Le lager

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Ce plan sommaire ( réalisé à partir d'un document prêté par Charles Conreau)  indique une partie des différentes baraques en bois qui constituaient le camp. Les numéros correspondent à différents Blocks, il en existait 60 . Dans le chapitre 2, Primo Levi décrit le camp : " C'est un carré d'environ six cent mètres de côté, clôturé par deux rangs de barbelés, dont le plus proche de nous est parcouru par un courant à haute tension. le camp se compose de soixantes baraques en bois, qu'on appelle ici Blocks [...] à quoi s'ajoutent le corps des cuisines, qui est en maçonnerie, une ferme expérimentale [...] et les baraques des douches et des latrines. [...] L'infirmerie et le dispensaire [sont] constitués par huit baraques situées à l'extrémité du camp. [...] le centre du lager est occupé par l'immense place de l'Appel [...] en face de la place de l'Appel, se trouve une pelouse soigneusement tondue, où l'on dresse la potence." ( pages 32 et 33)

    Puis il précise la description d'un block : " deux pièces ; la première, le Tagesraum, où vivent le chef de baraque et ses amis  [...] l'autre pièce est le dortoir ; il contient 148 couchettes disposées sur trois niveaux ...c'est là que vivent 200 à 250 hommes , soit deux hommes par couchette..." Ce qui frappe surtout c'est le contraste entre les couleurs vives, les objets de toutes sortes ( bibelots, dessins, photographies....), le mobilier ( une longue table, des chaises et des bancs), l'espace de cette première pièce et la précarité du dortoir où s'entassent les détenus, lieu dont la moindre surface est utilisée au point que " la surface du plancher est si réduite que tous les occupants d'un même block ne peuvent y tenir ensemble que si la moitié d'entre eux sont allongés sur les couchettes" ( p. 33) De plus, ceux qui occupent la partie supérieure des couchettes ( terme pompeux pour désigner " des bat-flanc mobiles pourvus chacun d'une mince paillasse"), ne peuvent se tenir assis tant ils sont près du plafond. La promiscuité les réunit dans une masse informe.

        Primo Levi énumère la liste des blocks réservés : le 7 réservé à la prominenz ; le 49, pour les kapos,  le 29, le bordel du camp... le 24, réservé aux galeux... La précision de la description des pages 32 et 33 est telle qu'elle se passe de commentaire. Certains lieux du camp sont évoqués plus particulièrement : il s'agit par exemple de l'infirmerie ( chapitre 4) ou du laboratoire ( chapitre 15) moins pour leur différence par rapport aux autres blocks que pour leur organisation de vie particulière. Ainsi, le Schonungsblock , renferme les malades les plus légers et le rituel des visites est différent de celui du K.B : page 57, la description de la file d'attente pour la consultation est tout à fait éloquente.

   Bref, toute une organisation qui transforme cet univers concentrationnaire en un véritable espace clos sur lui-même, séparé du monde extérier par des barbelés électrifiés infranchissables, sous peine de mort subite, hierarchisé selon un code qui n'a rien à voir avec la monde des vivants. Espace hermétiquement fermé et aussi espace resserré qui entasse sur lui-même des milliers d'hommes dans une prosmicuité étouffante. Jamais seul, toujours avec les autres, même pour aller aux toilettes, le détenu est placé sous haute surveillance et accompagné par le Scheissbegleiter. En rang par deux pour aller et revenir du travail seul lien possible avec l'extérieur, c'est-à-dire avec d'autres hommes, les civils, dont le seul rapport est celui d'un commerce " illicite". Lieu qui ouvre sur l'horizon macabre des cheminées des chambres à gaz de Birkenau et dont l'épaisseur de la fumée rappelle à chacun ce qui les attend.

        Lieu de l'insalubrité, de l'absence d'hygiène où les odeurs pestilencielles des morts se mêlent à celles des corps privés de savon... Lieu de la souffrance physique morale et de la souffrance physique, lieu de la déshumanisation,de l'humiliation, où les numéros ont remplacé les noms, où l'abrutissement par le travail a remplacé la pensée humaine, où la perversion devient la règle et le vol la valeur suprême pour compenser les privations, lieu de l'insécurité où il faut se méfier de chacun, même de son partenaire de couchette, lieu de la déchéance physique et morale où les corps ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes et où les âmes sont oubliées. Lieu où l'on est dépossédé de tout et où le costume rayé remplace la petite touche de personnalité, lieu de la confusion sociale, politique, religieuse. Le Lager est hors du monde, c'est un monde dans le monde, un univers particulier qui devient une fin en soi et dont il semble impossible de sortir, même mort, puisque les cadavres étaient entassés dans une fosse commune, trop petite pour les contenir tous. Lieu qui obéit à une géométrie précise, à des rituels " infinis et insensés". Lieu où se concentrent toutes les forces du mal et qui ressemble à l'enfer : " C'est cela, l'enfer. Aujourd'hui, dans un monde actuel, l'enfer, ce doit être cela." ( 21) impression qui est corroborée par la référence à L'Enfer de Dante ( chapitre XXI de La Divine Comédie) : " ... Ici, le Saint-Voult ne se montre ; / Ici, l'on nage autrement qu'en ton Serque".

    "Le lager ; c'est-à-dire le produit d'une conception du monde poussée à ses plus extrêmes conséquences avec une cohérence rigoureuse" telle est la définition que nous en donne Primo Levi dés la préface et dont Si c'est un homme n'en est que l'illustration.

    Pour avoir des informations encore plus précises sur le Lager, il est important de lire : Devoir de Mémoire de Primo Levi.

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