INTRODUCTION

LE VALET DE COMEDIE 

  lightmov.gif (844 octets) Notre étude ne limitera pas la relation maître /valet à la relation Le Comte /Figaro. En effet, s'il est vrai que le Comte Almaviva est le maître et seigneur dans son château d'Aguas-Frescas, il n'en demeure pas moins que la Comtesse, son épouse, occupe, de par sa position sociale, la place de maîtresse du château. Aussi étudierons-nous la relation la Comtesse/Suzanne, et aussi la relation Figaro, Suzanne /la Comtesse.

  • Enfin, l'obstacle majeur au mariage étant le désir du comte, la relation Suzanne /le Comte participera à démontrer la situation conflictuelle que le comte entretient avec ses "vassaux" par opposition à la relation de complicité que la Comtesse garde avec sa camériste et Figaro.

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Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) Le valet est une tradition théâtrale du genre comique ( Dans les tragédies, nous trouvons des confidents ) bien plus que la représentation d'une personne existant ou ayant existé. Ce personnage, au service de son maître, incarne avant tout un emploi et la relation hiérarchique détermine les rapports du maître et du valet.

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) De situation très modeste, le valet a besoin de son maître pour vivre et le rapport de servitude est tel celui du vassal à l'égard de son suzerain ; Le Comte Almaviva confirme cet aspect lorsqu'il s'étonne de trouver "de la liberté chez [ses]vassaux". Le valet est entièrement dévoué à son maître parce-qu'il tient tout de lui et sa liberté se limite à celle que le maître lui octroie. On se souvient de Sganarelle disant à Dom Juan ce qu'il pense de lui mais sous couvert d'une mise en scène qui l 'innocente : " ce n'est pas à vous que je parle, c'est à l'autre" I, 2). De plus, le valet, être inférieur, est le plus souvent déconsidéré : sarcasmes, injures sont autant de violences verbales qu'il subit et les coups sont le traitement habituel qui lui est réservé. Scapin en est un exemple pertinent. D'ailleurs Figaro dans "Le Barbier de Séville " résume dans une formule laconique l'attitude des maîtres à l'égard des valets : "Un grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal"

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) Dans la trilogie de Beaumarchais, la relation entre Figaro et le comte ne repose pas seulement sur une relation de servitude. Dans "Le Barbier de Séville", Figaro est le complice du comte avec lequel il n'entretient plus de relation de maître /valet au début de la pièce. Figaro est indépendant et il offre ses services au Comte,  son ancien maître. Sans ses ruses et son imagination, Rosine ne serait pas devenue la comtesse Almaviva. La hiérarchie sociale n'est donc  pas ce qui préside à leurs relations : chacun a besoin de l'autre : il y a complémentarité entre les deux personnages.

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) Dans le "Mariage de Figaro" la relation entre les deux personnages évolue : Figaro travaille officiellement au service du Comte, il est concierge du château et vient même d'être promu au grade de "courrier de dépêche"à l'ambassade du Comte à Londres. A priori,le maître a soin de l'ascension sociale de son valet et on pourrait voir dans cette attitude une tendance à gommer les différences sociales en reconnaissant la valeur des plus humbles; Mais, cette promotion relève d'une stratégie qui est conforme à la supériorité du maître. En effet, Suzanne nous apprend dés la première scène que le Comte a résolu d'en faire sa maîtresse. Aussi,  la relation entre le maître et le valet va-t-elle devenir conflictuelle au point que le but de la pièce n'est autre que de confondre le Comte et de le prendre à son propre piège : Une relation d'opposition, de rivalité très précisément, s'installe dés le début de la pièce et il faudra attendre " La Mère coupable" pour que les relations de complicité s'installent à nouveau entre Figaro et son maître. Les propos de M.Gudin, censeur de la pièce de Beaumarchais, réduit d'ailleurs la comédie à cet aspect : " Cette pièce, où l'on peint un insolent valet / disputant sans pudeur, son épouse à son maître."

Dés lors, Figaro va mettre son talent au service de son propre intérêt et la stratégie figaresque l'emportera sur celle du comte : ce n'est plus le maître qui va dominer le valet mais le contraire. Il sera craint par le Comte qui devra toujours se méfier de lui à défaut de pouvoir l'évincer. Au nom de sa liberté qu'il est en train de conquérir, au nom de son amour pour Suzanne, il démasquera son maître et rétablira l'ordre social et sentimental .

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) Son rôle dans l'action est prépondérant et il sera un adjuvant actif au service de la comtesse . Lorsqu'elle affirme à Suzanne, d'un ton péremptoire :" tu épouseras Figaro..", c'est certes par affection sincère pour sa camériste mais aussi parce qu'elle est consciente que son mari " ne [l]'aime plus du tout" et sauver le mariage de Figaro et de Suzanne, c'est sauver le sien. Tout naturellement, elle reconnaît l'importance de Figaro dans cette entreprise : "Lui seul peut nous [...] aider."( II, 1)

Figaro joue alors le rôle d'un" agent double" ( Jacques Scherrer dans : "la dramaturgie de Beaumarchais") et s'affranchit de sa subordination au Comte.

C'est un personnage qui occupe le devant de la scène : personnage de la parole débridée, capable du plus long monologue jamais mis dans une comédie, gai, courant de droite et de gauche, échafaudant stratégies et pièges, Figaro est partout là où on ne l'attend pas. Si Beaumarchais a préféré "La folle journée ou le mariage de Figaro" au titre initialement prévu "L'époux suborneur", c'est qu'il voulait faire du valet le personnage principal de sa comédie et montrer que le mariage des valets est un véritable sujet de comédie.

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) Enfin, Figaro a un rôle moral : il est le redresseur de tort. S'opposer au comte pour sauver son couple c'est faire abolir le "droit du seigneur" et faire admettre que la condition sociale n'est pas un viatique pour tromper sa femme et ravir celle des autres. La "disconvenance sociale" (petite_histoire_d.htm), tel est bien le sujet qui occupe cette comédie en apparence légère, est dénoncée farouchement par le valet, personnage qui, tradition oblige, était habitué à subir sans rien dire, ou presque. Figaro sauve son couple et celui de son maître et si " tout fini-it par des chansons..." c'est bien grâce à Figaro, personnage aux multiples facettes : " Jamais fâché ; toujours en belle humeur ; ... ; sémillant, généreux" selon Marceline ( I, 4), "un maraud, ..., un fripon" (III,8) selon le comte, tantôt faisant rire, tantôt faisant réfléchir ( V,3), rusé, inventif : c'est de loin le personnage le plus sympathique de la pièce.(le_mariage_de_figaro.htm)

 

lightmov.gif (844 octets) Loin de considérer la pièce de Beaumarchais comme une avancée vers la révolution, loin de penser que Beaumarchais est un révolutionnaire parce qu'il fait dire à figaro dans son monologue :

"  [...] Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! ... noblesse, fortune, un rang, des places ; tout cela rend si fier ! qu'avez-vous fait pour tant de biens ! Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste homme assez ordinaire ! tandis que moi, morbleu..."

il convient toutefois de reconnaître que les relations sociales ont évolué. En 1785, date de la première représentation du " Mariage de Figaro", ( même si le contexte historique de la pièce est celui de 1768), les classes sociales sont en mutation et les titres de noblesse héréditaires sont largement contestés : on prend peu à peu conscience que la valeur de l'individu est indépendante de la fortune et que la position sociale n'est que le fruit du hasard de la naissance.

Gardons-nous de faire de cette comédie une pièce politique et considérons, comme le précise l'auteur lui-même que : "[ses] deux comédies espagnoles ne furent faites que pour préparer" la dernière pièce de la trilogie "La mère coupable"(petite_histoire_d.htm) pour dénoncer "l'autre Tartufe" et faire du Comte "un être bon". Certes le drame se passe en 1790, après la révolution française, le comte s'appelle "Monsieur" et vit non plus dans un château près de Séville mais dans un hôtel particulier à Paris, mais il ne se plaint pas d'avoir perdu ses privilèges, au contraire,  ce sont ses domestiques, Figaro et Suzanne qui déplorent que le comte ne se fasse plus appeler Monseigneur ! ( I,3 " La mère coupable")

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