LE CONTEXTE LITTERAIRE

Le classicisme
La Querelle des Anciens et des Modernes

Le classicisme
        Le classicisme est le courant qui marque la fin du règne de Louis XIII ( 1648, 1652) et qui caractérise la production littéraire de la deuxième moitié du dix-septième siècle. Le régime est sur le déclin, l'autorité de l'état est contestée les grands seigneurs revendiquent une toute puissance.
         Par ailleurs, la première moitié du dix-septième siècle a été marquée par le baroque, courant littéraire qui voulait avant tout traduire le mouvement, dans le temps et dans l'espace et montrer l'instabilité de l'homme dans l'univers. Tout est en mouvement, rien n'est jamais acquis, tout évolue, tout peut être remis en cause, tels étaient les convictions des artistes baroques. Ils refusaient toute règle, toute contrainte qui auraient pu les gêner dans leur création et leurs champs d'investigation étaient surtout, l'illusion, l'artifice, le mensonge. 
        Le classicisme se situe aux antipodes d'une telle conception du monde, de l'homme et de l'art : il aspire à l'ordre et à la rigueur. Le culte de la raison est réhabilité, on fait appel au bon sens et on ne cherche pas à s'écarter de ce qui est normalement accepté. Les règles, loin désormais d'être considérées comme des contraintes qui garrottent le génie, sont considérées comme indispensables car l'homme a besoin de rigueur et la création sera d'autant plus belle qu'elle s'imposera à respecter des règles strictes. 
      Ainsi, Boileau, dans "l'Art poétique" en 1664, fidèle aux préceptes d'Aristote dans "La Poétique", codifie-t-il les genres ( tragédie, comédie, épopée) , la règle des trois unités( temps, lieu, action) s'impose au théâtre, Malherbe réforme la langue française, selon lui, l'écrivain est un ouvrier du style, le poète est " un artisan du vers" et il a besoin d'un outil privilégié, la langue qui doit être parfaite, Vaugelas codifie la syntaxe dans un ouvrage intitulé " Remarques sur la langue française utiles à ceux qui veulent bien parler et bien écrire" ( 1647), la premier ouvrage qui instaure des normes linguistiques et syntaxiques. 
     Les textes littéraires doivent être accessibles au plus grand nombre et  pour cela il faut user d'une langue simple et correcte,  " ce qui se conçoit bien s'énonce clairement / et les mots pour le dire viennent aisément" (Boileau dans l'Art poétique)contrairement au langage des précieux qui ne s'adressait qu'aux initiés, convaincus qu'ils étaient que la littérature devait rester élitiste.
      Richelieu crée l'Académie française en 1635 et demande aux membres de cette illustre assemblée de rédiger des ouvrages théoriques de la langue française ( dictionnaire, grammaire...)
    Par ailleurs, on ne doit pas dire ni écrire n'importe quoi, car si l'œuvre d'art a pour finalité la beauté esthétique elle doit aussi se  conformer à un idéal moral et là aussi il faut se conformer à des règles : la bienséance et la vraisemblance : il ne faut pas choquer le lecteur ou le public ( s'il s'agit du théâtre) et il faut toujours mettre en place des situations qui ne choquent pas la raison et qui soient vraisemblables même si par ailleurs elles ne reflètent pas la réalité : tout ce qui est vrai ne peut pas être dit, en revanche, tout ce qui est possible peut être dit.
    L'idéal humain est celui de "l' honnête homme". cette conception est directement liée à  l'organisation sociale du dix-septième siècle. en effet, la vie sociale est dominée par l'ambition et par le désir de plaire au prince pour obtenir une place privilégiée. Dés lors tous les moyens doivent être mis en oeuvre pour se mettre en valeur et être agréable aux autres mais non pas comme les courtisans mis en scène par la Bruyère dans Les caractères, qui eux, par leurs attitudes et leurs comportements sont à l'opposé de l'honnête homme. L'honnête homme doit être loyal, vertueux, élégant physiquement et moralement  ;  il doit savoir se comporter en société et respecter les bonnes manières, la politesse et la courtoisie ; il doit posséder la maîtrise de soi et ne pas se laisser aller à des excès, au contraire il doit faire sienne la règle du " juste milieu"  (" La raison parfaite fuit toute extrémité / Et veut que l'on soit sage avec sobriété" Molière); il doit plaire aux autres mais par des attitudes vraies, par son mérite personnel et pas ses actions et non pas en fonction de ses origines sociales. Il doit "réconcilier l'être et le paraître" ; enfin  L'honnête homme doit être honorable  Nicolas Furet écrit " L'honnête homme ou l'art de plaire à la cour" ( 1630), véritable manuel qui s'adresse à tous les courtisans soucieux de s'approcher au pus près de cet idéal.

La Querelle des Anciens et des Modernes      
     

    L'opposition entre la tradition et la modernité est un motif récurrent au dix-septième siècle, d'autant que la doctrine classique préconisait l'imitation des anciens, à condition toutefois d'opérer un choix et de ne prendre pour modèle que les oeuvres qui ne s'éloignaient pas de la raison.
    . Après la querelle du Cid ( 1637), après la querelle du " merveilleux chrétien" qui s'opposait au "merveilleux païen" ( 1653-1874) , la querelle des inscriptions ( faut-il continuer à écrire en latin les inscriptions sur les monuments ?), "la querelle des Anciens et des Modernes" anima le monde littéraire entre 1687 et 1715. Cette querelle littéraire se déroula en deux temps : de 1687 à 1694, période au cours de laquelle les modernes contestent le fait qu'Homère soit considéré comme le modèle par excellence ;   puis de 1713 à1714,les modernes remettent en cause l'existence même d'Homère. 
    Pour les partisans des anciens, les ouvrages des auteurs antiques grecs et latins sont parfaits et il convient de les imiter. Par ailleurs, ils considèrent que  l'antiquité est une période où la civilisation a atteint la perfection. Les modernes quant à eux, même s'ils reconnaissent talent et mérite aux auteurs de l'antiquité, considèrent qu'ils présentent des faiblesses et qu'en aucun cas ils ne peuvent être des modèles à suivre. De plus, ils refusent de considérer que l'idéal de la civilisation relève du passé. Bien au contraire ils croient au progrès de l'homme, de la société et de l'art.
   
Ce que revendiquent les anciens
   
- L'autorité de Virgile et d'Homère : leurs oeuvres sont des chefs-d'œuvre incontestables et doivent servir de références et de modèles. C'est ce que revendique La Fontaine dans son Épître à Huet 
    - Il faut imiter la nature et n'accorder d'importance qu'au simple et au naturel. Dans la remarque 10 du chapitre Des ouvrages de l'esprit, La Bruyère écrit : " Il y a dans l'art un point de perfection, comme de beauté et de maturité dans la nature ; celui qui le sent et qui l'aime a le goût parfait..." et dans la remarque 15 de ce même chapitre il considère qu'il faut " revenir au goût des anciens et reprendre enfin le simple et le naturel."
     -
Imiter ne veut pas dire copier servilement et ne pas faire preuve d'originalité et de personnalité. Il faut suivre l'exemple des anciens, avoir la même rigueur qu'eux. 
    - Il faut que les oeuvres d'art résistent au temps et pour cela, elle doivent traiter des caractéristiques de la nature humaine, ce qui ne signifie pas pour autant qu'elles ne font pas référence à l'époque précise de l'écrivain.
    
Ce que revendiquent les modernes
    - Charles Perrault dans
Le siècle de Louis le Grand, proclame la supériorité du siècle de Louis XIV sur celui d'Auguste, il critique les anciens et fait l'éloge des modernes.
     - Ils refusent d'admirer les anciens sans réserve car ils considèrent que tout n'est pas admirable chez les anciens.
     -Ils refusent de les prendre pour modèles car selon eux, ce serait admettre que l'art a atteint un point de perfection que l'on ne peut plus atteindre et que l'art est figé dans des canons esthétiques ; c'est donc non seulement déconsidérer la création artistique contemporaine mais encore empêcher une évolution de la création artistique.
     - Ils ont foi en le progrès, pour eux le monde n'est pas statique, il est en marche et l'artiste ne peut que rendre compte, à travers ses oeuvres, de cette évolution. Les sciences progressent et de même les arts.
    - Enfin, les modernes vont jusqu'à penser que la culte des anciens a pour conséquence une certaine stérilité dans la création artistique : " Rien n'arrête tant le progrès des choses, rien ne borne tant les esprits, que l'admiration excessive des anciens." ( Fontenelle). 

 Nous proposons un tableau récapitulatif des différentes étapes de cette querelle/
En violet les partisans des Modernes ; En vert, les partisans des Anciens.

27/01/1687 : Charles Perrault publie Le siècle de Louis le Grand, poème qui fait l'éloge du présent par rapport au passé.
05/02/1687 : La Fontaine répond par l'Épître à Huet
       
/1688 : La Bruyère Les Caractères, des Ouvrages de l'esprit
1688 : Fontenelle : Digression sur les Anciens et les Modernes
 
1688 } 
 
1690 }Charles Perrault : Parallèles des Anciens et des Modernes
 1693}
 1693 : Boileau dans le Discours qui précède les Odes pindariques , expose les bienfaits de l'imitation
 1694 : Boileau : la Satire X dénonce les femmes qui soutiennent les Modernes
 1694 : Charles Perrault répond par l'Apologie des femmes
La querelle s'apaise grâce à Antoine Arnauld ;  Boileau et Perrault deviennent moins intransigeants
 1713 : Mme Dacier, traduit Homère : reprise de la querelle à propos d'Homère : a-t-il vraiment existé ?
 1713 : Houdar de la Motte, écrit une Iliade abrégée, de très mauvais goût.
Fénelon, partisan des Anciens, met un terme à cette querelle dans une lettre à l'Académie dans laquelle il soutient le mérite des Anciens mais aussi des Modernes et invite les modernes à mettre leur génie à surpasser les Anciens.

                     La Bruyère et la querelle :
                          Partisan des anciens, la Bruyère dans Les Caractères et plus précisément dans le premier chapitre intitulé
                     Des ouvrages de l'esprit, prend très nettement position en faveur des anciens, contre les modernes. On sait qu'il
                     s'opposa plus particulièrement à Fontenelle à qui il fait souvent allusion. la Bruyère payera cher ses prises de
                     position quand il se présentera à l'académie française, et s'il est élu de justesse à sa deuxième candidature
                     Fontenelle et ses amis s'opposeront à ce que son discours d'intronisation, dans lequel il ne remercie et ne fait
                     l'éloge que des partisans des anciens, ne soit pas publié.
                    
                     Remarque 10 : " Il y a dans l'art un point de perfection, comme de bonté ou de maturité dans la nature. Celui qui 
                     le sent et qui l'aime a le goût parfait ; celui qui ne le sent pas et qui aime en deçà ou au delà, a le goût défectueux.
                     Il y a donc un bon et un mauvais goût..."
                     Remarque 14 : " tout l'esprit d'un auteur consiste à bien définir et à bien peindre. Moïse, Homère, Platon, Virgile,
                     Horace ne sont au-dessus des autres écrivains que par leurs expressions et par leurs images : il faut exprimer 
                     vrai pour écrire naturellement, fortement, délicatement."
                     Remarque 15 : " On a dû faire du style ce qu'on a fait de l'architecture. on a entièrement abandonné l'ordre gothique,
                     que la barbarie avait introduit pour les palais et pour les temples ; on a rappelé le dorique, l'ionique, le corinthien :
                     ce qu'on ne voyait plus que dans les ruines de l'ancienne Rome et de la vieille Grèce, devenu moderne, éclate 
                     dans nos portiques et dans nos péristyles. De même, on ne saurait en écrivant rencontrer le parfait, et s'il se peut,
                     surpasser les anciens, que par leur imitation.
(
avis nuancé, certes, affirmation de la suprématie des anciens mais 
                     La Bruyère reconnaît aussi que l'élève peut dépasser le maître)

                                             Combien de siècles se sont écoulés avant que les hommes, dans les sciences et dans les arts,
                     aient pu revenir au goût  des anciens et reprendre enfin le simple et le nature
l ! (
La Bruyère salue le retour du
                     principe de l'imitation de la nature)

                                             On se nourrit des anciens et des habiles modernes, on les presse, on en tire le plus que l'on peut,
                     on en renfle ses ouvrages ; et quand enfin l'on est auteur, et que l'on croit marcher tout seul, on s'élève contre eux
                     on les maltraite, semblable à ces enfants dru et forts d'un bon lait qu'ils ont sucé, qui battent leur nourrice.
(
Allusion
                     Fontenelle qui a reçu une formation classique chez les Jésuites, partisans des anciens et qui s'en est départi)

                                             Un auteur moderne prouve ordinairement que les anciens nous sont inférieurs en deux manières,
                     par raison et par exemple ; il tire la raison de son goût particulier, et l'exemple de ses ouvrages.
(
ici, il fait allusion à
                     Fontenelle mais aussi Charles Perrault)
                                            
[...]
                                             Quelques habiles prononcent en faveur des anciens contre les modernes ; mais ils sont suspects
                     et semblent juger en leur propre cause, tant leurs ouvrages sont faits sur le goût de l'antiquité : on les récuse."