LA COLONISATION AU XVIII SIECLE

Merci à Christian Arnould, professeur d'histoire / géographie, pour avoir accepté de réaliser cette page.

De François Ier à Louis XVI : de la conquête de la Nouvelle France (Canada)à la découverte du Grand Océan (le Pacifique).

1533-1789

Voyageurs, découvreurs et colonisateurs. »Le Premier Empire colonial ».

  L’expédition de Louis Antoine de Bougainville a pour contexte celui de l’exploration méthodique du Grand Océan (Pacifique) par les Français et les Anglais dans la seconde moitié du XVIII éme siècle. Elle s’inscrit également, dans une longue durée, dans le cadre des expériences coloniales et des entreprises de découverte menées par la France depuis le début du XVI éme siècle. Cette expédition est menée dans le cadre de la rivalité avec l’Angleterre, au lendemain du désastreux traité de Paris (1763).

Le « Premier Empire » :

     L’expansion coloniale a un caractère discontinu : les phases de grande activité sont suivies de phases de stagnation ou de recul (pertes de territoires).L’action coloniale est très subordonnée à la politique générale (la politique de la France en Europe).Elle n’est jamais d’une importance essentielle.

    L’apogée territorial se situe sous le règne de Louis XV en 1754,au moment où le » traité Godeheu » anéantit l’œuvre de Dupleix. Godeheu, successeur de Dupleix renonce  à toute politique coloniale active. Les facteurs de cette expansion ont été économiques, politiques, religieux, démographiques.

     Les principaux artisans de ce « dessein colonial » ont été François Ier, l’amiral de Coligny, Henri IV, Richelieu, Colbert, Dupleix. Parmi les découvreurs des terres lointaines, citons parmi d’autres : Jacques Cartier, le chevalier de Villegaignon, Samuel de Champlain, Cavelier de la Salle.

      Au milieu du XVIII éme siècle, le domaine colonial constitué depuis 1533,et après quelques pertes, comprend :

   en Amérique : les pays du Saint Laurent et des Lacs, la Louisiane, les Petites Antilles (Martinique et Guadeloupe), la moitié de Saint Domingue et la Guyane.

-    en Afrique : des établissements au Sénégal (Saint Louis et Gorée.

-    dans l’océan Indien : l’île Bourbon et l’île de France (île Maurice).

-    des comptoirs en Inde : Pondichéry, Calicut, Mahé, Yanaon, Karikal.

 

Le désastre de la Guerre Sept Ans (1756-1763) et le traité de Paris (1763) :

        La guerre de Sept Ans, guerre européenne, eut pour cause : l’inquiétude de l’Autriche devant les progrès de la Prusse, et la rivalité franco-anglaise aux colonies (Amérique du Nord et Inde). L’Angleterre prit l’initiative des hostilités en saisissant trois cents vaisseaux de commerce français. Les principaux belligérants sont d’une part la France, l’Autriche et leurs alliés : Russie, Suède, Saxe, Espagne, d’autre part : l’Angleterre, la Prusse et le Hanovre.

      La guerre prit fin par deux traités, dont la paix de Paris (10 février 1763) qui confirme la ruine du « Premier Empire colonial » français. La France perd l’essentiel de ses possessions. De la Nouvelle France, il ne reste que le droit de pêcher dans l’estuaire du Saint Laurent et sur la côte de Terre Neuve, plus Saint Pierre  et Miquelon. La Louisiane est sauvegardée, mais Louis XV la cède à l’Espagne. La France conserve la Martinique, la Guadeloupe, une partie de Saint Domingue et Sainte Lucie, la Guyane. Dans l’océan Indien, l’île de France et l’île Bourbon sont conservées. Aux Indes, les cinq comptoirs restent à la France.

      C’est l’avènement de L’Angleterre comme première puissance coloniale mondiale. Après ce désastre, le désir de conquérir de nouvelles colonies et de nouveaux marchés est très fort en France.

 

  Le Grand Océan : une exploration méthodique dans la seconde moitié du XVIII éme siècle :

    Le voyage de Bougainville (Brest, 5 décembre 1766-Saint Malo, 16 mars 1769) est de fait le quatorzième tour du monde, et le premier réalisé de façon officielle et scientifique par un français. Il s’inscrit dans le mouvement de découvertes maritimes qui caractérise la seconde moitié du XVIII éme siècle. Rien que pour les Français, citons d’autres expéditions conduites dans le Pacifique pendant la même période : Surville (1768-1769), Nicolas Marion-Dufresne (1770-1773) et Yves de Kerguelen (1771-1774).Il s’explique aussi par le désir de conquérir de nouvelles colonies et de nouveaux marchés après le désastreux traité de Paris (1763).

      Rappelons, toutefois,que le Pacifique était au XVI éme s et au XVII éme parcouru par des expéditions menées par les Espagnols (Loaysa,Villalobos,Grijalva,Saavedra,Legazpi,Mendana,Quiros).Lesquels finissent par organiser une liaison régulière entre Acapulco (Mexique) et Manille (Philippines).C’est le galion de Manille.Les Hollandais sont alors des concurrents redoutables (Van Noort, J.Le Maire, Schouten, de Witt, Abel Tasman).Enfin Français et flibustiers anglais ne sont pas absents.

     Dans le première moitié du XVIII éme siècle, les connaissances sur le Grand Océan (l’équivalent en superficie de toutes les terres émergées) restent modestes et incertaines.Jusqu’en 1763,les découvertes sont peu nombreuses. Les puissances européennes sont intéressées par le commerce  ou absorbées par les guerres. Quelques expéditions parcourent néanmoins le Pacifique : La Barbinais le Gentil (1714-1718), Roggeven (1722), Anson (1739-1743).

      Interrompues pendant les guerres du milieu du siècle, les grandes expéditions maritimes reprennent après 1763.Elles sont organisées par les gouvernements anglais et français (dans le cadre d’une rivalité qui a commencé en 1688 et ne finira qu’en 1815,pour reprendre à la fin du XIX éme siècle. L’objectif essentiel est l’exploration méthodique du Pacifique, en vue de trouver un immense continent austral, que les savants depuis Ptolémée, estimaient nécessaire comme contrepoids à la masse des terres de l’Hémisphère Nord.

      Ces expéditions s’inscrivent également dans le contexte du mouvement des Lumières, caractérisé par la volonté de connaître et un engouement pour les sciences et les techniques (cf : les Encyclopédies en Angleterre, puis en France)Bougainville est l’auteur d’un traité sur le calcul intégral à l’âge de vingt-cinq ans, il a été également membre de la Royal Society de Londres. Ce goût pour la science est pour quelque chose dans les décisions des rois. Sans pour autant perdre de vue, évidemment, les questions de prestige. Enfin, comme le continent austral devait être très riche, les intérêts économiques ne sont pas absents. Surtout pour la France qui a perdu les Indes.

      Les expéditions sont scientifiquement préparées. Des instructions sont élaborées par des savants, des scientifiques embarquent sur les navires (Bougainville part avec un astronome, un naturaliste), des instruments nouveaux  sont utilisés (Bougainville part avec des chronomètres, c’est le premier voyage où des procédés rigoureux  sont utilisés pour  mesurer la longitude).L’exploration méthodique du Pacifique est rendue possible par une série de progrès scientifiques et techniques, qui permettent notamment une cartographie précise. Les progrès de la construction navale sont également décisifs : les navires sont petits, robustes (3 à 400 t).Autant que possible, deux navires par expédition (Bougainville part avec une frégate, la Boudeuse, et une flûte, l’Etoile).Enfin, il ne faut pas oublier les progrès empiriques de l’alimentation en mer (lutte contre le scorbut).

  Presque en même temps que Bougainville, partent les Anglais Wallis et Carteret.

      Ces voyages ne permettent pas de répondre à la question de l’existence d’un continent austral. C’est l’Anglais Cook qui trancha la question après trois voyages (1768-1771,1772-1774,1776-1779).La Pérouse, envoyé par Louis XVI, compléta ce travail de cartographie du Pacifique de 1785 à 1789.