portique1.gif (10021 octets)     

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) ETUDE TABULAIRE

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) LES INTRIGUES DE LA PIECE

- les stratégies

- les schémas actantiels

- le sujet de la pièce : "La disconvenance sociale" est à lire dans : petite_histoire_d.htm ( les préfaces)

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) PORTRAIT DES DIFFERENTS PROTAGONISTES ( Le Comte, La Comtesse, Figaro, Suzanne, Chérubin, Marceline)

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) MAITRES ET VALETS, UNE RELATION COMPLEXE

LES RELATIONS DUELLES

- Figaro / le Comte

- Suzanne / le Comte

LES RELATIONS COMPLICES

-Suzanne / la Comtesse

- Figaro, Suzanne ,la Comtesse  / le Comte

 

Arrow_Sharp_Right.gif (1070 octets) LE MARIAGE DE FIGARO, UNE COMEDIE AMBIGUE

- Une comédie gaie

- Une comédie aux frontières du drame

- Un théâtre de société (satire de la justice ; critique des privilèges ; libertinage et ordre social ; critique de la situation de la femme au XVIIIème siècle )

                    22.gif (4759 octets)

book3.gif (982 octets) ETUDE TABULAIRE

Etant donné le projet de lecture de la pièce, à savoir, la relation MAITRE/VALET, nous avons occulté dans ce tableau les personnages qui n'interviennent pas directement dans cette relation.

Acte I SCENE Le comte la comtesse figaro suzanne chérubin marceline bartholo bazile
11sc 1,2,3,4 5,-6,7 0 0 1,2,3, 1,5,6,7, 7, 3,4,5, 3,4,5 0
0 8,9,10,11 8,9,10 10 10,11 8,9,10 8,9,10,

11

0 0 9,10,11
S/T 0   3 1   5 7 5 3 3 3
ActeII 1,2,3,4,5

,6,7,8

0 1,2,3,4,5,6

,7,8

2 1,2,3,4,6,8 4,5,6,7,8 0 0 0
26 sc 9,10,11,12,

13,14,

10,12,13 9,10,11,12,

13

0 13,14, 9,10,14 0 0 0
0 15,16,17,

18,19,20

15,16,19 16,17,18,19,

20

20 15,17,18,

19,20

0 0 0 0
0 21,22,23,

24,25,26

20,21,22 21,22,23,24

,25,26

21,22,23 21,22,23,

24,26

0 0 0 22,23
S/T 0 9 24 5 18 8 0 0 2
ActeIII 1,2,3,4,5

,6,7,8,

1,2,3,4,5,6

,7,8,

0 5,6,7 0 0 0 0 0
20 sc 9,10,11,12,

13,14

9,11,14 0 10,13,14 9,10 0 12,13,14 12,13,14 0,
0 15,16,17,

18,19,20

15,16,17 0 15,16,17,19 17,18,19 0 15,16,17,

18,19

15,16,17,

18,19

0
S/T 0 14 0 11 5 0 8 8 0
ActeIV 1,2,3,4,

5,6,7,8,

5,6,7,8, 2,3,4,5,6

,7,8,

1,2,6 1,2,3,4,5, 4,5,6,7 8 0 0
16 sc 9,10,11,

12,13,14

9,10,11,12 9 9,10,11,12,

13,14

10,11 0 9,10,11,12,

13,15,16

9,10,11 9
0 15,16 0 0 15 0 0 0 0 0
S/T 0 8 8 10 7 4 8 3 1
Acte V 1,2,3,4,5

,6,7,8,

6,7 4,5,6,7 2,3,4,5,6,7,8, 4,5,6,7,8 4,6 4 2 2
19 sc 9,10,11,

12,13,14

9,10,11,

12,14

0 9,10,11,12,

13,14

9 13,14 0 12,13,14 12,13,14
0 15,16,17,

18,19

15,16,17,

18,19

19 15,16,17,18,19 18,19 18,19 17,18,19 15,16,17,

18,19

15,16,17,

18,19

S/T 0 12 5 18 8 6 4 9 9
Total 92 sc comte :46 comtesse :39 Figaro :49 Suzanne :45 Chér 23 Marceline 23 Bartholo23 Bazile 15

    COMMENTAIRE

    fleche.gif (94 octets) Pour des raisons de lisibilité sur une seule page, nous avons modifié la présentation habituelle de l'étude tabulaire ; le but de ce tableau est de mettre en évidence l'importance ou non de la présence sur scène des différents personnages. Ce tableau se lit généralement avant même la lecture de la pièce et constitue un "horizon d'attente". Ainsi, force est de constater que Figaro occupe le devant de la scène contrairement à Bazile.

    Par ailleurs, après la lecture de la pièce, ce tableau est un outil de repérage qui permet de mieux cerner la relation des personnages et vient de ce fait compléter les différents schémas actantiels.

    La présence muette des personnages n'est pas lisible sur ce tableau : elle concerne essentiellement les personnages de Marcelin, Bartholo, Bazile et particulièrement dans le dernier acte, ces personnages jouant un rôle mineur dans les scènes nocturne de "cache-cache".    

    fleche.gif (94 octets)Hiérarchie des personnages au regard de leur présence sur scène :

    - Figaro : 49/92

    - Le Comte : 46/92

    - Suzanne :  45/92

    - La Comtesse : 39/92

    - Chérubin, Marceline, Bartholo : 23/92

    - Bazile : 15/92

    fleche.gif (94 octets)La répartition des scènes, I,11 ; II,26 ; III, 20 ; IV, 16 ; V, 19, permet de constater que l'acte I, acte d'exposition, comporte beaucoup moins de scènes que les actes II et III qui forment le nœud de l'action et que l'acte V, acte du dénouement. par ailleurs, il se produit un phénomène d'accélération dû aux nombreux mouvements scéniques ( entrée et sortie des personnages) qui justifie, entre autre, le titre de la pièce : "La folle journée"

    Par ailleurs, la concentration des personnages sur scène est plus grande dans les actes I et V : le but de l'acte I étant de présenter les différents protagonistes et celui de l'acte V, de les réunir pour le dénouement.   

    fleche.gif (94 octets) Les scènes de duo et les scènes duelles

    Si le titre de la pièce, "Le mariage de Figaro" laisse supposer que le couple Figaro/Suzanne est au centre de l'intrigue, les scènes de duo amoureux sont rares : seulement 3 sur 92 scènes. Aussi pouvons-nous en déduire que la relation "duo" du couple n'est pas privilégiée.

    En revanche la scène réunit plus souvent le Comte et la Comtesse mais toujours dans des scènes duelles : 8 scènes insistent sur la relation conflictuelle du couple, même si par deux fois ces scènes se terminent sur une réconciliation ( II,19 ; V,  19)

    La relation maître /valet ne donne lieu qu'à 2 scènes au cours desquelles Figaro et le Comte vont s'affronter en tête à tête( III,3 ; V, 2)

    En revanche Suzanne et la Comtesse se retrouvent seules 5 fois au cours de l'acte II dans des scènes de grande complicité.

    Enfin, Figaro et Marceline sont réunis 3 fois dans l'acte IV, scènes de tendresse...

 

    La plupart des scènes de la pièce met en relation plus de deux personnages :

    _6 fois le trio Suzanne/la Comtesse/Chérubin

    _6fois le quatuor Figaro/Suzanne/la Comtesse/le Comte

    _ l'acte IV et l'acte V donnent lieu à des scènes de "foule" puisque, outre les différents protagonistes, les paysans sont présents.

    Le titre premier de la comédie, " La folle journée",  se justifie, entre autre, par une occupation "débordante" du lieu scénique.

    fleche.gif (94 octets)Présence des personnages en corrélation avec les lieux

    - L'acte III est dominé par la présence de la Comtesse et de sa camériste Suzanne : la comtesse est présente 24 scènes sur 26 et Suzanne 18 sur 26. La didascalie initiale précise que nous sommes dans la chambre de la Comtesse : ceci explique cela.Néanmoins, on peut constater que ce lieu intime est un véritable lieu de passage, outre le comte, dont la présence est justifiable dans la chambre de sa femme, Chérubin et Figaro vont venir tour à tour prendre part aux débats. C'est que cette scène est particulièrement importante dans l'économie de la pièce puisqu'elle va mettre en place tout un plan "d'attaque" pour déjouer les projets du Comte.

    - Dans l'acte III, la Comtesse et Chérubin sont absents. La scène se déroule dans la salle d'audience du château, lieu de l'instance publique, qui réunit tous les personnages concernés par le procès qui oppose Figaro à Marceline.

    - L'acte IV, réunit la totalité des personnages dans une galerie du château , lieu de l'instance publique dans lequel sont célébrés les mariages.

         exit.gif (139 octets)                                   

 

    buch3.gif (13365 octets)LES INTRIGUES DE LA PIECE

 

        Le choix du titre de la pièce nous renseigne sur l'intrigue de la comédie de Beaumarchais : le spectateur sait que le mariage annoncé, celui de Figaro, va être contrarié, selon le schéma canonique de toute comédie, et que, les opposants deviendront des adjuvants. La seule énigme réside dans les obstacles à ce mariage. La comédie de Beaumarchais n'est pas aussi simple que cela. La lecture de l'acte I nous conduit dans un dédale d'intrigues multiples qui se croisent et s'entrecroisent ( "l'imbroglio"): quatre intrigues se mettent en place dans les quatre premières scènes.

Intrigue I : l'obstacle au mariage de Figaro et de Suzanne : le comte veut faire de Suzanne sa maîtresse au nom du "droit du seigneur" qu'il avait pourtant aboli dans "Le Barbier de Séville" pour pouvoir épouser Rosine (la comtesse) alors pupille et future épouse de Bartholo : c'est ce que Suzanne apprend à Figaro dés la première scène :"Monsieur le comte veut rentrer au château, mais non pas chez sa femme ; c'est sur la tienne, entends-tu, qu'il a jeté ses vues."

 

Intrigue II : Marceline nous apprend, scène 4, que Bazile veut l'épouser : " Le pis... est cette ennuyeuse passion qu'il a pour moi depuis si longtemps."

 

Intrigue III : toujours scène 4, Marceline demande à Bartholo, l'amant bafoué du "Barbier de Séville" de l'aider à " en épouser un autre.... le beau, le gai l'aimable  Figaro."

 

Intrigue IV: scène 7, Chérubin annonce à Suzanne que le comte l'a renvoyé du château et il a besoin de l'aide de sa marraine ( la comtesse) pour faire changer d'avis le comte.

De plus , l'intérêt que Chérubin porte à la comtesse et les réflexions de Suzanne laissent deviner que le jeune page est amoureux de la comtesse ; par ailleurs la tendresse de la comtesse pour le page est explicite dés la scène 1 de l'acte II.

 

Aussi les obstacles au mariage de Figaro et de Suzanne sont-ils d'une part l'abus de pouvoir du comte et d'autre part le désir de Marceline.

Le Mariage de Figaro est bien l'intrigue principale mais l'on ne sait pas qui sera son épouse.

 

Ces différentes intrigues donnent lieu à plusieurs stratégies :

Celle de Figaro, dirigée contre le comte , exposée dans un court monologue, I,2 : " D'abord avancer l'heure de votre petite fête, pour épouser plus sûrement ; écarter une Marceline qui de vous est friande en diable ; empocher l'or et les présents ; donner le change aux petites passions de Monsieur le Comte ; étriller rondement monsieur Bazile et..."

Cette stratégie sera finie d'être élaborée dans la scène 2 de l'acte II en présence de la Comtesse et de Suzanne : d'abord, éveiller la jalousie du comte : "tempérons d'abord son ardeur de nos possessions en l'inquiétant sur les siennes." aussi Figaro a-t-il fait parvenir au comte un billet lui annonçant que la comtesse a un rendez-vous avec un galant.

Ensuite prendre le comte en flagrant délit de rendez-vos avec Suzanne : "tu feras dire à Monseigneur que tu te rendras sur la brune au jardin" mais en fait, c'est Chérubin, déguisé en Suzanne qui s'y rendra.

Celle de Marceline, dirigée contre Figaro pour le contraindre de l'épouser : elle peut s'opposer au mariage de Figaro et de Suzanne parce qu'elle détient un engagement signé de Figaro ( cf acte III, scène 15 : "Je soussigné reconnais avoir reçu de Damoiselle...Marceline....la somme de deux mille piastres ... ; laquelle somme je lui rendrai... et je l'épouserai par forme de reconnaissance.. signé Figaro")

De plus , Suzanne se refusant au Comte, elle est sûre qu'il la soutiendra pour se venger du refus de la camériste de son épouse.

Celle de La Comtesse et de Suzanne, à l'insu de Figaro, à partir de la scène 3 de l'acte IV, contre le Comte, en faveur de la Comtesse : Suzanne fixera un rendez-vous au Comte mais c'est La Comtesse qui ira ,déguisée en Suzanne.

Aussi peut-on voir se dessiner les oppositions et les alliances

a) Le Comte, Bartholo, Marceline contre Figaro et Suzanne

b) Figaro, Suzanne, la Comtesse contre Marceline et le Comte.

Si l'opposition maître/valet est évidente en a), l'alliance maître/valet caractérise b).

Il faudra attendre l'acte III, scène16, pour que Marceline, ayant reconnu en Figaro son fils Emmanuel, change de camp et œuvre pour la réussite du mariage de Suzanne et de Figaro .Ce coup de théâtre contrarie le comte :" Sot événement qui me dérange"

Ces oppositions sont lisibles dans les schémas actantiels suivants :

Schéma n° 1

Destinateur                                                     Destinataire

Le libertinage                                                     Le plaisir égoïste

Le droit du seigneur             Sujet : Le Comte

                                         Objet : Suzanne

Opposants                                                     Adjuvants

Figaro                                                            

La Comtesse                                                    Bartholo

Suzanne

Schéma n°2

Destinateur                                                   Destinataire

L'amour                                                         Le mariage désiré

                                Sujet : Figaro

                                Objet : Suzanne

Opposants                                                     Adjuvants

Le Comte                                                         La comtesse

Marceline                                                         Suzanne

Bartholo                                                             Marceline ( à partir de III,16)  

Schéma n°3

Destinateur                                                     Destinataire

L'amour                                                             Le mariage "forcé"

                                Sujet : Marceline

                                Objet : Figaro

Opposants                                                        Adjuvants

La Comtesse                                                         Le Comte

Suzanne                                                                Bartholo

Figaro

           Les schémas 1 et 2 sont diamétralement opposés et les schémas 1 et 3 sont identiques en ce qui concerne les opposants, aussi, force est de constater que la lutte pour le mariage de Figaro et de Suzanne va être difficile car inégale. La scène de reconnaissance de l'acte III devient nécessaire pour renverser la situation et mener à son terme l'intrigue initiale de la comédie.

Par ailleurs, il convient de constater que le Comte se retrouve seul dans sa quête dés lors que Bartholo peut  épouser Marceline : leur fils les réunissant.

Aussi, si au début de la pièce, tout semblait être en faveur du Comte, son pouvoir, son argent, sa jalousie, vont se retourner contre lui

.exit.gif (139 octets)

                                

buch3.gif (13365 octets)PORTRAIT DES DIFFERENTS PROTAGONISTES

arrow32.gif (570 octets)Les principaux personnages vus par leur auteur.

Dans sa préface et dans "caractères et habillements de la pièce", Beaumarchais donne de précieuses indications au lecteur sur ses personnages :

    - Le Comte est essentiellement caractérisé par son rang social et par sa puissance :"Un grand seigneur espagnol... un maître absolu que son rang, sa fortune, sa prodigalité rendent tout-puissant... C'est un mari peu délicat....assez galant,..., un peu libertin."De plus, il doit être joué "très noblement avec grâce.... la corruption du cœur ne doit rien ôter au bon ton de ses manières."

    - La Comtesse est identifiée à ses qualités morales : c'est "la plus vertueuse des femmes... Un modèle de vertu, l'exemple de son sexe et l'amour du nôtre.... Un caractère aimable et vertueux".L'éloge dithyrambique participe à la mise en place de l'image de la femme victime du libertinage de son mari.

    - Figaro est présenté comme un personnage dominant tant par ses qualités que par son rôle. C'est "l'homme le plus dégourdi de sa nation..... il incarne "le feu et l'esprit.... Il ne ruse avec son seigneur que pour garantir ce qu'il aime et sauver sa propriété." De plus, la sagesse et la gaieté en font le parangon du valet émancipé , il est " de la sagesse assaisonnée de gaieté et de saillies."

    -Suzanne n'est pas une servante quelconque, elle est " spirituelle, adroite et rieuse ...  mais non de cette catégorie presque effrontée de nos soubrettes corruptrices... Dans tout son rôle, il n'y a pas une phrase, pas un mot qui ne respire la sagesse et l'attachement à ses devoirs."

    - Chérubin est par avance excusé et justifié de ses penchants pour la Comtesse. Beaumarchais insiste beaucoup sur sa jeunesse, ce qui ruine toute intention qui pourrait porter atteinte à la décence et à la morale : "un enfant de treize ans, aux premiers battements du cœur..., idolâtre [de] sa marraine est-il sujet de scandale ?... Aimé de tous, vif, espiègle et brûlant comme tous les enfants spirituels.... Pour lui imprimer plus fortement le caractère de l'enfance, nous le faisons exprès tutoyer par Figaro... Timide à l'excès devant la Comtesse, ailleurs un charmant polisson."

    - Marceline est " Une femme d'esprit, née un peu vive, mais dont les fautes et l'expérience ont réformé le caractère."

arrow32.gif (570 octets)Portrait selon les personnages.

Dans "Dom Juan", Molière fait faire à Sganarelle le portrait de son maître : véritable tradition dramaturgique, la présentation du personnage principal est, le plus souvent , prise en charge par un autre personnage qui lui est proche ( autre exemple : Tartufe est tour à tour présenté par Madame Pernelle, Orgon, Dorine... bien avant qu'il n'arrive sur scène). Beaumarchais respecte ce principe mais de façon plus discrète : les caractères sont esquissés par petites touches et pris en charge par plusieurs personnages.

- Figaro apparaît d'abord comme un personnage aux multiples qualités aux dires de la gente féminine :

        Marceline le considère comme un jeune homme gai et bon "Jamais fâché ; toujours de belle humeur ; [...] sémillant, généreux, généreux."(I,4), séduisant, c'est "Le beau, le gai, l'aimable Figaro" (I,4) et épicurien " Donnant le présent à la joie et s'inquiétant de l'avenir tout aussi peu que du passé" ( I,4)

       Suzanne nous présente un fiancé malicieux et ingénieux, "De l'intrigue et de l'argent, te voilà dans ta sphère."(I,1),particulièrement gai "J'aime ta joie parce-qu'elle est folle" la Comtesse voit en lui l'élément indispensable pour rappeler le Comte à l'ordre "... lui seul peut nous [...] aider... il a tant d'assurance." ( II,1)

    En revanche, le regard des personnages masculins ne voit que ses défauts.

        Pour Bartholo, Figaro est un personnage de la parole débridée, " Un bavard enragé" et " le plus fier insolent" (I,3).

       Le Comte considère son valet comme un menteur (II,20), toujours intéressé par l'argent et sournois "Cent fois je t'ai vu marcher à la fortune et jamais aller droit" (III,5), un insolent qui se trouve partout où on ne l'attend pas et qui brouille les pistes au point que le comte ne sait plus où il en est "Le fil m'échappe"(III,4)

        Pour parachever le portrait de Figaro, il suffit de lire son auto-portrait dans son monologue (V,3). Il se peint tel " Un jeune homme ardent au plaisir, ayant tous les goûts pour jouir... ambitieux par vanité, laborieux par nécessité, mais paresseux avec délices ! orateur selon le danger, poète par délassement, amoureux par folles bouffées..."( c'est moi qui souligne)

        Amoureux, il n'hésite pas à dire et à redire son amour pour Suzanne :" Il n'y a que mon amour pour Suzon qui soit une vérité de bon aloi" et il ajoute " En fait d'amour [...] trop n'est pas même assez."( IV?1)

        Son amour est tel que sa jalousie éclate lorsqu'il croit que Suzanne a donné rendez-vous au Comte sous les marronniers et sa colère est sans limite ( lui qui venait de confier à sa mère que la jalousie "n'est qu'un sot enfant de l'orgueil" et que "si Suzanne doit me tromper un jour, je le lui pardonne d'avance" ( IV,13) !!!). Figaro devient alors un personnage très sérieux qui porte un regard cynique sur le monde qui l'entoure, remettant en cause les fondements mêmes de la société(théâtre de société)et se posant des questions existentielles qui préfigurent le héros romantique du début du XIXème siècle. A la question "Quel est le moi dont je m'occupe" il répond "un assemblage informe de parties inconnues ; puis un chétif être imbécile ; un petit animal folâtre". Le bilan amer qui clôt ce monologue "J'ai tout vu, tout fait, tout usé. Puis l'illusion s'est détruite et trop désabusé...Désabusé ! ... Désabusé !" a des accents de déréliction.

        Personnage sensible, Figaro cache mal son émotion et, sans fausse pudeur, apprenant que Marceline est sa mère, il laisse éclater l'intensité de sa joie "Je les ( les larmes) retenais bêtement ! Va te promener la honte ! Je veux rire et pleurer en même temps."(III,19)

        Dans sa préface, Beaumarchais, disait de Figaro qu'il était "de la sagesse assaisonnée de gaieté" et de fait il n'est pas un personnage excessif mais au contraire un personnage nuancé qui use de deux armes pour combattre le Comte : la parole, le rire et la ruse.( théâtre de société)

- Le Comte

        Il s'agit d'un personnage beaucoup moins nuancé que celui de son valet et si Figaro attire les sympathies, le Comte attise les réprobations. Deux traits de caractères dominants sont mis en évidence par les différents personnages : Le libertinage et la jalousie.

        Dés la scène 1 de l'acte I, Suzanne atteste  le libertinage du Comte " C'est sur la tienne qu'il a des vues"

       

        Selon Marceline " il est jaloux et libertin"( I,4)

        Bartholo précise " Libertin par ennui, jaloux par vanité" (I,4)

        La Comtesse constate "Il ne m'aime plus"(II,1) et "la seule vanité" (II,16) est la cause de sa jalousie.

        Figaro ose lui dire " Vous êtes infidèle" (III,5)

        La jalousie du Comte est telle qu'elle va jouer un véritable rôle dans la dramaturgie. Dés la scène 2 de l'acte II, Figaro ajuste sa stratégie pour confondre le Comte :"... tempérons d'abord ses ardeurs de nos possessions en l'inquiétant sur les siennes" : le rendez-vous sous les grands marronniers, source de péripéties et de rebondissements, est élaboré et il faudra attendre la fin de l'acte V pour sa mise en scène.

        Dans les scènes 10,11,12,13,16,17,19 de l'acte II, la jalousie du Comte, poussée à l'extrême, se met en scène et offre au spectateur l'image avilie de ce grand seigneur. Soupçonneux, craintif, il s'emporte et ne se maîtrise plus "Furieux", "tapant du pied", il se laisse dominer par la colère. Il prend "des précautions inutiles" en fermant à clef la porte de la chambre de Suzanne alors qu'elle est dans la chambre de la Comtesse. Il est ridicule lorsqu'il s'adresse" au cabinet". Il ne contrôle plus ses mouvements " il marche pour sortir et revient" ; il oublie son honneur et n'hésite pas à faire "un scandale public" au risque de devenir "la fable du château"; il manque de respect à sa femme en la tutoyant familièrement "tu es bien audacieuse". Les attitudes du comte apparaissent  d'autant plus ridicules que la cause de sa jalousie est injustifiée : pour l'heure, il n'a rien à craindre d'un enfant de treize ans ; de plus sa jalousie est en contradiction avec son libertinage.

        Le libertinage(théâtre de société) joue lui aussi un rôle dans la dramaturgie.Son enjeu est double : il est à l'origine, de l'intrigue principale de la pièce à savoir l'obstacle au mariage de Suzanne et de Figaro et du conflit qui oppose le maître et le valet.

        Séducteur impénitent le Comte est prêt à se renier en voulant user d'un droit( "le droit du seigneur") aboli par lui-même dans "Le Barbier de Séville"  pour séduire la future comtesse Almaviva.

        Enfin, pour assouvir ses désirs, il abuse de son autorité (cf "la disconvenance sociale dans petite_histoire_d.htm) et agit en maître absolu. Les verbes de volonté et les impératifs dominent le plus souvent les propos qu'il tient et quand ces artifices de l'autorité ne suffisent pas il n'hésite pas à avoir recours au chantage "Si tu manquais à ta parole... point de rendez-vous, point de dot, point de mariage" (III,9) ou à la mauvaise foi ( cf le jugement qu'il prononce en la défaveur de Figaro dans le procès qui l'oppose à Marceline)

       - La Comtesse

        Elle est un personnage diamétralement opposé à son mari. "Noble et belle mais imposante"(I,7) selon Chérubin, elle est consciente des défauts du Comte et en souffre. "Il ne m'aime plus" (II,1) confie-t-elle à Suzanne et la solitude à laquelle elle est contrainte lui pèse : "je ne suis plus la Rosine que vous avez tant poursuivie ! Je suis la pauvre comtesse Almaviva ; la triste femme délaissée, que vous n'aimez plus". La distance entre le prénom et la patronyme est ici éloquente : la jeune fille aimée et arrachée à un vieux tuteur jaloux ( Bartholo) dans "le Barbier de Séville" n'est plus qu'un être social condamné à assurer un rôle : celui de la femme trompée.

       Vertueuse, elle reste néanmoins fidèle à ce mari volage ( même si d'aucuns considèrent sa tendresse pour Chérubin plus importante qu'il n'y paraît) mais elle n'est pas résignée. Elle va tout faire pour reconquérir son mari et par là même sauver l'honneur du Comte. A l'école de Figaro, elle va , avec l'aide de Suzanne, élaborer une stratégie qui lui rendra son mari. Espiègle et ingénieuse Comtesse qui aura la joie d'entendre son mari lui demander pardon (II,19 ; V,19)

       Contrairement à certaines critiques, je ne pense pas que la Comtesse soit un personnage qui se laisse dominer. Certes elle craint la colère de son mari, lors de la "scène du cabinet" et devant l'urgence de la situation elle est prête à avouer la présence de Chérubin mais elle joue parfaitement la comédie au point que le comte ne peut se douter de la supercherie ; de plus il faut lire la pièce dans le contexte de son époque et au XVIIIème siècle, la femme ( Marceline nous l'expliquera : théâtre de société) dépend entièrement de son mari et si les hommes peuvent tromper leurs femme en toute impunité, la femme mariée doit rester vertueuse. D'autre part, c'est à l'insu de Figaro et contre la volonté de Suzanne qu'elle se rendra au rendez-vous sous les marronniers déguisée en Suzanne. C'est donc un personnage qui évolue au fil de la pièce et qui s'enhardit au point de gagner seule la victoire sur le Comte.

    - Suzanne

        Définie par Figaro, c'est "une charmante fille ! Toujours riante, verdissante,pleine de gaieté, d'esprit, d'amour et de délices ! mais sage..."(I,2) Ce portrait   élogieux  dicté par un amour sans borne corrobore celui de Beaumarchais et insiste sur la joie de vivre du personnage. Toutefois, Figaro lui reproche sa trop grande sagesse. De fait, Suzanne, très attachée aux traditions morales, garde les épanchements amoureux pour leur mariage et lorsque son fiancé lui demande "un petit baiser", elle refuse "[..] Et quand dirait mon mari demain ?" (I,1). Sauvegarder son honneur de jeune fille, sa dignité et son amour sont ses buts et c'est au nom de ces trois principes qu'elle refuse de céder au Comte malgré la promesse d'une dot conséquente : Suzanne ne se vend pas.

        Elle entretient avec Marceline des relations conflictuelles. La scène 5 de l'acte I met en présence les deux rivales et Suzanne persifle en traitant son aînée de "Duègne" (comprenez : vieille femme). Le jeu scénique des révérences ponctue ironiquement la querelle des deux femmes. Suzanne se laisse envahir par une colère jalouse lorsqu'elle voit Figaro embrasser Marceline (III,8 : quiproquo oblige, Suzanne ignore tout de la scène de reconnaissance)"Tu l'épouse à gré puisque tu la caresses"

        Personnage plein de bon sens et d'esprit, elle a le sens de la répartie. Au chantage du Comte elle répond par un autre chantage  : "Point de mariage, point de droit du seigneur" (II,9). Lorsque le Comte lui demande de ne rien dire de ses intentions à Figaro elle détourne la réponse par une formule bien à propos : "Je lui dis tout hors ce qu'il faut taire."(III,19)

        Perspicace, dans la scène 8 de l'acte I, elle utilise "le gros fauteuil de malade" comme troisième lieu pour cacher Chérubin à l'arrivée du Comte. De même, à la scène 17 de l'acte II, sortant du cabinet à la place de Chérubin, elle sauve la Comtesse d'une situation qui lui était très défavorable.

        Sûre d'elle, elle n'hésite pas à se moquer des autres personnages en les contrefaisant. Ainsi se moque-t-elle de la timidité de Chérubin en présence de la Comtesse ( II,4) et traduit ses hésitations par des onomatopées péjoratives : " Et gnian, gnian, gnian, gnian...". Elle ridiculise la jalousie du Comte quand apparaissant devant lui elle dit : "Je le tuerai, je le tuerai. Tuez-le donc, ce méchant page."(III,17)

        Enfin, servante dévouée au service de la Comtesse, elle est une complice attachante qui ne recule devant rien (elle agira contre la volonté de Figaro) pour sauver l'amour de sa maîtresse pour son mari. (La relation maître /valet)

        - Marceline

        Il s'agit du personnage qui du point de vue dramaturgique évolue le plus. Au début de la pièce, rivale de Suzanne, alliée du Comte, amoureuse de Figaro, lucide quant aux relations qu'entretiennent le Comte et la Comtesse "Elle languit... son mari la néglige."(I,4), elle devient une mère aimante et secourable à partir de la scène 16 de l'acte III : "Sois heureux pour toi ,mon fils ; gai, libre et bon pour tout le monde : il ne manquera rien à ta mère" et elle accueille Suzanne avec tendresse "Embrasse ta mère ma jolie Suzannette"(III,17). Dés lors, elle change de camp, devient l'alliée de Figaro et le Comte se retrouve seul dans la quête de son désir.

        Marceline, c'est aussi, et surtout peut-être, cette femme de caractère qui, le verbe haut, ose se lancer dans un réquisitoire contre le pouvoir des hommes et dans un plaidoyer pour les femmes opprimées. (cf théâtre de société) Féministe avant l'heure Marceline ? Gardons-nous de ces étiquettes et saluons seulement sa lucidité et sa clairvoyance quant à la précarité de la position de la femme au XVIIIème siècle.

        -Chérubin

       " Ce rôle ne peut être joué [...] que par une jeune et très jolie femme" précise Beaumarchais dans "Caractères et habillements"  pour insister sur la jeunesse  du personnage et l'innocence de ses intentions. C'est un très jeune adolescent en pleine puberté, à la sensualité naissante ; lui-même le confie à Suzanne : "Je sens ma poitrine agitée ; mon cœur palpite au seul aspect d'une femme... Enfin, le besoin de dire à quelqu'un " je vous aime" est devenu...si pesant, que je le dis tout seul."(I,7), et Suzanne ne voit en lui " qu'un morveux(gamin) sans conséquence"(I,7).On peut à ce titre considérer comme injuste l'éloignement que le comte lui impose. Mais Chérubin est celui qui permettra de mesurer l'ampleur de la jalousie du Comte et de mettre en place une coalition de tous les personnages contre l'autorité abusive du Comte. En effet, chacun s'applique à cacher et à protéger Chérubin contre l'ordre du Comte : n'est-ce pas bafouer son autorité ?

        Par ailleurs, la présence de Chérubin jusqu'à la fin de la pièce est nécessaire à Beaumarchais pour annoncer la dernière pièce de sa trilogie, "La Mère coupable". Lorsque suzanne affirme "Oh ! dans trois ou quatre ans, je prédis que vous serez le plus grand vaurien"(I,7), elle annonce la relation amoureuse qu'il aura avec la Comtesse. De même, Figaro entrevoit son destin tragique "A moins qu'un coup de feu"(I,10), destin qui se réalisera dans l'intertexte( Chérubin meurt en 1770, c'est à dire 2 ans après la fin du "Mariage de Figaro") (cfpetite_histoire_d.htm)

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buch3.gif (13365 octets) MAITRES ET VALETS, UNE RELATION COMPLEXE

            butto60y.gif (972 octets) LES RELATIONS DUELLES

29.gif (289 octets) LE COMTE / FIGARO

   fleche.gif (94 octets) Dans l'introduction, nous avons précisé l'évolution de la relation entre Figaro et son maître entre " Le Barbier de Séville" et "Le Mariage de Figaro" : la complicité a cédé la place au conflit et le Comte ne manque pas de constater ce changement radical :" Autrefois tu me disais tout" (III,5). Regret ? Sûrement pas puisque seul le comte est responsable de cette mésentente.

   fleche.gif (94 octets) L'opposition entre Figaro et son maître naît, dés la première scène de la comédie, de la révélation,par Suzanne, des intentions du Comte   : "Apprends qu'il la ( la dot) destine à obtenir de moi, secrètement, certain quart d'heure, seul à seul, qu'un certain droit du seigneur..."(I,1). Il s'agit alors d'un conflit de classe qui repose, non seulement sur la supériorité du maître mais aussi et surtout sur l'abus de pouvoir. (cf "la disconvenance sociale"). Or, "le droit du seigneur", "droit charmant" (I,7) pour le Comte, est un "droit qui n'existe plus" comme le rappelle Figaro (I,10) puisque, le Comte lui-même l'a aboli dans "Le Barbier de Séville" pour interdire à Bartholo, tuteur de la future Comtesse Almaviva, d'en user. Dés lors, Figaro va s'appliquer à mettre son maître dans la situation de confirmer publiquement cette abolition. Il y parvient à la scène 10 de l'acte I :

                Figaro - Monseigneur, vos vassaux touchés de l'abolition d'un certain droit fâcheux, que votre amour pour Madame...

                Le Comte - Hé bien, ce droit n'existe plus, que veux-tu dire ?

    Première victoire de Figaro qui, enhardi par ce succès rapide, prétend avancer son mariage :

                Figaro - Permettez donc que cette jeune créature, de qui votre sagesse a préservé l'honneur, reçoive de vos mains, publiquement, la toque virginale [...] symbole de la pureté de vos intentions."

    Deuxième situation d'échec pour le Comte, mais pas pour autant deuxième victoire de Figaro puisque la Comte va essayer de gagner du temps : "Pour que la cérémonie eût plus d'éclat, je voudrais seulement qu'on la remit à tantôt."

   fleche.gif (94 octets) L'obstacle du droit du seigneur est donc écarté mais le Comte ne va pas pour autant renoncer à son désir et le conflit social se double d'un conflit amoureux : le maître et le valet sont rivaux. La pièce se transforme en un véritable duel dont les armes sont essentiellement, la ruse et la parole.

        Si Figaro respecte les règles sociales quand ils s'adressent à son maître , c'est toujours avec une pointe d'ironie qu'il le gratifie de "Monseigneur" ou de "Votre excellence", et en son absence, il l'appelle "Le grand trompeur" (I,1), "le perfide"(V, 111).

       Le Comte , qui affirme " que Figaro, [est]un homme qu'[il] aime, et qu' [il] estime" (I, 9) le nomme en des termes qui disent mal son affection : "Le maraud..Fripon" ( III,8) ; "Scélérat" (V,12)

   fleche.gif (94 octets) Chacun se cache à l'autre pour mieux le tromper. Ainsi, le Comte, qui attend Figaro mais qui ne l'entend pas arriver, explique dans un monologue ses intentions : il veut "le sonder adroitement et tâcher .... de démêler d'une manière détournée s'il est instruit ou non de mon amour pour Suzanne" ( III, 4). Figaro, qui a tout entendu se dit : "Voyons le venir et jouons serré" et la scène 5 de l'acte III progressera rythme de : "elle n'a pas parlé" / "Suzanne m'a trahi". Figaro est à son aise, il "l'enfile et le paye en sa monnaie". dans cette joute oratoire, c'est Figaro qui l'emporte .

   fleche.gif (94 octets) Le Comte se trouve à chaque fois en situation d'infériorité ; Figaro possède la suprématie de la parole, arme redoutable contre laquelle le Comte ne peut lutter. Il a réponse à tout et surtout, il possède l'art du détour : il noie le Comte dans un flot de paroles illustré, entre autre, par la tirade sur " God-dam", expression qui en soit ne veut rien dire. Scène 8 de l'acte III, il est contraint d'avouer la supériorité de son valet :

    "Le maraud m'embarrassait ! En disputant, il prend son avantage, il vous serre, vous enveloppe... Ah ! friponne et fripon ! vous vous entendez pour me jouer ?"

    Acte IV, scène 8, obligé de se résoudre à célébrer le mariage de Figaro et de Suzanne, il confesse : "... Il faut bien souffrir ce qu'on ne peut empêcher." et, dan la dernière scène de la pièce, il reconnaît sa défaite : "J'ai voulu ruser avec eux, ils m'ont traité comme un enfant."

   fleche.gif (94 octets) Figaro ne se laisse pas impressionner par son maître et, lorsque le Comte croit tenir l'argument contre lequel aucune réponse n'est possible, le valet, avec brio, retourne l'argument contre lui :

        Le Comte - Combien la comtesse t'a-t-elle donné pour cette belle association ?

        Figaro - Combien me donnâtes-vous pour la tirer des mains du docteur ?( III,5)

   fleche.gif (94 octets) Figaro prend de plus en plus de liberté et il ose reprocher à son maître son libertinage abusif : "Votre excellence se permet de nous souffler toutes les jeunes " (III,5)

   Audacieux quand il se rend compte qu'il est en train de perdre la partie, il ne craint pas de se moquer du Comte en lui tenant des propos absurdes, déclinés sur le mode de la raison . Tandis qu'il est pris en flagrant délit de mensonge, parce-qu'il ignore que la Comtesse vient de tout révéler quant à la supercherie de la scène du "cabinet", il continue à soutenir sa fausse vérité : "La rage de sauter peut gagner : voyez les moutons de Panurge ; et quand vous êtes en colère... on aurait sauté deux douzaines" ( IV,5)

    Bien décidé à aller jusqu'au bout, après avoir compris la supercherie des déguisements, il dit à Suzanne, avec un plaisir non dissimulé : "Achevons-le, veux-tu ?" (V,9) et il obtient une dernière revanche en égratignant, pour la dernière fois le Comte :

        "Je sais qu'un grand seigneur s'en est occupé quelque temps : mais, soit qu'il l'ait négligée, ou que je lui plaise mieux qu'un aimable, elle me donne aujourd'hui la préférence." ( V,17)

   MAIS la fin de la pièce les place dans des situations identiques : celle du dupeur dupé : le Comte et Figaro sont abusés par leurs épouses et tous deux sont contraints de leur présenter des excuses. C'est à ce prix que la relation entre le maître et le valet va cesser d'être conflictuelle ; Complices et alliés, ainsi les retrouverons-nous dans "La mère coupable"

    Le conflit social qui oppose Figaro à son maître est expliqué dans "le théâtre de société"

29.gif (289 octets) SUZANNE / LE COMTE

  fleche.gif (94 octets)  Le conflit qui oppose Suzanne repose moins sur la différence de statut social que sur la différence de sexe. en effet, c'est la femme qui est convoitée bien plus que la camériste et l'abus de pouvoir des hommes sur le sexe féminin dénoncé par Marceline  illustre cette relation (cf théâtre de société". Victime de son pouvoir de séduction, de sa jeunesse et de sa gaieté, Suzanne doit se défendre des assiduités du Comte. Elle pourrait même se vanter d'avoir autant d'importance pour lui si elle entendait ce que dit le comte à son sujet :

    "Qui donc m'enchaîne à cette fantaisie ? j'ai voulu vingt fois y renoncer... Etrange effet de l'irrésolution ! Si je la voulais sans débat, je la désirerais mille fois moins." (III,4)

    La résistance de Suzanne et la ténacité de Figaro à vouloir protéger "son bien" attisent le désir du Comte. Suzanne devra donc lutter jusqu'à la fin de la pièce.

  fleche.gif (94 octets)  Elle oppose au Comte sa ruse et son sens de la répartie. Elle prétexte un malaise de la Comtesse et laisse croire au Comte qu'elle est prête à céder à son désir : "Et n'est-ce pas mon devoir d'écouter son excellence ?" ( ,9), excellente comédienne(timidement ; baissant les yeux ; faisant la révérence) et digne fiancée de Figaro, elle use de la parole pour ensorceler le séducteur sans faire éveiller le moindre sur son hypocrisie.

        Le Comte - Pourquoi donc, cruelle fille ! ne pas me l'avoir dit plus tôt ?

        Suzanne - Est-il jamais trop tard pour dire la vérité ?

        le Comte - Tu te rendrais sur la brune au jardin ?

        Suzanne - Est-ce-que je ne m'y promène pas tous les soirs"

    Son sens de la répartie vaut bien celui de Figaro quant au chantage du Comte elle répond : "Mais aussi point de mariage, point de droit du Seigneur, Monseigneur."(III,9). Et le Comte de saluer son talent : "Elle a réponse à tout" ; "Où prend-elle ce qu'elle dit , D'honneur j'en raffolerai."

   L'aveuglement du Comte est un adjuvant inespéré pour Suzanne qui, sans se compromettre, peut se jouer du Comte tout en servant les intérêts de sa maîtresse et ceux de Figaro. Abuseur abusé par celle qu'il appelait "friponne" et qu'il appelle maintenant du doux nom de "mon cœur", le Comte Almaviva accumule les défaites et se révèle être un piètre stratège : soumis à son désir il manque de lucidité et de clairvoyance. Il a pu rire de Bratholo dans "Le Barbier de Séville", il a, dans cette comédie le même rôle.

           butto60y.gif (972 octets) LES RELATIONS COMPLICES

29.gif (289 octets) LA COMTESSE / SUZANNE

    fleche.gif (94 octets) Dans la première scène de la pièce, Suzanne présente ses relations avec sa maîtresse sous le signe de la tendresse. En effet, elle rappelle à Figaro que la Comtesse veut être  la première à la voir le jour de son mariage , sûrement pour lui prodiguer conseils et encouragements et en ce sens elle a presque le rôle de substitut de mère.

    fleche.gif (94 octets) L'acte II les réunit seules pour la première fois et la discussion qui  les occupe témoigne de leur entière complicité et de leur affection réciproque. La Comtesse appelle Suzanne  du diminutif affectif "Suzon", la camériste "n'[a] rien caché à Madame" quant aux propos que le comte lui a tenus, La Comtesse confie son désarroi "Il ne m'aime plus du tout" et affirme sa détermination à aider Suzanne à épouser Figaro ...je veux que tu épouses Figaro". Dés lors c'est une véritable alliance qui se conclue entre les deux femmes contre le mari et le maître.

   fleche.gif (94 octets)  Elles vont jouer un rôle important et se révéler être, au fur et à mesure que la pièce progresse, bien meilleurs stratèges que Figaro.

    fleche.gif (94 octets) Tout d'abord, la Comtesse recommande d'agir sous les directives de Figaro : "Lui seul peut nous y aider" (II,1). Mais lorsque Figaro renonce à la stratégie du rendez-vous (IV,1), elle ordonne à Suzanne d'agir contre la volonté de son futur mari,   pour l'aider à sauver son couple : "En me cédant ta place au jardin, tu n'y vas pas, mon cœur ; tu tiens parole à ton mari ; tu m'aides à ramener le mien."(IV,3). Dés lors, s'établit entre les deux femmes une complicité telle que, par le truchement du déguisement, la seule solution qui s'offre à elles est l'échange des identités : la frontière entre la maîtresse et la servante est abolie : le marquage social n'existe plus.

    fleche.gif (94 octets) Leurs échanges  sont par moment semblables à ceux de deux "amies" : elles "chiffonnent" ensemble, elles jouent à déguiser Chérubin en fille, la Comtesse prête sa guitare à Suzanne pour qu'elle accompagne Chérubin dans sa romance ; lors de la cérémonie du mariage de Figaro et de Suzanne, elles échangent "des signes d'intelligence" (IV,9)

   fleche.gif (94 octets)  Quand elles n'agissent pas ensemble, c'est tantôt la Comtesse qui agit en faveur de Suzanne, tantôt l'inverse.

               fleche.gif (94 octets) Ainsi, à la scène 13 de l'acte II, Suzanne tourne en dérision une situation qui aurait pu être dramatique de conséquences pour sa maîtresse lorsqu'elle prend la place de Chérubin dans le cabinet qui jouxte la chambre de la Comtesse après avoir pris soin de faire sauter le petit page par la fenêtre. Scène 24 de l'acte II, pour calmer la Comtesse qui craint que le Comte ne découvre Chérubin au château alors qu'il lui a donné l'ordre de partir, Suzanne va "recommander de le cacher si bien..." que personne ne pourra le découvrir.

              fleche.gif (94 octets)  Scène 20 de l'acte II, la Comtesse presse son mari de célébrer le mariage de sa camériste : "Allons Monsieur le Comte, ils brûlent de s'unir ; leur impatience est naturelle ; Entrons pour la cérémonie". Ignorante de la scène de reconnaissance entre Marceline et Figaro, elle donne à Suzanne une dot pour qu'elle puisse s'acquitter des sommes dues par Figaro à Marceline et ainsi rendre impossible une union qu'elle réprouve.(III,17) ce qui provoque la colère du Comte : "au diable la maîtresse, il semble que tout conspire"(III,17)

    La Comtesse et Suzanne symbolisent l'entente parfaite possible entre le maître et le valet et forment un contrepoint sans équivoque au couple le Comte / Figaro. Beaumarchais s'écarte ainsi du schéma traditionnel de la relation conflictuelle dictée par la dépendance. Par ailleurs, si leur ingéniosité a triomphé de tous les pièges qui leur étaient tendus, c'est qu'elles étaient déterminées à sauver ce qui leur importe le plus : leur amour.

    29.gif (289 octets) SUZANNE / FIGARO / LA COMTESSE

   fleche.gif (94 octets) Cette triple alliance est rendue nécessaire par le jeu de deux intrigues qui se croisent et se superposent ( l'imbroglio :" Deux, trois, quatre à la fois ; bien embrouillées, qui se croisent. II, 2) mais qui ont un but commun : déjouer les plans du Comte. Figaro et Suzanne veulent protéger leur union, la Comtesse veut sauver son couple ; Or le comte en convoitant Suzanne est infidèle à sa femme ; Donc les deux valets et l'épouse vont unir leur force dans une lutte commune : c'est aussi logique qu'un syllogisme.

   fleche.gif (94 octets) Outre la stratégie qu'ils élaborent ensemble, la scène 21 de l'acte II est tout à fait révélatrice de leur complicité : tandis qu'Antonio vient se plaindre qu' un homme a abîmé les fleurs de son jardin en sautant de la fenêtre de la chambre de la Comtesse, un dialogue en aparté se met en place : c'est d'abord Suzanne qui a l'initiative :

                Suzanne, bas à Figaro. - Alerte, Figaro ! Alerte.

                                                    [...] - Détourne, détourne.

    et Figaro va effrontément affirmer que c'est lui qui a sauté, sauvant ainsi Chérubin et la Comtesse.

    Puis, à propos du papier ramassé dans le jardin qui compromet Chérubin, c'est la comtesse qui intervient d'abord :

                La Comtesse, bas à Suzanne. - Le cachet

                Suzanne, bas à Figaro.- Le cachet manque

                Figaro - C'est... qu'en effet il y manque [...] le sceau de vos armes.

                Le Comte, rouvre le papier et le chiffonne de colère.

    Le Comte est obligé de se résigner et de subir une situation qu'il n'arrive pas à maîtriser : seul contre trois, ayant pour seul témoin un jardinier ivrogne, la lutte est volontairement inégale.

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    buch3.gif (13365 octets) LE MARIAGE DE FIGARO,   UNE COMEDIE AMBIGUE

29.gif (289 octets)   UNE COMEDIE GAIE 

    "La Folle Journée" est une comédie dominée par "l'ancienne et franche gaieté" : celle des caractères de Suzanne et de Figaro, celle des situations et celle du verbe. Beaumarchais use de tous les ressorts du comique, en fidèle héritier de la farce, de la commedia dell'arte et de la comédie moliéresque.

    rsmiley.gif (1020 octets)     Le comique de gestes : nous proposons une série de références à titre d'exemple.

   - L'échange des révérences entre Suzanne et Marceline (I,4), traduit sur le mode plaisant l'antagonisme entre les deux femmes.

    - Figaro qui se prosterne "à genoux, ventre à terre" (V,18).

    - Le Comte "une pince à la main", se transforme en serrurier du château.

    - "Il pleut des soufflets" : c'est Suzanne qui donne le premier à Figaro ( III, 8) et qui s'amuse (V,8) à en distribuer en cascade, pour se venger du peu de confiance de son mari : "Et voilà pour tes soupçons ; voilà pour tes vengeances et pour tes trahisons...."

    - C'est Figaro qui reçoit le soufflet que le Comte destinait à Chérubin (V,6)

    - Le Comte reçoit le baiser qui était destiné à la Comtesse ( déguisée en Suzanne) par Chérubin.

    rsmiley.gif (1020 octets)   Le comique de mots : il est de loin celui qui domine la pièce.

    - On joue avec les mots : Antonio considère que sa réputation de jardinier "est effleurée"(III,21) parce que ses fleurs ont été piétinées. Figaro, apprenant que "le badinage est consommé", voudrait qu'il en fût de même de son mariage

    - Balbutier devient "balbuciférer"(III,15) pour le jardinier qui ne comprend pas ce qui se passe.

    - Pour Figaro, Bazile n'est pas un musicien à faire "briller" un chanteur, mais à le faire "brailler". La contrepétrie en dit long sur le peu d'estime de Figaro pour le maître de musique !

    - Tous deux se livrent à un échange d'injures, sur le rythme endiablé de la stichomythie :(IV,10)

        Figaro, vite - Un musicien de guinguette !

        Bazile, vite - Un postillon de gazette !

        Figaro, vite - Cuistre d'oratorio !

        Bazile, vite - Jockey diplomatique !

    - Bartholo et Figaro, lors du procès (III,15) ,se lancent dans une joute oratoire pédante quant à l'emploi de "la conjonction copulative ET qui lie les membres corrélatifs de la phrase" ou de "la conjonction alternative OU".

    - Bazile et Figaro pastichent les proverbes: sur le mode du calembour ( bien nanti pour bien né) : Figaro - Gaudeant bene nati / Bazile - non, gaudeant bene nanti ; sur le mode de la "rénovation" : (I, 11) Figaro - "Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin ".../ Bazile - "Elle s'emplit" et (II, 13) : Bazile - "Je n'irai pas lutter contre le pot de fer moi qui ne suis"... / Figaro - "Qu'une cruche"

    - Tout un jeu d'apartés se met en place scène 7, acte V, tandis que le Comte et la Comtesse ( déguisée en Suzanne) discutent de la nécessité pour une   femme de tout faire pour  garder sa mari :

        Le Comte - ..." on l'oublie trop"

        La Comtesse -  "Ce ne sera pas moi"

        Le Comte - "Ni moi"

        Figaro, à part - "Ni moi"

        Suzanne, à part - "Ni moi"

        Le Comte - ... "Il y a de l'écho ici..."

   - Quelques bons mots à retenir :

    Suzanne : " Prouver que j'ai raison, c'est accorder que je puis avoir tort." ; " Je lui dis tout hors ce ce qu'il faut taire" (III,9) ; "La jalousie de Madame est aussi connue que ses droits sur Figaro sont légers" (I,5 en parlant de Marceline)

    Figaro : "Ce n'est pas moi qui mens, c'est ma physionomie" (II,20) ; "Un plus adroit serait resté en l'air" (à propos de sa chute)  ; "... à pédant, pédant et demi" ; toute la tirade sur la définition de la politique ( III,5)  joue sur les antithèses" Feindre d'ignorer ce qu'on sait, de savoir tout ce qu'on ignore [...] tâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens par l'importance de l'objet"; "Il ne me restait plus qu'à voler ; je me fais banquier de pharaons" (V,3)

    Antonio "[...] je ne suis pas assez bête, moi, pour renvoyer un si bon maître" (II,21)

    rsmiley.gif (1020 octets) Le comique de situation

    - La scène 8 de l'acte I, offre un exemple très intéressant de comique de situation : la scène se passe dans la chambre de Suzanne, elle s'entretient avec Chérubin. Surpris par l'arrivée du Comte, Chérubin se cache derrière le fauteuil sur le quel Suzanne jette une robe. L'arrivée impromptue de Bazile contraint le Comte à trouver une cachette : une longue didascalie nous précise le jeu scénique : "Suzanne lui barre le chemin ; il la pousse doucement, elle recule, et se met ainsi entre lui et le petit page ; mais pendant que le Comte s'abaisse et prend sa place, Chérubin tourne et se jette sur le fauteuil à genoux, et s'y blottit. Suzanne prend la robe qu'elle apportait, en couvre le page, et se met devant le fauteuil?" Ainsi le Comte ignore-t-il la présence du petit page qui a entendu tout ce qu'il a dit à Suzanne, et tous deux vont être témoins de la conversation entre Bazile et Suzanne.

    - L'acte V a recours aussi aux cachettes, mais la scène est rendue plus complexe par le jeu des quiproquos générés par les déguisements : le Comte croit entraîner Suzanne et Figaro croit parler à la Comtesse. Ce spectacle est amusant pour le spectateur qui est dans la confidence et instaure une réelle complicité avec les deux femmes qui entendent des propos qu'elles n'auraient jamais dû entendre.

    - D'autres scènes de quiproquo sont moins comiques : c'est le cas lorsque Suzanne se méprend quant au baiser que Figaro donne à Marceline ou quand Figaro pense que le billet remis au Comte est de Suzanne.

    - Comique de situation aussi, lorsque Figaro dit à Brid'oison,à demi-mots qu'il a eu sa femme pour maîtresse   ( dans l'intertexte qui sépare "Le Barbier de Séville " du "Mariage de Figaro") et que l'enfant qu'il chérit est le fruit de l'adultère". Mais le juge ne comprend rien.

    rsmiley.gif (1020 octets) Le comique de caractères naît du contraste entre le personnage et sa situation.

    - C'est le cas de Brid'oison, juge ridicule qui illustre la discordance entre le sérieux de son métier et son incompétence.

    - C'est Bazile qui se croit un grand musicien alors qu'il n'est qu'un "musicien de guinguette".

    - C'est le Comte, grand Seigneur et maître du château, qui crie, tape du pied et est prêt, une pince à la main, à défoncer la porte du "cabinet".

    - C'est Antonio qui dit au Comte qu' "on jette toutes sortes de choses par ces fenêtres ; et tout à l'heure on vient d'en jeter un homme."(II,21)

   - C'est Figaro qui juste après avoir affirmé à sa mère "Si Suzanne doit [le] tromper un jour, [il] le lui pardonne par avance" (IV,12)" se laisse gagner par une colère jalouse.

    rsmiley.gif (1020 octets) La mise en abyme

   - Nous assistons par endroit à de véritables scènes de comédie dans la comédie. Ainsi,scène 19 de l'acte II, la Comtesse feint d'avoir joué une  farce à son mari qui, voyant Suzanne sortir du "cabinet" déclare : "... vous jouez fort bien la comédie". Dés lors elle va jouer la comédie de la femme choquée et déçue de la méfiance jalouse de son mari, en prenant soin "d'assur(er] son ton par degré"

   - Scène 11, acte I, rappelle que pour la cérémonie de son mariage,"Il faut bravement nous accorder ; ne faisons point comme ces mauvais acteurs qui ne jouent jamais si mal que le jour où la critique est la plus éveillée ... Sachons bien nos rôles aujourd'hui."

   - Les dernières scènes de l'acte V, par le truchement des déguisements est une farce pour le Comte et pour Figaro ; puis Suzanne, ayant manqué à son rôle en oubliant de masquer sa voix va être identifiée par Figaro et tous deux, vont regarder le spectacle du comte se faisant abuser par sa femme.

    rsmiley.gif (1020 octets) La gaieté : une philosophie

   Il est indubitable que le spectateur rit beaucoup. La gaieté est une disposition naturelle chez Suzanne et chez Figaro et le ton du badinage domine le plus souvent leurs conversations. Mais la gaieté est plus qu'une tradition littéraire, elle devient un véritable art de vivre voire une philosophie pour Figaro. Déjà dans "Le Barbier de Séville", il répondait au Comte qui l'interrogeait sur l'origine de sa gaieté : " L'habitude du malheur. Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer."

    - De fait, la joie de vivre génère chez le personnage un optimisme qui l'aide à triompher de la nécessité comme il le confie dans son monologue : "[...] laborieux par nécessité mais paresseux... avec délices."(V,3). Opportuniste, il s'adapte aux différentes situations "Valet ici, maître là, selon qu'il plaît à la fortune". Personnage pragmatique, il est conscient qu'il faut posséder "un savoir faire plus qu'un grand savoir" et il devient le maître incontesté de la ruse.

    - Bouffon qui fait rire par ses bons mots et par ses pitreries, il amuse le spectateur qui partage le sentiment de Suzanne : "J'aime ta gaieté parce qu'elle est folle"(IV,1), mais il devient grave quand il s'interroge sur sa gaieté : " Je dis ma gaieté, sans savoir si elle est à moi"(V,3).

   - Ainsi la gaieté devient-elle un thème de réflexion de la pièce et, rire de tout n'est pas possible, même lorsqu'on s'appelle Figaro. Force est de constater que bien souvent, au cours de la pièce, la gaieté, le rire, sont des moyens pour détourner une situation et éviter qu'elle ne devienne tragique. Beaumarchais explique dans sa préface qu'il suffisait de mettre "un poignard à la main de l'époux outragé" pour que la comédie soit "une tragédie bien sanguinaire".

 

     29.gif (289 octets) UNE COMEDIE AUX FRONTIERES DU DRAME

 arrow32.gif (570 octets) La pièce de Beaumarchais obéit au schéma classique de la comédie : un mariage annoncé est contrarié et il faudra vaincre les obstacles pour qu'à la fin, le mariage puisse avoir lieu. Néanmoins, il aurait fallu peu de choses pour que cette comédie ne tourne au drame.

arrow32.gif (570 octets) D'abord, l'obstacle majeur est une atteinte à la morale , à la bienséance, à l'ordre social, à l'honneur et à la dignité, c'est-à-dire autant de motifs qui portent atteinte à l'intégrité de la personne et que l'on retrouve dans des pièces tragiques ( Rodrigue ne peut épouser Chimène au nom de l'honneur : on n'épouse pas l'assassin de son père et on n'est pas digne de se marier si on n'a pas vengé l'honneur bafoué de son propre père.)

arrow32.gif (570 octets) De plus, à plusieurs reprises au cours de la pièce, des péripéties viennent contrarier les actions des personnages et la tension devient telle que toute issue heureuse semble impossible. Ainsi, si l'acte II s'ouvre sur une séance de déguisement au cours de laquelle, la Comtesse, Suzanne et Chérubin s'amusent beaucoup, l'arrivée inattendue du Comte provoque une inquiétude, une angoisse telle que la comtesse est contrainte d'avouer que Chérubin est caché dans son cabinet. Jalousie, colère, cris incontrôlés chez le Comte, trouble grandissant, désespoir, supplications pour la comtesse, le temps n'est plus de rire même des attitudes démesurées du Comte, tant la comtesse nous émeut : donner raison aux inquiétudes de son mari et compromettre son honneur pour un jeu invitent à la pitié. Certes la scène, grâce à l'ingénue Suzanne, se termine bien, mais nous avons frôlé le drame.

arrow32.gif (570 octets) Le désir de Marceline a failli engendrer un inceste.

arrow32.gif (570 octets) Le long monologue de Figaro, par son contenu, sa tonalité pathétique sied mal à une comédie légère. Beaucoup s'accordent à dire que ce monologue est proche de la parabase de la tragédie antique et si Figaro nous a beaucoup amusé jusqu'à la fin de l'acte IV, force est de constater que le lecteur/spectateur est enclin à plaindre ce valet qui ne sait lus qui il est et où il va.

arrow32.gif (570 octets) Enfin, si la comédie, par tradition littéraire étudie les caractères des personnages , la comédie de Beaumarchais étudie davantage les conditions sociales et morales de ses personnages et en cela, il se rapproche du "genre dramatique sérieux". Il considère que "la comédie légère" privilégie le rire en offrant " à la risée publique un pédant, un fat...un imbécile... en un mot tous les ridicules de la société". Mais ce qui importe à l'auteur de théâtre, c'est de présenter "des  sujets touchants"  qui invitent à la réflexion et qui aient pour objet une morale. Au "rire bruyant ennemi de la réflexion", Beaumarchais préfère "l'attendrissement" et on ne peut nier que certaines scènes nous attendrissent bien plus qu'elles ne déclenchent des rires fracassants.

 

29.gif (289 octets) UN THEATRE DE SOCIETE

    Attache.gif (202 octets) La satire de la justice  : L'acte III consacre plus de quatre scènes au procès qui oppose Figaro à Marceline (scènes 12,13,14,15, et une partie de la scène 16), ce qui peut paraître disproportionné par rapport à son enjeu. Certes, ce procès nous est annoncé dés le début de l'acte I et nous savons combien il importe à Marceline de le gagner pour pouvoir épouser Figaro. Par ailleurs, il devient un moyen pour le comte de ruiner les espoirs de mariage entre Figaro et Suzanne. Mais le déroulement même du procès et sa mise en scène cachent mal les véritables intentions de Beaumarchais, à savoir régler ses propres comptes avec une justice injuste.

fleche.gif (94 octets) Marceline (12) déplore le principe de recrutement des juges : être juge ne dépend en rien de la compétence mais de la possibilité matérielle d'acheter une charge : "C'est un grand abus que de les vendre" ce qui d'ailleurs consterne le juge Brid'oison qui pense qu'"on ferait mieux de [...]les donner pour rien"( !!!)

fleche.gif (94 octets) Le choix du juge est révélateur de l'intention satirique : Ridicule par son nom : Brid'oison signifie " oison bridé", c'est à dire une jeune volaille à qui on a passé une baguette dans le bec pour l'empêcher de franchir le poulailler. Son prénom : GUSMAN est homophonique de GOEZMAN, juge alsacien contre lequel Beaumarchais a soutenu un procès pour corruption. Son défaut d'élocution, le bégaiement, sied mal à qui doit faire preuve d'éloquence. Ridiculement sot, il transforme l'absence de patronyme en patronyme et Figaro "fils de personne"devient: " anonyme Figaro". Il affiche son incompétence en rétorquant au Comte, qui venait de lui faire remarquer que "En robe ici, seigneur Brid'oison..."(III,14) était un habit inutile pour une affaire domestique, "Tel rit d'un juge en habit court qui-i tremble au seul aspect d'un procureur en robe"(III,14).( Monsieur de La Fontaine auriez-vous écrit en vain " que l'habit ne fait pas le moine" !!! Mais on peut pas exiger des juges qu'ils soient cultivés !!!)

fleche.gif (94 octets) Le personnage de Double-Main ,qui comme l'illustre son nom cumule deux charges, celle de greffier et celle de secrétaire du juge, dénonce ce que l'on appellerait aujourd'hui "le cumul des mandats" et la vénalité de la justice.

fleche.gif (94 octets) Beaumarchais nous offre une véritable parodie de procès qui atteint son paroxysme lorsque Bartholo, avocat de Marceline et Figaro, avocat de lui-même, s'opposent dans une joute verbale dont l'enjeu est l'emploi de "la conjonction copulative "et" ou l'emploi de "la conjonction alternative "ou".

fleche.gif (94 octets) Enfin, Le jugement rendu par le Comte est tel que la justice est tournée en dérision et devient un moyen officiel de servir des intérêts personnels sans lien aucun avec l'objet du procès. En effet, en condamnant Figaro "à payer deux mille piastre fortes à la demanderesse ; ou bien à l'épouser dans le jour", Le comte condamne Figaro à épouser Marceline : il sait que son valet est dans l'impossibilité de s'acquitter d'une telle somme. D'autre part, en demandant l'exécution immédiate de la sentence, il s'autorise toute liberté avec Suzanne, devenue libre de tout lien malgré elle.

 

        Attache.gif (202 octets) La critique des privilèges

fleche.gif (94 octets) Le véritable sujet de la pièce est, "la disconvenance sociale"( petite histoire d'une trilogie), c'est-à-dire, l'abus de pouvoir que le Comte exerce sur ses "vassaux". La relation hiérarchique féodale qui justifie une relation dominant/dominé est remise en cause et dénoncée , non seulement par ceux qui la subissent mais aussi par la Comtesse : il s'agit dés lors de démontrer que cette relation n'a plus lieu d'être à une époque en pleine mutation sociale ( rappelons que l'action de la pièce se situe en 1768). Figaro est le personnage qui, de loin ose dire haut et fort ce que les autres déplorent : il est l'interprète des valets opprimés.

fleche.gif (94 octets)Dans son monologue ( V,3) il dénonce le privilège de la naissance qui préside aux autres privilèges :

         "Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! ... noblesse, fortune, un rang, des places ; tout cela rend si fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ! vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus."

L'absence de relation de cause à effet entre l'appartenance à une classe sociale et l'intelligence, l'orgueil de classe, le pouvoir de l'argent, mettent en évidence, non seulement la "bêtise" de certains nobles mais aussi l'injustice de leur situation d'autant qu'elle n'est due qu'au hasard de la naissance .( c'est ce que rappelle le VIIème couplet du vaudeville qui clôt la pièce  :" Par le sort de la naissance,/L'un est roi, l'autre est berger...") Etre noble c'est avoir tous les pouvoirs sans pour autant les mériter et être incapable d'en user avec discernement. Figaro condamne cette société qui repose sur des acquis sans fondements et il oppose sa valeur à la médiocrité du Comte : "Du reste homme assez ordinaire ! tandis que moi, morbleu !"L'évocation des divers métiers qu'il a exercés et les difficultés qu'il a rencontrées pour mener à bien ses entreprises sont autant d'exemples qui attestent l'énergie qu'il a due déployer et l'intelligence et de la ruse dont il a dû faire preuve pour ne pas se laisser anéantir :"Perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu'on n'en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes."

fleche.gif (94 octets) Figaro remet en cause l'ordre social sur un ton amusé qui relève de l'humour grinçant. Ainsi, lorsque le Comte déplore que "les domestiques sont plus longs à s'habiller que les maîtres", Figaro s'empresse de lui répondre que "c'est parce qu'ils n'ont pas de valets pour les y aider."

        Pour réussir dans une carrière, il ne faut pas avoir de l'esprit mais être "médiocre et rampant." (V,3) ce qui confirme la caricature qu'il fait du courtisan : "Recevoir, prendre, et demander, voilà le secret en trois mots" (II,2)

        La définition qu'il propose de la politique insiste sur son hypocrisie,sa bêtise,son inutilité, ses incompétences : "Feindre d'ignorer ce qu'on sait, de savoir tout ce qu'on ignore ; d'entendre ce qu'on ne comprend pas, de ne point ouïr ce que l'on comprend[...] s'enfermer pour tailler des plumes et paraître profond, quand on est, comme on dit, vide et creux [...] répandre des espions et pensionner des traîtres..."(III,5)

fleche.gif (94 octets) Si les valets  manquent à la morale et ont recours à la ruse c'est parce qu'ils n'ont pas le choix et que pour survivre, ils sont obligés de se battre . Au Comte qui lui reproche de ne "jamais aller droit", Figaro répond "Comment voulez-vous ? La foule est là : chacun veut courir, on se presse, on pousse, on coudoie, on renverse, arrive qui peut ; le reste est écrasé..."(III,5)

fleche.gif (94 octets)Enfin, Figaro considère que la supériorité sociale ne permet pas le non respect d'autrui . "[...]n'humilions pas l'homme qui nous sert bien, crainte d'en faire un mauvais valet."(III,5), telle est la leçon de sagesse qu'il donne à son maître qui tente de lui démontrer que seul l'appât du gain dicte sa conduite.

 

        Attache.gif (202 octets) Libertinage et ordre social

29.gif (289 octets) Au dix-septième siècle, les libertins  étaient, selon la définition de Luce Rudent, de "jeunes nobles débauchés, érudits et critiques à l'égard des traditions et de l'autorité". Affranchis de toute considération d'ordre moral, ils poursuivent le plaisir sans tenir compte des obligations et des convenances. Opportunisme, plaisirs épicuriens, absence de morale , frivolité, tels sont les termes qui caractérisent les libertins . Le Comte correspond en tous points à cette définition : négligeant la fidélité conjugale, il convoite, pour se divertir, une femme qui ne lui appartient pas mais qu'il peut obtenir en faisant fi des convenances sociales et morales et en ne suivant que les lois de la nature, c'est-à-dire son plaisir. Ce libertinage menace l'ordre du château d'Aguas-Frescas : les lois sont transgressées( celle du mariage, du droit du seigneur) et deux couples sont déchirés.L'ordre social est renversé : le valet qui doit obéissance à son maître va tout mettre en œuvre pour déjouer ses plans. En affrontant son maître, Figaro rompt le pacte social qui déterminait leurs relations. La Comtesse va déroger à sa position sociale en scellant une alliance avec sa camériste ; elle va se moquer publiquement de son mari en empruntant le costume de Suzanne à la fin de l'acte V. Le Comte sera obligé de constater qu'il y a " de la liberté chez [ses]vassaux (III,4) et de fait, tous vont bafouer ses ordres en cachant et en protégeant Chérubin, injustement renvoyé du château par la jalousie du Comte.

Aussi peut-on lire dans cette comédie un véritable désordre où chacun n'est plus à la place qui lui est normalement attribuée. Il faudra attendre la fin de la pièce pour que l'ordre soit rétabli.Chacun retrouve sa vraie place et "tout finit-it par des chansons"(V,19)

29.gif (289 octets) Outre que le retour à l'ordre établi condamne le libertinage, Beaumarchais, en mettant le Comte, à plusieurs reprises, en situation d'échec, illustre la vanité et l'impudence de ses intentions. Ainsi, à la scène 16, de l'acte III, la reconnaissance mère/fils est "un sot événement qui [le]dérange" ; scène 17 de l'acte III, il lui "semble que tout conspire"; scène 4 de l'acte III, il se rend compte que "le fil [lui]échappe" et scène5 de l'acte V, il pense qu' "il y a  un mauvais génie qui tourne tout ici contre moi."

        Enfin, condamné à demander publiquement pardon à sa femme ( II, 19 et V,19), le Comte est obligé de reconnaître qu'être maître et mari ne donne pas tous les droits.

 

        Attache.gif (202 octets) La femme dans la société du XVIIIème siècle

La pièce de Beaumarchais, insiste sur les caractéristiques de la situation de la femme: : l' absence de droits juridiques pour la femme mariée qui la place sous la totale dépendance matérielle de son mari et et la primauté du désir de l'homme auquel la jeune fille doit se soumettre. Marceline part en guerre contre ces états de fait et devient la porte-parole des femmes.

    fleche.gif (94 octets)Dés la scène 4 de l'acte I, elle dresse un portrait de la femme qui en dit long sur sa précarité : "Sois belle si tu peux, sage si tu veux ; mais sois considérée, il le faut" Le problème du respect de la femme domine la pièce : Suzanne veut que son désir soit respecté, Marceline attend depuis de longues années que Bartholo répare l'injustice qui lui a été faite ( maîtresse mais pas épouse), la Comtesse se bat pour retrouver son honneur et ne plus être une femme trompée.

   fleche.gif (94 octets)  Elle se lance dans un long réquisitoire contre les hommes(III,16), les accusant d'user des femmes pour leur seul plaisir en abusant de leur pauvreté : "... les séducteurs nous assiègent pendant que la pauvreté nous poignarde, que peut opposer une enfant à tant d'ennemis rassemblés ?"

    Elle dénonce ensuite le mépris dont elles sont payées pour avoir assouvi leurs désirs : "Hommes plus qu'ingrats, qui flétrissez par le mépris les jouets de vos passions, vos victimes"

     Elle demande justice et qu'ils soient reconnus coupables : "C'est vous qu'il faut punir des erreurs de notre jeunesse."

    Elle s'insurge contre le pouvoir des hommes sur leur femme et contre l'inégalité dont elles sont victimes : "...les femmes n'obtiennent de vous qu'une considération dérisoire ; leurrées de respects apparents, dans une servitude réelle ; traitées en mineur pour leurs biens, punies en majeur pour leurs fautes..."

   fleche.gif (94 octets) Si Marceline exprime une critique personnelle, très vite le "Je" se transforme en "nous" et son discours devient celui de toutes les femmes, qu'importe leur milieu social, puisque " Dans les rangs même plus élevés" les femmes souffrent des mêmes contraintes.

   fleche.gif (94 octets) Enfin, en accusant les hommes, c'est le procès de la société que nous offre Marceline . Si les femmes sont obligées de se prostituer, c'est parce que le travail qui leur était réservé ( la broderie) est donné aux hommes : "Elles avaient un droit naturel à toute la parure des femmes : on y laisse former mille ouvriers de l'autre sexe."

   fleche.gif (94 octets) Il faut donc que les femmes se soutiennent entre elles contre les hommes : la Comtesse, Suzanne, puis Marceline uniront leurs volontés et leurs ruses pour lutter contre l'emprise des hommes (même de Figaro puisqu'il sera exclu de la dernière ruse et Suzanne agira contre sa volonté.) : "... nous sommes toutes portées à soutenir notre pauvre sexe opprimé, contre ce fier, ce terrible.. (en riant) et pourtant un peu nigaud de sexe masculin."(IV,16)

 

       CONCLUSION

        Même si tout ce que Figaro avait prévu "n'est pourtant pas arrivé" ( IV,1), même si Figaro est obligé de constater que "le hasard a fait mieux que nous tous... : ainsi va le monde ; on travaille, on projette, on arrange d'un côté ; la fortune accomplit de l'autre..." (IV,1), il n'en demeure pas moins vrai que le hasard a été provoqué et qu'il n'a servi que les valets et la sagesse et non les projets du Comte. "Le Mariage de Figaro", c'est le triomphe des humbles sur les puissants, c'est la victoire du bon sens et de la morale, c'est la faillite de la suprématie du pouvoir de l'argent, de la noblesse . La défaite du Comte Almaviva consacre la supériorité du héros populaire et lui décerne ses lettres de noblesse : noblesse du cœur contre noblesse sociale, pureté des intentions contre libertinage honteux, respect des lois contre abus de pouvoir,  sont autant de coups assenés à la disconvenance sociale. Beaumarchais s'était donné pour but de corriger en amusant : "chaque rôle important a quelque but moral", précise-t-il dans sa préface et si Figaro fait référence à Alceste en fredonnant "J'aime mieux ma mie, ô gué !" , c'est peut-être pour que le lecteur /spectateur, par le jeu de l'intertextualité, ne se méprenne pas sur la légèreté apparente de cette comédie.

exit.gif (139 octets)                                                                                                                                                                                             door2.gif (1344 octets)