LE MONDE DES METAMORPHOSES

   

        1 : Définition  
        2 : Le principe de la métamorphose
        3 : les différents types de métamorphose
        4 : Qui ? Quoi ?
     
        5 : Qui métamorphose ?
       6 : En quoi ?
       7 : Pourquoi ?
       8 : Le sens des métamorphoses

    1 : Définition 
     Définition de Littré : changement d'une forme à une autre forme opérée par les Dieux du paganisme. Il s'agit donc d'un changement dû à un pouvoir extérieur et non pas d'une évolution naturelle.
    Cet terme vient du latin metamorphosis, lui-même issu du grec meta qui signifie après et de morphé qui signifie forme. ( morphé, qui a donné morpho et que l'on retrouve en position de préfixe dans des termes tel morphologie qui signifie : histoire des formes que peut revêtir la nature.)
    Métamorphoser, métamorphose ( en grec) et transformer, transformation ( en latin) sont synonymes, la seule distinction réside dans l'usage de ces termes : métamorphoser et métamorphose désignent uniquement les changements opérés par les Dieux : ainsi parle-t-on de la métamorphose d'Adonis en fleur mais de la transformation de la fleur en fruit.
    Dans le domaine scientifique, le terme métamorphose désigne, par analogie avec le sens premier, la série de transformations que subit un insecte depuis l'état de l'oeuf jusqu'à l'état adulte. Ces transformations se déroulent en 4 temps :l'oeuf, la larve, la nymphe ( ou chrysalide chez le papillon), l'imago ( terme qui nomme l'insecte développé arrivé à l'âge adulte, on parle aussi " d'insecte parfait")
    Au sens métaphorique, "métamorphose" s'emploie pour exprimer le changement d'une personne ou dans sa forme extérieure ( par son habillement, son changement de silhouette...) ou du point de vue moral ( changement de ses habitudes, de ses comportements, de son caractère)
    Chez Ovide, il s'agit bien sûr de retenir le premier sens de métamorphose. En effet, les différents récits racontent le passage d'une forme à une autre, par changement de nature et de structure : Myrrha cesse d'être une femme pour devenir un arbre, Cygnus devient un oiseau, les Propoetides sont transformées en pierre.
        Même lorsqu'il s'agit de métamorphoses partielles, c'est à dire qui n'impliquent pas la perte totale de la forme initiale, le sujet métamorphosé est méconnaissable : c'est le cas de Cénée qui reste certes un humain, mais le changement de sexe ne permet de reconnaître sous les traits du jeune homme qu'il est devenu, la jeune fille qu'il était avant.

    2 : Le principe des métamorphoses
       
La métamorphose opère un changement selon le principe de l'analogie. Ainsi, la métamorphose de Myrrha illustre-t-elle le principe d'analogie entre la nature humaine et la nature végétale :
        Ongles = racines
        Os = bois dur
        Sang = sève
        Bras = longues branches
        Doigts = petites branches
        Peau = écorce
        Ventre = tronc
    La métamorphose de la statue de Pygmalion est intéressante à un double titre. Tout d'abord, le corps sculpté est un idéal féminin inaccessible : " Il lui donna une beauté qu'aucune femme ne peut tenir de la nature" ( X, 260) mais que l'on pourrait croire vivante tant le mimétisme est parfait. Ensuite, Pygmalion, qui abhorre la femme humaine pour ses vices, demande à Vénus que " son épouse soit [...] semblable à la vierge d'ivoire" ( X, 261), voeu que la déesse exauce : la perfection plastique est devenue perfection humaine.
    Le loup qui décime les troupeaux de Pélée garde sa forme mais change de nature  : sa folie sanguinaire est réduite à néant par la pétrification.
    La métamorphose peut se réaliser selon un principe d'analogie par rapport au caractère du sujet métamorphosé, ainsi, les Propoetides, insensibles au culte de Vénus sont métamorphosées en pierre ; Cyparissus, qui pour se punir d'avoir tué un cerf sacré demande aux Dieux que sa peine soit éternelle , il devient cyprès, arbre funéraire par excellence : " Tu seras le compagnon de la douleur" lui dit Apollon ( X) ; 
    Même si le changement de forme est radical, il n'en demeure pas moins que le sujet métamorphosé garde toujours la spécificité de son état antérieur :  Myrrha, " bien qu'elle ait perdu avec son corps sa sensibilité d'autrefois, elle pleure cependant et des gouttes tièdes coulent de l'arbre) ( X, 267), ces larmes qui témoignent de sa honte de son amour incestueux pour son père. La métamorphose n'est donc pas synonyme de perte totale de l'identité. Bien plus, par un effet de grossissement, la métamorphose exagère les dispositions intérieures du sujet métamorphosé. Même si les Dieux décident de sauver Daedalion de la mort en le métamorphosant en oiseau, ils ont choisi l'épervier, car c'était un homme agressif et c'est bien ce qui désole son frère Céyx qui regrette que son frère continue de semer la terreur. Par la métamorphose, le sujet métamorphosé reste identifiable. Midas, piètre mélomane selon Apollon voit ses oreilles se transformer en oreilles d'âne et il fait tout ce qu'il peut, mais en vain, pour les cacher. Alcyoné et Céyx, séparés prématurément par la mort, forment un couple inséparable  et prospère dans les airs : " Esclaves d'un même destin ils voient alors se perpétuer leur amour, et le lien conjugal ne s'est pas relâché entre eux tout oiseaux qu'ils sont. Ils s'accouplent et se reproduisent." ( XI, 296)

     3 : Les différents types de métamorphoses
   
Toutes les métamorphoses racontées dans les livres X, XI, XII ne sont pas semblables non seulement parce qu'elles n'ont pas les mêmes causes ou parce qu'elles ont des effets différents mais aussi parce que contrairement à la définition initiale du terme métamorphose, elles n'entraînent pas toujours un changement définitif et / ou total. Ainsi peut-on distinguer deux types de métamorphose :
       
Les métamorphoses définitives :    - totales : c'est le cas le plus souvent rencontré, le sujet métamorphosé passe d'un état à un autre par exemple :  de l'humain au végétal, Cyparissus est changé en cyprès, de l'humain au minéral, Les Propoetides deviennent des pierres, de l'humain à l'animal ; Alcyoné et Céyx forment un couple d' oiseaux.
                                                                    - partielles : seules les oreilles de Midas subissent une métamorphose, ce qui en soit est beaucoup plus insultant, puisque Midas reste tout à fait identifiable, la preuve en est qu'il prend les plus grandes précautions pour essayer de dissimuler la punition que les Dieux lui ont infligée. La Statue d'ivoire de Pygmalion garde sa forme parfaite mais s'anime, ainsi, le rêve, l'idéal absolu, devient réalité.
       
Les métamorphoses ponctuelles et réversibles : elles sont le privilège des dieux. En effet, eux seuls ont le pouvoir d'épouser différentes formes selon les circonstances et leurs besoins personnels. Ainsi, Jupiter prend-il les apparences d'un aigle pour enlever Ganymède ( X) ; Apollon et Neptune deviennent des hommes pour aider Laomédon à édifier les murs de Troie ; Thétis, pour échapper aux ardeurs de Pélée, prend tour à tour la forme d'un oiseau, d'une tigresse, d'un arbre...
        Parfois les Dieux offrent aux hommes de bénéficier de leur privilège. Ainsi Midas obtient-il de Bacchus que tout ce qu'il touche se transforme en or mais à sa demande, Bacchus accepte de mettre fin à ce prodige ( XI). Périchymus, frère de Nestor, avait obtenu de Neptune "le pouvoir de prendre tous les aspects qu'il voudrait puis de les quitter après les avoir pris." ( XII, 314)
       
Cas particulier : la double métamorphose de Cénée : la première, à savoir le changement de sexe est faite à sa demande, la seconde, la métamorphose en oiseau relève du seul désir des Dieux.
       
Par ailleurs, le processus de transformation s'inscrit dans un temps donné, différent selon les cas :
            - La métamorphose est spontanée et le sujet métamorphosé conserve l'attitude même qu'il avait à ce moment précis, ainsi Esaque, est-il transformé en plongeon alors même qu'il est en train de sauter dans le vide : " Sa chute fut adoucie par la pitié de Thétys [...] et comme il flottait sur les eaux, [elle] le couvrit de plumes." ( XI, 297). Le loup qui décime les troupeaux de Pélée est métamorphosé en pierre au moment même où il s'apprêtait à égorger une génisse : " La Néréide enfin, au moment où il enfonçait ses crocs dans le cou d'une génisse qu'il mettait en pièces, le changea en bête de marbre. Il a conservé sa forme et, hormis la couleur, tous ses traits..." ( XI, 286); Phoebus métamorphose en pierre le serpent qui s'attaquait au visage d'Orphée : " Il écarte le reptile qui s'apprêtait à mordre et convertit en pierre sa gueule grande ouverte, durcissant, tel qu'il se trouvait, l'écartement béant des mâchoires." L'urgence de la situation impose l'instantanéité de la métamorphose ; les dieux dés lors interviennent pour mettre fin à une situation qui est devenue intolérable. 
            - La métamorphose est progressive : c'est le cas, entre autres, d'Atalante et Hippomène, métamorphosés en lions par Junon pour les punir de leur ingratitude et de leur impudeur  : " Alors de fauves crinières recouvrent leurs cous, tout à l'heure encore lisses, leurs doigts se recourbent en griffes, de leurs épaules se détachent des pattes d'animal, le poids de leur corps se porte tout entier sur leur poitrine ; d'une queue ils balaient la surface du sable. leur visage respire la colère ; au lieu de paroles ils font entendre des grondements ; comme chambres ils fréquentent des forêts : désormais, lions, objets de terreur pour les autres, ils serrent d'une dent docile le mors que leur impose cybèle." ( X, 273)

    4 : Qui ? Quoi ?
   
Tout est sujet à la métamorphose : rien n'échappe à ce phénomène : la métamorphose est un principe universel ; tout ce qui constitue l'univers visible ou invisible, qu'il s'agisse des formes vivantes ( humaines, animales ou végétales ), des formes inertes ( pierre), des éléments naturels ( la terre, l'eau..) tout est susceptible d'être transformé, rien n'est n'est établi dans une fixité définitive ( cf le sens des métamorphoses), les dieux eux-mêmes, pour apparaître aux hommes, se donnent des formes et des aspects différents.
       
Les dieux : nombreux sont les exemples dans les livres au programme parmi lesquels on peut retenir : Apollon et Neptune qui se transforment en humains pour construire les murs de Troie, Vénus qui devient le compagnon de jeux de Cyparissus
       
Toute forme vivante :    - Les humains : Myrrha, Adonis, Ceyx...
                                                - Les animaux : le loup, le serpent 
                                                - Les végétaux : le blé cueilli par Midas se transforme en or
       
Les éléments naturels : le livre I des Métamorphoses présente la création du monde comme un vaste phénomène de métamorphose, de la terre, de l'eau...; dans le livre XI, l'eau, la terre, touchés par Midas deviennent or.
       
La matière inerte : la statue d'ivoire de Pygmalion devient femme, tous les objets touchés par Midas sont transformé en or...
                                

    5 : Qui métamorphose ?
        
Ce sont les Dieux qui ont le pouvoir de métamorphoser. Nous avons vu précédemment ( cf, 3) que les Dieux eux-mêmes se métamorphosent et que c'est pour eux le seul moyen de se rendre visibles et de partager la vie des humains ( cf aussi la pièce de Molière Amphytrion , comédie dans laquelle Jupiter emprunte les trait du mari d'Alcmène pour la séduire) . les Dieux peuvent donc spontanément prendre les formes qu'ils veulent. Mais c'est aussi de leur pouvoir que dépend la métamorphose de ce qui les entoure.
        Parfois c'est un Dieu unique qui décide de faire subir une métamorphose : Bacchus transforme les Ménades en arbres (XI), Vénus les Cérastes en taureaux, Thétys Esaque en plongeon....
        Parfois ce sont les Dieux en général, la décision n'est plus individuelle mais collégiale : " Les dieux agréèrent au moins le souhait suprême de Myrrha..." ( X, 267), de même pour Céyx et Alcyoné : " Les dieux les prenant en pitié, tous deux enfin sont changés en oiseaux." ( XI, 296)
        Chaque dieu est contraint de se soumettre à cette décision suprême : Apollon aurait voulu faire accéder Hyacinthe à l'Olympe, comme Jupiter l'avait fait pour Ganymède, mais il n'est pas maître du destin de Hyacinthe et il doit se contenter, d'une autre forme d'éternité : " A toi aussi fils d'Amyclas, Phoebus aurait fait une place dans le ciel [...]Cependant, dans la mesure de son pouvoir, tu es éternel ; autant de fois que le printemps chasse l'hiver [...] autant de fois tu renais et tu refleuris dans le vert gazon." ( X, 257). La métamorphose en fleur, devient alors pour Apollon un pis-aller à son impuissance et à sa soumission à des forces supérieures. C'est le cas aussi de Vénus qui, si elle a le pouvoir d'agir librement et selon sa seule volonté en donnant vie par exemple à la statue de Pygmalion, elle est aussi contrainte de se soumettre au verdict du Destin, c'est pourquoi elle métamorphose la dépouille d'Adonis en anémone, pour témoigner de sa révolte et pour imposer son pouvoir : " Mais tout ne sera justiciable de toi ( le Destin) [...] Eh ! quoi, quand tu as permis que fussent transformés jadis les membres d'une femme en menthe parfumée, Perséphone, me verrais-je refuser le droit de métamorphoser le héros fils de Cinyras ? " ( X, 274)

    6 : En quoi ?
       
Les sujets métamorphosés peuvent prendre n'importe qu'elle forme, passer de l'animé à l'inanimé, et réciproquement, devenir animal, végétal, minéral, humain :
       
Métamorphose en animal :    - en oiseaux :  Jupiter prend la forme d'un aigle pour enlever Ganymède ( X) ,  Daedalion devient épervier, Céyx, Alcyoné, des alcyons, Esaque, un plongeon, Cygnus, un cygne Cénée, un  flamant, Périclymène, un aigle.
                                                        - en bête sauvage : Thétis, en tigresse, Atalante et Hippomène, en lions, les Cérastes en taureaux.
       
Métamorphose en végétal :    - en fleur : Hyacinthe (lys), Adonis ( anémone)
                                                        - en arbre : Myrrha ( balsamier), Attis, Les Ménades ( arbre non précisé), Cyparissus ( Cyprès).
       
Métamorphose en minéral : Les Propoetides, le serpent qui s'attaquait au visage d'Orphée (XI), le serpent qui voulait dévorer les oisillons ( XII), le loup qui dévore le bétail de Pélée, sont transformés en pierre. Tout ce que touche Midas est transformé en or.
       
Métamorphose en humains : Neptune, Apollon, Vénus,Morphée ( qui prend les traits de Céyx mort),  la statue de Pygmalion, Cénée, jeune belle vierge qui devient un homme.
    7 : Pourquoi ?
       
Les causes qui président aux métamorphoses sont diverses et nombreuses ; on peut toutefois distinguer deux grandes catégories :        Un désir personnel :     - c'est le sujet qui demande la métamorphose : Myrrha, invoque la bienveillance des dieux pour exaucer son souhait de ne pas continuer de vivre sous les traits d'une femme : " O Divinités, [...] par une métamorphose consentez à me soustraire à la vie comme à la mort." ( X, 267); Pygmalion n'ose pas vraiment demander que sa statue s'anime et il formule un voeu plus nuancé : " [...] je forme le voeu que mon épouse soit - et comme il n'ose dire : le vierge d'ivoire -, semblable à la vierge d'ivoire." ( X, 261) ; Cyparissus " demande comme suprême faveur aux dieux, que son deuil soit éternel." ( X, 257) Apollon accède à sa supplique et le métamorphose en cyprès.
                                                - le sujet émet un souhait à la demande des dieux : Ainsi, c'est Bacchus qui demande à Midas de formuler un voeu qu'il exaucera et même si par avance les dieux savent que le souhait est mal choisi et qu'il va être néfaste, ils respectent leur engagement, comme c'est le cas pour Midas : " Liber acquiesça à ce souhait et accorda le nuisible présent, peiné que Midas ne lui eût rien demandé qui valût mieux." ( X, 278) ; de même, Neptune accepte la métamorphose de Cénée en homme pour ne plus subir les ardeurs des dieux ou des hommes.
       
Le désir des dieux : toutes les autres métamorphoses des livres X, XI, XII, résultent du seul désir des dieux : c'est le cas de Cyparissus, Hyacinthe, Adonis, Daedalion, Esaque, Cygnus, Cénée ( sa deuxième métamorphose), Midas ( la transformation de ses oreilles), les Céraste, les Propoetides, Hippomène, Atalante, Céyx, Alcyoné, Attis, les Ménades, les deux serpents, le loup. Toutes sont des métamorphoses subies.
        Dans ces deux catégories, on peut distinguer par ailleurs des causes plus précises :
       
Les motivations du désir :     - l'amour : - pour soi : Jupiter se transforme en aigle pour satisfaire son amour pour Ganymède ; Vénus et Apollon métamorphosent leurs amants en fleur parce qu'ils ne peuvent se résoudre à accepter leur mort.
                                                                            - pour l'amour des autres : Vénus, émue par la demande de Pygmalion anima sa statue ; 
                                                        - la pitié :
c'est parce que les dieux ont eu pitié de la douleur de Myrrha, douleur causée par la prise de conscience du crime qu'elle avait commis, de celle de Céyx et Alcyoné séparés prématurément par la mort, de celle de Daedalion qui veut mourir de chagrin après la disparition de sa fille Chioné, de celle d'Aesacos qui se sent coupable de la mort d'Hespérié, qu'ils ont recours à la métamorphose.
                                                        - la gratitude :
c'est pour remercier Midas de lui avoir rendu Silène, son fidèle ami, que Bacchus propose à Midas d'exaucer son voeu le plus cher ; c'est parce que Neptune était redevable au père de Périclymus, qu'il  lui avait accordé le pouvoir de prendre n'importe qu'elle forme ; 
                                                        - la vengeance : - pour un crime commis à l'égard des dieux
: les Cérastes sont métamorphosés en taureaux pour avoir failli au culte de l'hospitalité en sacrifiant sur l'autel de Jupiter un hôte de passage ; les Propoetides, pour avoir nié la divinité de vénus sont transformées en pierre ; Atalante et Hippomène, pour avoir manqué de gratitude à l'égard de vénus qui avait favorisé leur union, subissent une double punition : d'abord Vénus fait naître en eux un désir amoureux intempestif et ils se rendent coupables d'impudeur en s'accouplant dans le temple même de Cybèle, la mère des dieux ( Rhéa) qui se venge alors en les transformant en lions.
                                                                                - pour un crime à l'égard d'un humain :
les Ménades sont transformées en arbre pour avoir causé la mort d'Orphée. Cénée et Cygnus sont transformés en oiseaux parce que les dieux considèrent que leur mort est injuste et pour leur rendre hommage ( Cénée tué par les centaures, Cygnus, tué par Achille.)
                                                        - la jalousie :
Midas voit ses oreilles se transformer en oreilles d'âne par Apollon pour avoir préféré le chant de Pan à celui d'Apollon.
                                                        - la faute :
Myrrha veut subir une métamorphose parce qu'elle se sent indigne de continuer à vivre en tant que femme après avoir connu, en toute conscience, une relation incestueuse avec son père. Cyparissus veut expier la mort du cerf sacré.
                                                        - la réparation d'une faute :
c'est parce que Neptune se sent coupable d'avoir violé Cénée qu'il lui accorde de changer de sexe. Cybèle a métamorphosé Attis en pin pour racheter la colère jalouse qui l'avait poussée à émasculer son jeune amant..
                                                        - pour fuir une situation :
Thétis se transforme en oiseau, en arbre, en tigresse, pour échapper aux poursuites de Pélée.
                                                            


    8 : Le sens des métamorphoses
      
  L'oeuvre d'Ovide met en évidence l'universalité de la métamorphose : toute forme, toute matière est susceptible, non seulement d'évoluer mais encore de se transformer de façon radicale. En érigeant comme une loi naturelle l'instabilité de la forme et de la matière, la négation de la fixité, Ovide nous invite à considérer que tout est mouvement , ( "le monde est une branloire pérenne" dira plus tard Montaigne) et aussi que tout est possible. Placé au centre d'une nature qui évolue et qui se transforme,l'homme ne peut être que mouvement lui aussi et participer au mouvement perpétuel du monde.
      
  Ainsi, la mort n'a-t-elle pas un caractère définitif, la métamorphose permet de la vaincre en faisant accéder le sujet défunt à une forme d'éternité. C'est parce que Phoebus ne peut se résoudre à perdre définitivement Hyacinthe qu'il le métamorphose en fleur : " Tu seras toujours présent pour moi" ( X, 259) et même si devenu fleur il doit subir la loi cyclique de la nature et mourir à chaque hiver, chaque printemps, il renaîtra. De même Vénus évoque " la représentation renouvelée" ( X, 274) d'Adonis devenu une anémone. La métamorphose, bien plus qu'une revanche sur la mort, permet d'accéder à un éternel recommencement. Céyx et Alcyoné vivent une autre forme d'amour conjugal : couple d'oiseaux inséparables, ils poursuivent au delà de la mort une destinée heureuse et prospère. Leur mort n'est pas une fin mais ouvre sur un nouveau commencement, plus heureux, plus libre et plus beau.
       
Par ailleurs, la métamorphose permet de dépasser les limites imposées par la nature même des choses, des êtres visibles et invisibles. Les dieux ont le pouvoir de se métamorphoser et / ou de rester invisibles, ils ne connaissent pas de limites, en revanche, les humains sont soumis à leur condition, d'être mortels, mais aussi de subir leur état. Par la métamorphose, les dieux leur permettent de dépasser leur limites naturelles et temporelles. Myrrha, devenu arbre est transcendée dans un autre destin. Dépouillée de son enveloppe charnelle, elle n'est plus une insulte à l'amour et échappe ainsi en quelque sorte à sa culpabilité en même temps que sa présence végétale rappelle sa faute. 
       
Même si la métamorphose, loin de correspondre à un rite religieux, appartient au paganisme, il n'en demeure pas moins qu'elle entretient un lien privilégié avec la métempsychose, c'est à dire le passage d'un corps dans un autre corps ( et pourquoi pas avec les religions chrétiennes qui affirment que  l'âme, détachée du corps à la mort de l'individu, s'épanouit dans un autre monde) comme la définit Pythagore ( - 600 avant Jésus-Christ) : " [...] puisque nous ne sommes pas seulement des corps mais aussi des âmes légères, nous pouvons aller habiter des formes de bêtes sauvages, être cachés dans des corps d'animaux domestiques." Aussi peut-on considérer que la métamorphose, bien plus qu'un simple changement d'état, s'inscrit dans un mode de pensée philosophique, voire métaphysique : rien ne disparaît, tout se transforme. La métamorphose fait partie de l'ordre des choses. A ce sujet, on peut considérer la métamorphose comme :     - le principe fondateur du monde : si on relit le livre I des Métamorphoses, on s'aperçoit que le Chaos, forme préexistante du monde, était " une masse informe et confuse", " une masse unique" et que de cet univers indéfinissable qui contenait les " germes disparates des éléments des choses" sont nés la mer, le ciel, la terre, les montagnes, les plaines, les fleurs, les poissons....; La genèse retrace la métamorphose d'une masse informe en autant de formes précise et diverses pour constituer le monde tel qu'il est. Comme pour les métamorphoses rapportées dans les livres suivants, c'est le pouvoir d'un Dieu qui est à l'origine de la transformation et de l'organisation de la matière : " La terre manquait de consistance, la mer de fluidité, l'air de lumière : rien ne conservait sa forme propre. Les principes s'opposaient entre eux, car, dans une masse unique, le froid combattait la chaleur, l'humidité la sécheresse, la mollesse la dureté, la légèreté la pesanteur. Un dieu mit  fin à ce conflit [...]" La naissance même de l'homme, qu'elle soit d'origine divine ou au contraire d'origine terrestre, émane d'une métamorphose : " Ainsi la terre, qui naguère était  grossière et informe , revêtit par cette métamorphose des figures d'hommes jusqu'alors inconnues."
                - le principe fondateur de la morale : précédemment nous avons constaté que les dieux avaient recours à la métamorphose tantôt pour punir, tantôt pour récompenser. D'une part c'est admettre que l'homme n'est pas maître de lui-même et que la toute puissance des dieux le manipule à sa guise, l'homme est déterminé et les dieux lui refusent son libre arbitre ( ce n'est pas parce que Pâris est un fin tireur qu'il réussit à tuer Achille, loin s'en faut, c'est parce qu'Apollon, qui est l'instrument de la vengeance de Neptune, dirigea la flèche de Pâris vers Achille), d'autre part, c'est poser comme principe que l'homme doit rendre des comptes à une entité qui lui est supérieure. Seulement, paganisme oblige, ce n'est après sa mort que l'homme est jugé de ses actes, c'est instantanément. Ainsi, commettre un sacrilège à l'égard des dieux ( telles les Propoetides), leur manquer de gratitude ( tels Hippomène et Atalante), justifient qu'on ne mérite plus de vivre ou que l'on porte une marque indélébile de la faute commise. En revanche, les dieux s'autorisent de donner une autre félicité à ceux qui le méritent. 
                - le principe fondateur du langage : à ce titre il est intéressant de mettre en parallèle les termes métamorphose et métaphore. La métaphore opère un transfert de sens ( trope) comme la métamorphose opère un transfert de forme. La métaphore permet le passage d'un lexique à un autre,il y a changement d'identité, ( contrairement à la comparaison où le comparé garde  sa spécificité, le comparant n'étant qu'un élément de référence : Paul fort comme un roc est différent de Paul est un roc) ainsi parle-t-on de métaphore animale ( c'est un lion), minérale ( c'est un roc), végétale ( c'est un chêne),  Comme la métamorphose, la métaphore permet de transcender les limites de l'humain pour accéder à un autre état pour dire qu'il est plus grand, plus beau, plus fort... que l'homme.
            En outre, les métamorphoses de la mythologie sont à l'origine de notre langage : l'araignée, n'est autre qu'Arachnée, un atlas, Atlas, un cygne, Cygnus....
            Par antonomase, certains dieux mythologiques font partie du parnasse humain : un hercule, un apollon...
            Enfin, le principe d'analogie sur lequel repose le principe de la métamorphose est tel que par catachrèse il s'est imposé dans notre langue, faute de terme spécifique pour nommer ce qu'il désigne : ainsi parle-t-on d'un pied de vigne , du bras du fauteuil ou d'un bras de mer....