fire15.gif (11958 octets) "Dans le feu des mots, jetons l'opprobre sur le mal".fire15.gif (11958 octets)

 

LA SATIRE ET SES MOYENS

 

Si Voltaire propose une méthode pour accéder à la connaissance ; si Voltaire donne l'image d'une sagesse accessible à l'homme,( voir : la_thematique.htm) c'est parce que, non seulement il observe, la société dans laquelle il vit et la juge, sans complaisance, mais aussi parce qu'il a foi en l'homme et qu'il le croit perfectible.

Aussi, la satire devient-elle une arme pour dénoncer et aussi pour interpeller. Dans Micromégas, on retrouve les cibles favorites de Voltaire : l'église, le mal, la guerre, l'intolérance, l'orgueil et la présomption, la métaphysique

butto60y.gif (972 octets) L'OBJET DE LA SATIRE

LA SATIRE DE L'EGLISE

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) La référence au collège des jésuites et au muphti de Sirius met en évidence la permanence de l'intolérance religieuse partout dans le monde. Sur Jupiter, la censure des inquisiteurs interdit la publication des découvertes des deux voyageurs ( on pense bien-sûr aux difficultés de Voltaire et de Montesquieu pour faire publier leurs œuvres)

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) La justice, qui relève du pouvoir ecclésiastique, est arbitraire et abusive : elle taxe d'hérésie un ouvrage "scientifique" sur la différence des puces et des colimaçons et le fait condamner par "des jurisconsultes qui ne l'avaient pas lu"

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) Sur terre, l'église cautionne la guerre en acceptant de faire célébrer des messe solennelles pour "remercier Dieu [du] massacre d'un million d'hommes."

LA SATIRE DE L'ATTITUDE DES TERRIENS

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) Le conte s'ouvre et se clôt sur la condamnation de l'orgueil humain (le défaut par excellence pour Voltaire). L'homme croit tout connaître et affirme sans preuves. Derham se vante d'avoir découvert de nouvelles étoiles mais Micromégas, qui était sur place, ne les a jamais vues. Les philosophes prétendent connaître la matière de l'âme.

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) Voltaire se moque de leur anthropocentrisme affiché, sans aucune modestie, par le partisan de Saint Thomas : " tout [est] fait uniquement pour l'homme." et de leur étroitesse d'esprit qui ne concevant "rien au-delà de [leurs] usages" limite le champ possible de leurs connaissances et les tient éloigner du relativisme.

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) La satire de la métaphysique est de loin la plus acerbe : Voltaire nous offre le catalogue des métaphysiciens condamnables pour leur suffisance et leurs insuffisances : le déterminisme de Malebranche, la Providence et le meilleur des mondes de Leibnitz, la théorie des animaux machines et la conception des idées innées de Descartes, l'anthropomorphisme de St Thomas,  sont autant de philosophies contradictoires qui ne servent qu'à alimenter de faux débats. Leurs débats ne sont que logorrhées cacophoniques stériles et ridicules.

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) La soif du pouvoir, de la domination et de la conquête engendre des guerres meurtrières et, pour la première fois dans le conte, Micromégas ne contrôle pas sa colère et s'écrie : "Ah ! malheureux !... Peut-on concevoir cet excès de rage forcenée ! il me prend envie de faire trois pas et d'écraser de trois coups de pied toute cette fourmilière d'assassins."

 

butto60y.gif (972 octets) LES MOYENS DE LA SATIRE

La variété des tons

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) Le comique , loin d'atténuer les intentions satiriques de l'auteur, permet de dire, sur le mode plaisant, des vérités déplaisantes.

Pour se moquer du chagrin affecté de la femme du Saturnien, le narrateur souligne la contradiction de ses attitudes : "après s'être pâmée, elle alla se consoler avec un petit maître de son pays."

La dérision à l'égard des terriens s'exprime par "la chute du vaisseau dans la poche de la culotte de Micromégas."

Certaines périphrases pour désigner les humains prêtent à rire : "un petit animalcule en bonnet carré", désigne un professeur de Sorbone ; les fous "couverts de chapeaux" font la guerre à ceux "couverts de turbans"

Pour souligner la différence du rythme de la marche de nos deux voyageurs, le narrateur a recours à une comparaison plaisante : "Figurez-vous un petit chien de manchon qui suivrait un capitaine des gardes du roi de Prusse."

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) L'humour : la rapidité de déplacement de Micromégas et de son compagnon tient au fait que : "on va bien plus à son aise quand on tourne sur un axe que quand on marche sur ses pieds."

La remise en cause de l'objectivité des historiens et de l'exactitude des faits rapportés est habilement suggérée  : " je vais raconter comme la chose se passa, sans rien y mettre du mien :ce qui n'est pas un petit effort pour un historien."

Micromégas insiste sur l'absurdité des propos du cartésien : "Ce n'était donc pas la peine [...] que ton âme fût si savante dans le ventre de ta mère, pour être si ignorante quand tu aurais de la barbe au menton."

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) L'ironie : Au Saturnien qui refusant d'admettre que la terre soit habitée parce que tout semblait chaotique, Micromégas répond : " ce ne sont peut-être pas non plus des gens de bon sens qui l'habite."

LA VARIETE  DES  MOYENS

L'antiphrase : Micromégas s'adresse à "un autre sage", il rencontre "quelques algébristes gens toujours utiles au public.".

La litote  : "...ce qui n'est pas une mince affaire pour un historien."

L'euphémisme : Le narrateur désigne par "quelque affaire" le procès intenté à Micromégas et qui se solda par 800 ans d'exclusion.

Micromégas est "un peu fâché dans le cœur" de constater l'immensité de l'orgueil des terriens.

L'accumulation et la gradation : le livre de Micromégas comporte des "propositions suspectes, malsonnantes, téméraires, hérétiques, sentant l'hérésie."

Les terriens sont "un assemblage de fous, de méchants de malheureux."

Les périphrases et les métaphores périphrastiques : la terre est une "petite fourmilière", "un petit tas de boue", "une taupinière"; la mer est"une mare presque imperceptible" et l'océan "un autre petit étang".

Les terriens sont des mites", des insectes invisibles", "des objets si nouveaux" ; la contingence du vocabulaire animal et du vocabulaire humain est encore plus ironique :  "la mite philosophique", une fourmilière d'assassins ridicules", "le petit animalcule en bonnet carré."

L'absurde : Invité à traduire la citation d'Artistote, le vieux péripatéticien reconnaît ne pas comprendre le grec et ajoute : "Il faut bien citer ce qu'on ne comprend pas du tout dans la langue qu'on entend le moins."

Le partisan de Descartes affirme que "l'âme est un esprit pur qui a reçu dans le ventre de sa mère toutes les idées métaphysiques et qui, en sortant de là, est obligée d'aller à l'école et d'apprendre ce qu'elle a si bien su et qu'elle ne saura plus."( ignorance post-utérine quand tu nous tiens !!!)

Les guerres n'ont pour objet qu'"un fétu [d'un] tas de boue", que personne ne connaît et les soldats qui "s'égorgent mutuellement n'[ont] jamais vu l'animal pour lequel ils s'égorgent."

 

Oserait-on prétendre maintenant que Voltaire a écrit ce conte pour faire rêver le lecteur de son siècle et pour le divertir des tracas quotidiens ? Le combat de Voltaire contre l'oppression, quelle qu'elle soit, contre la guerre ( le mal par excellence selon lui), contre l'intolérance, trouve sa plus éloquente expression dans son écriture, arme redoutable qui lui valut plus d'ennemis que d'amis.

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