LA VIE DE FRANZ KAFKA
1883-1924

Ses origines
Du côté paternel :
Son grand-père paternel, Jakob Kafka est né en 1884 à Wossek, ville située au sud de la Bohème et il exerçait le métier de boucher. En 1849, il épouse Franziska Platowsky dont il aura six enfants : Herman, père de l'auteur du Procès, né en 1852, est le cadet. En 1866, Herman quitte Wossek et gagne sa vie comme marchand ambulant avant de se fixer à Prague. En 1882, il épouse Julie Löwy.
Du côté maternel :
Son grand-père maternel, Jakob Löwy est né en 1824 à Humpatetz où il exerce le métier de drapier. En 1852, il épouse Exther Porias, originaire de Podebrody, ville tchèque. De cette union naquit quatre enfants, dont Julie, mère de Kafka, née en 1856. Sa grand-mère maternelle meurt à l'âge de 29 ans en 1885. Son grand-père se remarie un an plus tard et aura trois autres enfants : Richard, Rudolf et Siegfried, les oncles préférés de Kafka.
De ses origines, Franz Kafka, subit deux influences : les Kafka appartiennent au prolétariat juif tchèque de province, ils sont rustres et très énergiques ; les Löwy font partie de la bourgeoisie commerçante aisée. Ce sont des juifs très pratiquants qui comptent dans leur famille des rabbins renommés ; ils sont cultivés, artistes et mystiques.
Sa vie
Ses parents tiennent une petite mercerie située entre les beaux quartiers de Prague et le ghetto. Son père, très ambitieux est un travailleur acharné qui a pour but de se rapprocher de la communauté allemande pour s'y intégrer.
Le 3 juillet 1883, naissance de Franz, l'aîné de six enfants, mais ses deux frères, George, né en 1885, et Heinrich, né en 1887, meurent en bas âge ; il ne lui reste que ses sœurs : Elli ( 1889), Valli ( 1890), et Ottla ( 1892) ( toutes trois seront victimes du nazisme). Il doit son prénom à l'admiration que son père éprouvait pour l'empereur François-Joseph ( Franz-Josef)
Maison de Kafka à Prague
En 1889, la famille s'installe dans une jolie maison confortable qui illustre l'ascension sociale du père. Des domestiques s'occupent des enfants. Enfant solitaire, craintif et sensible, chétif et maladif, Franz supporte mal l'autorité d'un père tyrannique qui voudrait que son fils lui ressemble et qu'il ait la même force de caractère et la même ambition que lui. Très vite Franz se sent coupable de ne pas être le digne fils de son père et ne pas pouvoir combler ses espoirs. Ce sentiment de culpabilité ne le quittera jamais. Dans sa Lettre au père ( lettre que son père ne lira jamais), il écrit :
" Tu ne peux traiter un enfant que selon ta nature, c'est-à-dire en recourant à la force, au bruit, à la colère [...] Tu pris à mes yeux ce caractère énigmatique qu'ont les tyrans dont le droit ne se fonde pas sur la réflexion mais sur leur propre personne. [...] Tu disais " Pas de réplique" voulant amener par là à se taire en moi les forces qui t'étaient désagréables, mais l'effet produit étant trop fort, j'étais trop obéissant, le devins tout à fait muet, je baissai pavillon devant toi et n'osai plus bouger que quand j'étais assez loin pour que ton pouvoir ne pût plus m'atteindre, au moins directement. [...] Par ta faute, j'avais perdu toute confiance en moi, j'avais gagné en échange un infini sentiment de culpabilité."
En revanche, sa mère est très douce et très affectueuse avec lui et le plus souvent elle s'interpose entre le père et ses enfants. Le pouvoir du père est tel que Franz devient de plus en plus taciturne et timide.
A dix ans, il entre au lycée classique allemand de Prague, lycée réputé pour sa sévérité et la qualité de son enseignement. Franz ne s'y plaît pas, il a l'impression d'étouffer d'autant que les mêmes exigences qu'à la maison lui sont imposées.
" On a travaillé aussi bien à l'école qu'à la maison à effacer ma singularité." ( Lettre au père)
Très tôt il essaie de se départir du judaïsme et se cherche de nouveaux guides spirituels. Il lit Darwin et se tourne vers le socialisme.
En 1901, il obtient son baccalauréat et débute des études de chimie à l'université de Prague, mais au bout de quinze jours, il abandonne et se tourne vers le droit, qu'il abandonne au bout d'un semestre, il décide alors de faire des études littéraires, mais n'y trouve pas grand intérêt, aussi retourne-t-il à la faculté de droit.
En 1902, il rencontre Max Brod, qui restera son fidèle ami. Il l'encourage à écrire et c'est lui qui se chargera de la publication de ses oeuvres posthumes (dont Le Procès)
En 1906, il est docteur en droit et pendant un an il s'acquitte d'un stage obligatoire auprès des tribunaux civils et correctionnels.
Franz n'a qu'un but, trouver un travail qui lui permette une indépendance matérielle, de préférence loin de Prague pour ne plus subir l'emprise de son père, mais il faut que ce travail lui laisse suffisamment de temps libre pour qu'il puisse s'adonner à l'écriture. Il accepte un poste dans une compagnie d'assurances, à Prague malheureusement. Cette première expérience professionnelle lui fait pendre conscience de la hiérarchie de l'administration. Par ailleurs, ce travail l'occupe beaucoup plus qu'il ne voudrait, il écrit la nuit et se fatigue beaucoup, aussi sa santé se détériore-t-elle.
Il s'intéresse de plus en plus à la littérature yiddish et se livre à une étude du judaïsme : il s'aperçoit que cette religion est assez éloignée du conformisme religieux dans lequel il a été élevé.
Franz vit mal de ne pouvoir consacrer tout son temps à la littérature et tout ce qu'il est contraint de faire par ailleurs est une véritable torture. Il se sent de plus en plus mal, physiquement et moralement et dans son Journal, dés 1912, il fait part de ses intention suicidaires.
En 1912, il écrit le verdict, La Métamorphose.
Il prend de plus en plus conscience de l'absurdité de sa situation et de son incapacité à vivre comme tout le monde. Il pense alors que peut-être le mariage pourrait être un remède à son mal être et un moyen de l'arracher à sa solitude. Se marier, ce serait donner un sens à sa vie, ou du moins, vivre comme tout le monde. Mais par ailleurs, il croit que le mariage s'oppose à sa recherche de la pureté et à la vie d'ascète qu'il mène ( il ne boit pas, ne fume pas, dort dans une chambre glacée, il est végétarien). De plus, il pense que les relations sexuelles détournent l'homme de son chemin aussi n'a-t-il jamais pu se résoudre à épouser une femme :
" Je n'ai pas pu me marier [...] Tout en moi s'est révolté contre le mariage. [...] C'est principalement le désir de préserver mon travail littéraire qui m'en a empêché, car je croyais ce travail menacé par le mariage." ( Journal)
Sa vie sentimentale est chaotique, épisodique et malheureuse. Il rencontre Félice Bauer, en 1912, se fiance officiellement avec elle le 19 juin 1914, puis il rompt une première fois le 12 juillet 1914, se fiance à nouveau en juillet 1917 et pour finir rompt définitivement en 1917. Il entretient avec elle une longue correspondance entre 1913 et 1917. Le Procès fut écrit juste après sa rupture le 12 juillet 1914. Cette rupture a eu lieu lors de ce qu'il appelle " le tribunal d'Askanisher Hof" au cours duquel il est accusé d'infidélité. Dans une chambre de cet hôtel berlinois, sont réunis quelques amis et les parents du couple, il vit très mal l'interrogatoire qu'on lui fait subir et surtout il se trouve dans l'impossibilité de se justifier. Écrire Le Procès, fut pour lui une manière de justifier son existence et par ailleurs de montrer les conséquences tragiques de l'accusation d'un innocent.
A partir de 1917, sa production littéraire, délaissée partiellement au profit de sa correspondance avec Felice Bauer, s'intensifie.
Franz apprend qu'il est atteint de la tuberculose. Cette maladie lui permet d'obtenir un congé et de fuir enfin Prague et surtout son père. Il s'installe chez sa sœur Ottla Il refuse d'entrer dans un sanatorium pour se faire soigner, persuadé qu'il est que la cause de sa maladie est son état moral.
" Je suis aujourd'hui avec la tuberculose dans les mêmes rapports qu'un enfant avec les jupes de sa mère auxquelles il s'accroche [...] Je cherche continuellement à expliquer la maladie, car enfin je n'ai pas couru après. J'ai quelquefois l'impression que mon cerveau et mes poumons auraient conclu un pacte à mon insu." ( Correspondance)
Pour conjurer le mal, il songe à nouveau au mariage. Il se fiance avec Julie Wohryek en 1919 dans le but de faire un mariage de raison mais ses contradictions sont toujours aussi vivaces : c'est un nouvel échec sentimental.
Il rencontre par la suite, Mileva Jesenska, une jeune femme tchèque qui lui demande de traduire ses oeuvres. Il éprouve pour elle une réelle tendresse mais elle est mariée et lui est de plus en plus malade, aucun avenir n'est donc raisonnablement envisageable et il en souffre beaucoup.
En 1920, il entre au sanatorium de Matliary, où il reste dix mois.
En 1922, il rédige Le Château, Un Champion de jeûne.
A la fin de sa vie, à Berlin, il trouve un certain apaisement dans le judaïsme qui lui apporte un véritable réconfort spirituel. Il a même envisagé aller vivre en Palestine mais son état de santé de plus en plus précaire l'en empêche. Il souffre de plus en plus, il ne peut ni boire, ni manger, ni parler et il meurt à la suite d'une pénible agonie. Dans une lettre à Max Brod, il décrit en janvier 1921, l'état pitoyable d'un malade atteint de laryngite tuberculeuse ; c'est ce même sort qu'il a vécu.
" Toute cette vie misérable au lit, l'asphyxie, l'absorption de médicaments, la douloureuse irradiation... tout cela n'a pour but que de ralentir l'évolution des ulcérations qui finiront par l'étouffer ... Et par-dessus ce bûcher qui ne flambe pas, mais s'embrase lentement , les parents, les médecins, les visiteurs se sont positivement construit des échafaudages pour pouvoir sans danger de contagion approcher, rafraîchir, consoler le torturé et l'encourager à supporter d'autres maux." ( Correspondance)
En 1923, il fait un séjour thérapeutique sur la mer Baltique. C'est là qu'il rencontre Dora Dymant, avec laquelle il s'installe à Berlin. A cette époque il écrit Terrier, Ma petite femme
Il est de retour à Prague en 1924, après un séjour en sanatorium d'abord, puis en clinique ensuite, il meurt le 9 juin 1924, à Kierling, près de Vienne. Il est enterré à Prague le 11 juin.