danger et qu'elle préfère quitter le château.
20, de retour à Paris, Mme de Tourvel répond à son confesseur et accepte la
requête de rendez-vous de Valmont ; à la campagne, Cécile écrit à Danceny,
sous la dictée de Valmont qui lui sert de pupitre.
21, de retour à Paris, Valmont apprend à Mme de Merteuil que Cécile est enceinte
et qu'il doit rencontrer, chez elle, Mme de Tourvel (Jeudi).
22, Mme de Tourvel cède à Valmont ( chantage à la mort)
23, Mme de Merteuil refuse d'accorder à Valmont la récompense promise : elle
veut la preuve de la main de Mme de Tourvel.
24, rencontre inopinée chez Valmont d'Émilie et de Mme de Tourvel : Valmont
sauve la situation.
séquence 5 = 6 scènes : 25, la fausse couche de
Cécile ;
26, Valmont surprend Mme de Merteuil en compagnie de Danceny
27, Valmont rompt avec Mme de Tourvel
28, rupture définitive entre Valmont et Mme de Merteuil : scène de colère
violente ;
29, duel entre Valmont et Danceny
30, avant de mourir, dernier conseil de Valmont à Danceny, se méfier de Mme de
Merteuil, dernière requête, qu'il aille voir Mme de Tourvel et qu'il lui dise
combien Valmont regrette de l'avoir quittée.
séquence 6 = 3 scènes : 31, la mort de Mme de
Tourvel.
32, scandale à l'Opéra, Mme de Merteuil huée par toute la salle
33, Mme de Merteuil se retrouve seule, dans sa chambre, face à sa glace, elle
se démaquille et pleure.
- Les différents lieux
:
Chez la marquise de Merteuil,(salon, chambre, corridor)
Chez le vicomte de Valmont, (chambre, bureau..)
Couvent, celui où était Cécile ; celui où se réfugie Mme
de Tourvel
Château de Mme de Rosemonde (jardins, salon, chapelle,
chambres de Mme de Tourvel, de Valmont, de Cécile...)
Le village où habite le Armand et sa famille
L'opéra
Chez Mme de Volanges (dans la chambre de Cécile)
Chez Mme de Tourvel (hall d'entrée, boudoir, salon)
Les douves d'un château ( duel Danceny/Valmont)
II progression de l'intrigue :
Frears suit bien sûr la même progression que Laclos dans son roman,
néanmoins, on constate qu'il agence différemment les événements qu'il a
choisis d'exploiter.
| SCÈNE / LIEU | LETTRE |
| 2, Paris | 32 : allusion au fait que Valmont, malgré sa réputation, est reçu par tout le monde |
| 3, Paris | 2 : Mme de Merteuil s'étonne que
Valmont aille chez sa tante puisqu'il est le légataire universel 4 : refus de Valmont de séduire Cécile |
| 4, Paris | 20 : Mme de Merteuil ne se donnera à Valmont que lorsqu'elle aura la preuve écrite de sa victoire sur Mme de Tourvel |
| 5, Paris | 12 : Cécile, dans une lettre à Sophie, regrette de ne pas pouvoir aller à l'opéra car sa mère est souffrante |
| 6,Campagne | 21 : Valmont fait le récit à Mme de Merteuil de sa générosité |
| 7, Campagne | 23 : Valmont fait le récit à Mme de Merteuil de sa déclaration d'amour à Mme de Tourvel |
| 8, Campagne, Paris | 44 : Valmont raconte à Mme de
Merteuil comment il a réussi à obtenir les lettres de Mme de Tourvel 27 : Cécile confie à Mme de Merteuil qu'elle entretient avec Danceny une relation épistolaire 38 :Mme de Merteuil confie à Valmont qu'elle a fait un tel portrait de Gercourt à Cécile qu'elle le hait avant même de l'avoir rencontré :cf, lettre 39, de Cécile à Sophie : " Il est vieux : figure-toi qu'il a au moins trente-six ans ! Et puis Mme de Merteuil dit qu'il est triste et sévère [....] |
| 9, campagne | 35 : Valmont implore Mme de Tourvel de croire qu'il ne cherche qu'à mériter son estime |
| 10, Paris | 47 et 48 : Valmont écrit à Mme de Tourvel sur le dos d'Émilie |
| 11, Paris | 81 : Mme de Merteuil explique qui elle est et pourquoi sa devise est "il faut vaincre ou périr" |
| 12, Paris | 63 : Mme de Merteuil a dénoncé à Mme de Volanges, la relation épistolaire entre sa fille et Danceny |
| 13, Campagne | 84 : Valmont écrit à Cécile pour la convaincre de lui donner une clé pour pouvoir déposer sans risque les lettres de Danceny et prendre celles qui lui sont destinées |
| 14, Campagne | 96 : Valmont raconte à Mme de Merteuil comment il a séduit Cécile |
| 15, Campagne | 97 : Cécile fait le récit à Mme de
Merteuil de son aventure avec Valmont, de ses remords amis aussi de son
incapacité à résister à Valmont 105 : réponse de Mme de Merteuil : elle la rassure et l'encourage à poursuivre sa relation avec Valmont |
| 16 Campagne | 106 : Mme de Merteuil ironise sur l'échec de Valmont avec la présidente |
| 17, campagne | 109 : Cécile raconte à Mme de
Merteuil qu'elle a suivi ses conseils et qu'elle entretient une relation
très régulière avec Valmont 110 :Valmont confie à Mme de Merteuil que Cécile est une devenue une amante experte " presque aussi savante que le maître" |
| 18,campagne | 99 : Valmont raconte à Mme de Merteuil comment il a réussi à obtenir l'autorisation de pénétrer dans la chambre de Mme de Tourvel et combien elle était prête de s'abandonner. |
| 19 campagne | 102 : Mme de Tourvel écrit à Mme de
Rosemonde pour lui expliquer les raisons de son départ précipité
" J'aime, oui, j'aime éperdument": 130 : Mme de Rosemonde explique à Mme de Tourvel la différence d'attitude en amour entre les hommes et les femmes: "l'amour, n'est dans l'homme qu'une préférence, [...] dans les femmes, c'est un sentiment profond" |
| 20Paris, campagne | 107 : compte rendu D'Azolan sur les
faits et gestes de Mme de Tourvel 117 : Cécile écrit à Danceny sous la dictée de Valmont |
| 21, Paris | 115 : Valmont annonce à mme de Merteuil que Cécile est enceinte : les voilà doublement vengés de Gercourt |
| 22, paris | 125 : Valmont raconte comment il est devenu enfin l'amant de Mme de Tourvel |
| 23, Paris | 125 : fin de la lettre, Valmont
réclame sa récompense 131 : réponse de Mme de Merteuil, le contrat n'est pas complètement rempli, il lui faut une preuve écrite et puis, elle a un nouvel amant : Danceny succède à Belleroche. |
| 24, Paris | 138 : Valmont raconte à Mme de Merteuil la rencontre de Mme de Tourvel et d'Emilie et la réaction violente de mme de Tourvel |
| 25, Paris | 140 : Valmont fait le récit, à Mme de Merteuil, de la fausse couche de Cécile |
| 26, Paris | 151 : après avoir surpris Mme de Merteuil en compagnie galante avec Danceny, Valmont, humilié, écrit à la marquise pour lui demander de lui sacrifier Danceny |
| 27, Paris | 141 : lettre de rupture, sur les instances de Mme de Merteuil, à Mme de Tourvel |
| 28, Paris | rupture entre Valmont et Mme de Merteuil : : après avoir rompu avec Mme de Tourvel, Valmont réclame son dû à Mme de Merteuil (144), "revenez donc au plus tôt jouir de votre empire sur moi, en recevoir l'hommage et m'en payer le prix" ; mais Mme de Merteuil, revendique sa liberté, elle n'apprécie pas que Valmont lui dicte ce qu'elle doit faire ( quitter Danceny), elle remet donc à plus tard le moment de payer sa dette, elle attend que Valmont soit moins autoritaire et plus charment (152) ; réponse de Valmont : un ultimatum : "je serai ou votre Amant ou votre ennemi" (153) ; réponse de la marquise : déclaration de guerre ( écrit au bas de la lettre 153, retournée à Valmont) ; Valmont avoue sa perfidie à Mme de Merteuil : il a organisé les retrouvailles entre Cécile et Danceny, pour lui ravir son amant (158) ; la marquise décide de se venger et lui signifie une fin de non recevoir, " Adieu" (billet, 159) ; |
| 29, Paris | 163 (début): récit du duel Danceny / Valmont par Bertrand à Mme de Rosemonde |
| 30, Paris | 163 (fin) : Valmont remet à Danceny les lettres de Mme de Merteuil |
| 31, Paris | 165 : Mme de Volanges écrit à Mme de Rosemonde pour lui raconter les derniers instants de Mme de Tourvel |
| 32, Paris | 173 : Mme de Volanges écrit à Mme de Rosemonde pour lui raconter le scandale à l'opéra : dernière sortie publique de Mme qui s'est faite huée par tous. |
Commentaires
suggérés par ce tableau :
- Une mise en place de l'intrigue très rapide
:
Le générique, nous présente
Mme de Merteuil et Valmont comme deux personnages qui s'apprêtent à entrer en
scène, le maquillage, l'habillage (le choix des chaussures, la perruque pour
Valmont, le serrage du corset pour Merteuil), Mme de Merteuil qui se contemple
dans son miroir avec un sourire de satisfaction, l'arrêt bien marqué avant de
commencer à marcher, sont autant d'éléments qui caractérisent l'importance
qu'ils accordent à l'image qu'ils veulent donner d'eux-mêmes. Ces deux scènes
muettes, présentées en parallèle, insistent sur le choix de Frears de
privilégier la relation entre ces deux personnages.
Ensuite les événements se
précipitent : la deuxième scène du film met en évidence : la relation
amicale entre Mme de Merteuil et Mme de Volanges ; l'inimitié de Mme de
Volanges pour Valmont ( elle part avec sa fille dés qu'il arrive sous prétexte
qu'il est tard) ; de plus Cécile rencontre Valmont alors que dans le roman,
cette rencontre n'a lieu qu'au milieu de la deuxième partie, lors de son
séjour chez Mme de Rosemonde : " Ô ma Cécile ! que j'envie le sort de
Valmont ! Demain il vous verra " (lettre 73) Il est à noter
que Cécile aperçoit Valmont par la fenêtre et que ce dernier se montre très
galant à son égard ( éloge de sa beauté).
Par ailleurs, dans le roman
de Laclos, Valmont est déjà chez sa tante quand il reçoit la lettre de Mme de
Merteuil lui demandant de séduire Cécile, Frears, lui a choisi de mettre les deux personnages en présence, c'est Valmont qui se rend chez Mme de Merteuil
pour lui annoncer son départ à la campagne : ainsi, dés la scène 3,nous
connaissons le plan de vengeance de Mme de Merteuil, le nouvel objet de désir
de Valmont, et la tension entre les deux personnages est déjà évidente : Mme
de Merteuil supporte mal le refus de Valmont. Dans le roman, il aura fallu
quatre lettres (2, 4, 6, 10) Quant au pacte imposé par Mme de Merteuil, il a
lieu, tout à fait logiquement à la suite de la scène 3, alors que dans le
roman, il faudra attendre la lettre 20 : "Aussitôt que vous aurez eu votre
belle Dévote, que vous pourrez m'en fournir une preuve, venez et je suis à
vous. [...] on ne reçoit de preuves que par écrit"
- Les événements ne s'enchaînent pas de la même façon : cf
le tableau
Comme nous l'avons montré précédemment,
Frears a choisi de se départir de l'enchaînement des actions dans le
roman.
Par exemple, dans le roman, la rupture avec Mme de Tourvel, précède la demande
de Valmont à Mme de Merteuil de rompre avec Danceny : il adopte donc la même
stratégie que la marquise et réclame d'elle un sacrifice pour lui prouver
qu'elle tient encore à lui.
Par ailleurs, le passage de la lettre
à la mise en scène permet de jouer sur un autre rapport au temps. En effet, Le
principe même de la relation épistolaire réside dans l'absence des personnages,
la communication est alors différée, alors que le film permet une relation immédiate
et spontanée. Ainsi, dans le roman, Mme de Tourvel écrit à Mme de Rosemonde
(lettre 102), à une heure du matin, avant de quitter le château pour lui
expliquer les raisons de son départ précipité, alors que dans le film, la
jeune femme s'explique en tête à tête avec sa vieille amie, ce qui permet à
Frears de changer le rôle de Mme de Rosemonde par rapport au roman : dans ce
dernier, elle essaie de comprendre et émet des réserves quant à l'attitude de
sa protégée : " Je loue le parti sage que vous avez pris : mais il
m'effraie, parce que j'en conclus que vous l'avez jugé nécessaire ; et quand
on est là, il est bien difficile de se tenir toujours éloignée de celui dont
notre coeur nous rapproche sans cesse." (lettre 103). En revanche, dans le
film, l'avis de Mme de Tourvel est tranché : " Puisqu'il vous a
épargnée, mon enfant fuyez".
La distance est gommée : par exemple
: Valmont subit "en direct" l'outrage d'être bafoué par la présence
de Belleroche, l'amant de Mme de Merteuil, alors que dans le roman, il lit en
différé le récit du rendez-vous amoureux ; autre exemple, Cécile écrit à
Mme de Merteuil et la scène suivante montre l'arrivée de cette dernière chez
Mme de Rosemonde pour venir au secours de sa protégée, alors que dans le roman
, 7 lettres séparent l'appel au secours de Cécile (lettre 97) de la réponse
de la Marquise (lettre 105)
De plus, étant donné le nombre
d'épistoliers et de correspondances parallèles, la réponse à une lettre est
différée pour le lecteur : par exemple, le lecteur ne pourra lire la réponse
de Mme de Merteuil (lettre 10) à la lettre de 6 de Valmont, lettre dans laquelle il fait
l'éloge de Mme de Tourvel, qu'après avoir lu celle de Cécile à Sophie, puis
celle de Mme de Tourvel à Mme de Volanges et enfin la réponse de cette
dernière. Dans le film, les choses se passent tout autrement : un plan nous
montre Cécile en train d'écrire à Mme de Merteuil et le plan suivant nous
montre Mme de Merteuil en train de lire cette lettre avec la voix off de
Cécile.
- Le film ne se réfère qu'à certaines lettres du roman :
environ 44 lettres sur les 173 du roman. Toutefois il faut considérer que
certaines scènes renvoient à plusieurs lettres que nous n'avons pas
mentionnées, comme par exemple la scène 15 qui illustre aussi la lettre 98,
dans laquelle Mme de Volanges explique son désarroi quant à l'attitude de
Cécile, et son désir de renoncer au projet mariage avec Gercourt et
d'encourager l'union de sa fille avec Danceny et la lettre réponse de Mme de
Merteuil (104), qui, contrariée par les nouvelles de Mme de Volanges,
dispositions qui desservent son désir de vengeance à l'égard de Gercourt, lui
démontre, au nom de la souveraineté de la vertu, qu'il ne faut pas attacher
trop d'importance à une idylle qui ne peut être que passagère. Or ces
arguments ne sont pas repris dans le film : Cécile écrit à Mme de Merteuil
pour lui dire toute sa honte d'avoir cédé à Valmont et cette dernière vient
spontanément chez Mme de Rosemonde. Le seul rôle de Mme de Volanges est de
demander à Mme de Merteuil d'obtenir les confidences de Cécile sur son état.
Cécile ne correspond pas dans le film avec Sophie : elle a
donc comme seule confidente Mme de Merteuil ; Frears a voulu insister sur
l'influence que la Marquise exerce sur elle. De plus on comprend que Cécile a
rompu tout lien avec son passé au couvent. ( la seule référence au couvent se
trouve dans la scène 3, elle nous montre en flash-back, sa sortie.)
- Le film réécrit des situations : la scène de
l'opéra qui réunit dans sa loge Mme de Merteuil, Cécile et sa mère, n'existe
pas dans le roman : au contraire, Cécile raconte à Sophie qu'elle n'a pas pu
aller à l'opéra parce que sa mère est souffrante (lettre 32). Frears exploite
le non dit du roman au sujet de la rencontre Danceny / Cécile. En effet dans le
roman Cécile raconte à Cécile dans la lettre 7 qu'elle a un nouveau maître
de chant qu'elle a rencontré chez Mme de Merteuil ; elle ne dit rien de plus.
Frears a exploité l'implicite de cette situation et fait de Mme de Merteuil une
entremetteuse, puisque c'est elle qui présente Danceny à Cécile et qui
propose à Mme de Volanges de l'engager comme maître de musique pour sa fille.
Dans le roman, Cécile écrit à Danceny sous la dictée de
Valmont (lettre 117), mais rien ne précise dans quelle position elle se trouve.
Or Frears s'est amusé à créer une scène qui fait écho à celle au cours de
laquelle Valmont écrit à Mme de Tourvel en compagnie d'Émilie : Cécile
écrit sur le dos de Valmont : la comparaison des deux scènes les montre tout
à fait symétriques : dans les deux cas les destinateurs se jouent de leur
destinataires mais surtout cette symétrie montre à quel point Valmont veut
tout apprendre à Cécile et faire d'elle une parfaite libertine.
Dans le roman, Valmont n'apprend que le lendemain le
départ de Mme de Tourvel : " Mme de Tourvel est partie. Elle est
partie et je ne l'ai pas su ! et je n'étais pas là pour m'opposer à son
départ..." (lettre 100). En revanche, dans le film, il est présent, c'est
même lui qui appelle Mme de Rosemonde pour venir au chevet de son amie, après
la scène dans sa chambre : Frears a voulu montrer l'effet du départ
de Mme de Tourvel sur Valmont : c'est un homme sous le choc, il est fâché
contre lui, impuissant, il ne peut rien tenter pour la retenir puisque la
diligence est déjà en route, il invective Azolan.
La scène 20, montre Mme de Tourvel en train de répondre à la lettre de son
confesseur qui lui demandait un rendez-vous pour Valmont. Elle précise qu'elle
n'accepte le rendez-vous que sur ses instances mais qu'elle le juge
inutile. Cette réponse nous montre Mme de Tourvel très calme, apparemment plus
du tout préoccupée de Valmont. De plus, la scène du rendez-vous est conforme à celle du
roman, à ceci près que dans le film, le confesseur de Mme de Tourvel
accompagne Valmont jusque dans l'antichambre de Mme de Tourvel et qu'il attend
la fin de l'entretien : Frears montre ainsi le contraste entre les intention
louables de Mme de Tourvel, pardonner à Valmont et les intentions séductrices
de ce dernier, la présence du confesseur est burlesque mais en même temps elle
démontre que Valmont, excellent comédien a réussi à convaincre le prêtre
de sa piété nouvelle.
C'est Valmont lui-même qui annonce à Mme de Merteuil qu'il
a obtenu un rendez-vous avec Mme de Tourvel, chez elle, ce qui permet de voir
l'effet immédiat de la jalousie sur Mme de Merteuil, jalousie qu'elle cache mal
derrière des propos sarcastiques et un bâillement supposé traduire son ennui.
Dans le roman, Mme de Merteuil ne se rend pas chez Mme de
Rosemonde, contrairement à ce qui se passe dans le film. Frears profite du
besoin de soutien de Cécile pour mettre en présence les deux rivales et Valmont, au cours de la scène du bal ( qui n'existe d'ailleurs pas dans le
roman) : cf le regard cinglant que Mme de Merteuil lance à Mme de Tourvel
quand elle s'est aperçue que Valmont la regardait.
- Frears a voulu centrer l'intrigue sur la relation
Valmont et Merteuil et il n'a gardé que ce qui expliquait la tension entre
les deux personnages et le processus de dégradation de leurs relations jusqu'à
la rupture finale, ce qui explique un certain nombre de changements. La scène 28 est
à cet égard très révélatrice : le face à face Merteuil / Valmont est d'une
violence inouïe : ne supportant pas que Mme de Merteuil refuse de payer sa
dette et de répudier Danceny, Valmont s'emporte, et gifle Mme de Merteuil.
Cette dernière pour autant ne se laisse pas intimider, le ton monte de plus en
plus, les sarcasmes sont de plus violents ; entre jalousie et colère de
devoir
supporter le ton "marital" de Valmont, Mme de Merteuil, avant de
renvoyer Valmont,et de lui déclarer la guerre, le met à nu : c'est un vaniteux
et il a quitté Mme de Tourvel, moins pour la mériter que parce qu'il n'aurait
pas supporté qu'on se moquât de lui, réputation oblige.
. III
changements opérés par Frears :
Une action plus resserrée
: suppression des intrigues annexes :
Ainsi, l'aventure de Mme de Merteuil avec Prévan est-elle
occultée : la victoire de Mme de Merteuil, puis la réhabilitation de Prévan,
n'interviennent pas dans la dégradation des relations entre Mme de Merteuil et
Valmont. En revanche, les relations Belleroche / Merteuil, Danceny /Merteuil sont
gardées car elles attisent la jalousie de Valmont.
Le mariage de Cécile est d'emblée prévu pour janvier alors
que dans le roman il est d'abord prévu pour Août ( lettre 9 de Mme de Volanges
: " voilà le mariage de ma fille un peu retardé. Le Comte de Gercourt ,
que nous attendions d'un jour à l'autre, me mande que son régiment passe en
corse..") ; il est repoussé à octobre ( lettre 39 : "c'est M le Comte de
Gercourt que je dois épouser et ce doit être au mois d'Octobre") puis reporté
à janvier (lettre 111, du 10 octobre, dans laquelle Gercourt apprend à Mme de
Volanges qu'il accompagne son cousin à Naples et qu'il sera absent encore deux
mois.) ; ce contretemps n'a de fait aucune importance, si ce n'est qu'il nous
apprend que Gercourt a envie de profiter encore un peu de sa vie de célibataire
("je ne vous cache pas qu'il me serait agréable de profiter de cette
occasion ; sentant bien qu'une fois marié, je prendrai difficilement le temps
de faire d'autres absences que celles que mon service exigera"). Or, dans
le film, le personnage n'a d'importance que dans la mesure où il fait l'objet
de la vengeance de Mme de Merteuil et de Valmont, donc, seul compte qu'il doive
épouser Cécile, plus tôt ou plus tard, qu'importe. De même, le film ne
s'attarde pas sur la fausse couche de Cécile : de toute façon il y aurait eu
invraisemblance que Cécile soit enceinte de trois mois ( dans la lettre 115,
Valmont nous apprend que Cécile est enceinte le 19 octobre, or le mariage est
prévu pour janvier... ) On peut donc avancer que Frears n'a considéré le
mariage que comme le moteur de la vengeance de Mme de Merteuil et qu'il a
occulté les incidences qu'il pouvait avoir sur l'avenir de Cécile.
L'intrigue amoureuse Cécile / Danceny est beaucoup
moins développée que dans le roman, elle reste très secondaire.
La mort de Valmont ne donne pas lieu à des commentaires :
ainsi la relation entre Danceny et Mme de Rosemonde ( cf lettres 169, Danceny
demande à Mme de Rosemonde de ne pas porter plainte, 171, Mme de Rosemonde
accepte la requête de Danceny ) n'est pas retenue dans le film ; de même
Bertrand n'apprend pas à Mme de Rosemonde la mort de son neveu. Le rôle de Mme
de Rosemonde est envisagé quasi exclusivement dans sa relation avec Mme de
Tourvel, aussi, dés lors qu'elle a quitté son château, scène 20, elle
n'intervient plus, d'ailleurs, plus aucune scène ne se déroule à la campagne,
jusqu'à la fin, l'action est uniquement concentrée à Paris.
L'avenir de Cécile n'est pas envisagé, pas plus que
celui de Danceny : la dernière fois que l'on aperçoit Cécile c'est juste
après la mort de Mme de Tourvel, quant à Danceny, c'est lorsqu'il se rend au
chevet de Mme de Tourvel juste après le duel.
On constate une accélération à la fin du film : les
scènes s'enchaînent très vite : la mort de Valmont, suivie immédiatement de
la mort de Mme de Tourvel,( à noter le parallèle pendant le duel entre la
souffrance de Valmont et celle de Mme de Tourvel) suivie de la réaction
violente de colère et de souffrance de Mme de Merteuil à l'annonce de la mort
de Valmont (scène très brève, quasi muette), suivie de la scène de l'opéra
et enfin la scène finale, Mme de Merteuil seule devant son miroir... Dans le
roman la fin nécessite pas moins de13 lettres
Une autre distribution des personnages
Le personnage de Sophie Carnay n'a pas été retenue, il
n'y est même pas allusion, en revanche, le personnage de Belleroche est
présent dans le film, en présence de Mme de Merteuil et de Valmont, dans la
scène 3 ; Mme de Rosemonde joue un rôle mineur par rapport au roman. En
effet, à la fin du roman on constate une importance de plus en plus grande de
ce personnage qui devient la dépositaire des lettres de Mme de Merteuil, de
celles de Cécile, mais dans le roman elle n'apparaît pas souvent, et plus du
tout à la fin du film. C'est que les lettres jouent un rôle très mineur dans
le film, puisque Frears a traduit leur contenu en situation. Seulement trois
scènes montrent des personnages en train d'écrire ( Valmont à Mme de Tourvel,
en compagnie d'Emilie, Cécile à Danceny, en compagnie de Valmont, Cécile à
Mme de Merteuil ; Mme de Tourvel à son confesseur) et rares sont les cènes où
les personnages lisent une lettre ( Mme de Merteuil lit la lettre de Cécile,
Mme de Tourvel lit une lettre de Mme de Volanges, Valmont et Azolan lisent une
lettre de Mme de Volanges à Mme de Tourvel) Il n'y a pas de correspondance
entre Valmont et Mme de Merteuil, c'est pour cette raison que Mme de Rosemonde
ne peut pas jouer le rôle de dépositaire de la correspondance de Valmont. dans
le film de Frears, les lettres sont un enjeu dramatique, dans le livre de
Laclos, elles sont un moyen : la raison d'être du roman.
Le personnage de Bertrand a lui aussi disparu, dans le
roman c'est lui qui annonce la mort
de Valmont à sa tante.
Un regard différent sur les personnages
Les regrets de Mme de Tourvel, de s'être donnée à Valmont d'une
part, et d'avoir été répudiée, d'autre part, ne sont pas aussi marqués que dans
le roman. En effet, après la rupture, Mme de Tourvel apparaît très peu à
l'écran et nous ne savons quasi rien sur la dégradation de son état, sauf
lors du duel lorsque Danceny dit à Valmont qu'elle va fort mal. Ainsi, le
film occulte-t-il la lettre 161, que Mme de Tourvel écrit à Valmont ( bien
qu'il ne soit pas nommé, aucune équivoque n'est possible sur le destinataire); lettre dans
laquelle elle avoue être toujours amoureuse : "Oh ! mon aimable ami !
reçois-moi dans tes bras ; cache-moi dans ton sein. [...] Ne nous séparons
plus, ne nous séparons jamais. laisse-moi respirer. Sens mon coeur, comme il
palpite..." , lettre dans laquelle elle demande pardon à mari de l'avoir
outragé : " Que cette lettre t'apprenne mon repentir." et accepte sa
mort comme une punition divine bien méritée : " Le ciel a pris ta cause :
il te venge d'une injure que tu as ignorée. C'est lui qui a lié ma langue et
retenu mes paroles ; il a craint que tu ne remisses une faute qu'il voulait
punir. Il m' a soustraite à ton indulgence, qui aurait blessé sa
justice.", lettre dans laquelle elle appelle au secours ses amies, Mesdames
Rosemonde et Volanges : " Mes amies, ne m'abandonnez pas. Vous qui
m'invitez à le fuir, aidez-moi à le combattre...". Cette lettre concentre
toutes les douleurs, toutes les interrogations, tous les regrets, tous les
repentirs de Mme de Tourvel et montre à quel point jusqu'au bout elle sera
tourmentée. Le film reste discret, ne fait pas de surenchère sur la souffrance
de Mme de Tourvel. En revanche, Il insiste sur les regrets de Valmont d'avoir
quitté Mme de Tourvel. En effet, Valmont est plus "humanisé"
dans le film, il est moins machiavélique que dans le roman et si le roman ne
rend pas compte du dernier entretien de Valmont avec Danceny : " Ensuite,
il a voulu qu'on les laissât seuls ensemble pendant un moment" (lettre 163),
le film au contraire lui accorde une place importante : le dernier face à face
Valmont / Danceny est marqué par une émotion intense, Danceny, à genoux près
de lui, a perdu toute sa rancoeur et semble déjà regretter d'avoir provoqué
Valmont en duel. Il accepte sans hésitation d'aller rendre visite à Mme de
Tourvel pour lui dire tous les regrets de Valmont et au début de la scène qui
suit, on voit Danceny auprès de Mme de Tourvel en train de lui parler. De plus,
Valmont nous apprend que la blessure de Danceny n'était sans doute pas
mortelle, c'est lui qui a poussé l'épée pour que le coup soit mortel : il
s'agit donc d'une forme de suicide, d'autant plus qu'au début du duel, Danceny
est à terre et il aurait pu le tuer, mais il ne peut survivre à tout le mal qu'il a
fait. Sans y voir bien sûr une intention moralisante de la part de Frears, on
peut néanmoins considérer que le personnage est moins vil qu'il n'y paraissait
et que son amour pour Mme de Tourvel était sincère et profond.
En ne respectant pas la fin du roman de Laclos, Frears donne
une autre dimension à Mme de Merteuil. Dans le roman, c'est une
"épave" : socialement elle est rejetée de tous, matériellement elle
est ruinée et physiquement elle enlaidie par la petite vérole. C'est un monstre
que nous décrit Mme de Volanges : elle est" affreusement défigurée ; et
elle y a particulièrement perdu un oeil. [...] On m'a dit qu'elle était
vraiment hideuse" (lettre 175). Pour échapper à l'outrage de la société
parisienne, elle fuit en Hollande : Frears a seulement gardé l'opprobre du tout
Paris. la dernière scène nous la montre de retour de l'opéra, devant sa
glace, seule, en train de se démaquiller. Elle se regarde désormais telle
qu'elle " naturellement", sans fard, et elle pleure, contrairement à
la première scène où elle se contemple, contente d'elle-même, comme le
souligne son sourire malicieux. Elle a fini de jouer son rôle et redevient une
femme "ordinaire", elle n'a plus d'image à donner d'elle même, elle
a été démasquée. Frears a-t-il voulu nous donner l'image d'une femme sensible ? les larmes sur son visage sont-elles des
larmes de désespoir ? de regret ? Inspire-t-elle pitié ou colère ? C'est au
spectateur d'en décider. Frears a fait une lecture très personnelle des propos
du Marquis de ****, dans le roman " à présent son âme était sur son
visage" : en décidant de laisser intacte sa beauté, il lui donne une
autre dimension, celle d'une femme qui prend conscience de qui elle est vraiment
et qui pleure peut-être sur elle-même...
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