GENESE DE L'OEUVRE
Août 1927 : rédaction des deux premières parties
Décembre 1927, rédaction de la troisième partie.
Octobre 1927, publication de la première partie dans la revue Commerce.
Mars 1928, publication de la deuxième partie dans la revue La révolution surréaliste
Mai 1928, publication de l'œuvre intégrale
1963, nouvelle édition de Nadja
Pourquoi avoir écrit Nadja ?
Écrit juste après sa rupture avec Nadja, Breton rédige en quelques semaines,
en août 1927, ( la troisième partie sera écrite en décembre 1927) l'histoire
de leur liaison qui dura du 4 octobre 1926 à février 1927, en accordant une importance
particulière aux neuf premiers jours. On sait qu'il s'est installé
au Manoir d'Ango à Varengéville-sur Mer, qu'Aragon est son voisin, et que Lise
Meyer, La dame au gant, séjourne, à cette même époque, tout près de
là, à Pourville.
Nadja lui avait instamment demandé
de raconter leur histoire :
" André ? André ? ... Tu écriras un roman sur moi. Je t'assure. Ne dis
pas non . Prends garde, tout disparaît
De nous, il faut que quelque chose reste... Mais cela ne fait rien : tu prendras
un autre nom : quel nom veux-tu
que je te dise, c'est très important....Promets. Il faut." ( 117)
Écrire
Nadja, c'est donc d'abord répondre à l'attente du personnage éponyme,
même si Breton n'a pas exactement suivi ses conseils, changer les noms eût
été contraire à sa conception de la littérature et cautionner le "roman",
genre qu'il déteste par dessus-tout.
Écrire Nadja, c'est fixer par
l'écriture leur rencontre éphémère, pour la faire résister au temps,
échapper à l'oubli puisque " tout s'affaiblit"
Écrire Nadja, c'est aussi
témoigner de ce personnage
surréaliste par excellence.
Écrire Nadja, c'est aussi
rendre compte de " ces pétrifiantes
coïncidences", qui interviennent dans le cours de la vie.
Écrire Nadja c'est parler de soi, et
essayer de répondre à la question " Qui suis-je ?
"
Écrire Nadja, c'est rendre
Hommage à la "Merveille".
De l'écriture à la "réécriture"
La première édition : Fin août 1927, Breton considère que son livre est terminé et qu'il ne lui reste plus qu'à rédiger une conclusion. Or de retour à Paris, par Hasard il rencontre Suzanne Musard ( " Toi", " la Merveille" dans Nadja," X" dans les Vases Communicants et l'Amour Fou), alors la maîtresse de son ami Berl. Le coup de foudre est immédiat et réciproque et Breton, délaisse sa conclusion pour une escapade amoureuse à Avignon. Cette rencontre va donner une autre orientation à la fin de son récit. La conclusion attendue sur sa relation avec Nadja n'est plus à l'ordre du jour, il avoue ne plus se sentir concerné par Nadja ( "la personne de Nadja est si loin" ) les pensés de Breton sont entièrement occupées par Suzanne, aussi, exprime-t-il dans la fin de Nadja les émotions intenses de cette passion nouvelle qui bouleverse tout son être. A la limite, cette partie, dont le seul destinataire est " Toi", en témoigne la litanie lyrique des pages 184,185, 186 et la déclaration d'amour de la page 186, " Que serais-je sans toi", ne concerne pas le lecteur. Le seul point de rattachement entre la deuxième et la troisième partie, c'est le regard critique que Breton porte sur son travail et sur l'iconographie de son oeuvre, au demeurant, assez décevante : " [...] la partie illustrée de Nadja [est] à mon gré insuffisante." ( 177)
La deuxième édition :
cette édition est
entièrement revue et corrigée. Dans l'AVANT-DIRE, il s'explique sur le
renouveau de son livre : " Au bout de trente-cinq ans ( c'est sérieux la
patine), les légers soins dont je me résous à entourer la seconde ne
témoignent que de quelques égards au mieux-dire" c'est-à-dire trouver
plus d'adéquation dans les termes. " Les légers soins ont tout de même
été à l'origine de quelques 3OO corrections ou retouches. Nous nous
contenterons de donner quelques exemples : p.180 "les instances
inexplicables" deviennent " semblables" ; p. 159, "le
confondant et le certain amour" s'élabore en " le mystérieux,
l'improbable, l'unique, le confondant et l'indubitable amour".
Par ailleurs on comptait 44
illustrations dans la première édition et on en trouve 48 dans la seconde :
ont été ajoutées : " Les yeux de Fougère" ( 108), "la plaque
indicatrice " LES AUBES" ( 154), "Le buste de Becque" (
170) et " le leurre du musée Grévin" ( 150). Le cadrage de certaines
photographies a été changé, pour mieux correspondre à la vision que Breton
en avait eue, tel le colombier du manoir d'Ango qui remplace celle de la loggia.
Breton a fait aussi quelques
suppressions : les lignes à l'encontre de Tzara,
et la mention de l'hôtel du Prince de galles, où le couple Breton / Nadja a
passé la nuit du 12 au 13 octobre. Dans l'édition de 1963, c'est une ligne de
pointillés qui matérialise cette occultation
.Nous
sommes loin avec Nadja, du principe de l'écriture automatique. C'est une
écriture élaborée, même si Breton se défend d'accorder la moindre
importance aux " apprêts du style", c'est une écriture en mouvement,
qui exprime l'évolution de la pensée et des sentiments de son auteur, un peu
comme si ce qui était vrai, se modifie sous l'effet de nouvelles contingences.
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