LE MYTHE D'OEDIPE

arrow32.gif (570 octets) Qu'est-ce qu'un mythe ?

     Ce terme vient du grec " muthos" qui signifie "récit, fable".  Selon la définition du dictionnaire portatif du bachelier, "C'est un récit imaginaire qui met en scène des personnages extraordinaires, surhumains ou divins, dont les événements fabuleux ou légendaires retracent l'histoire d'une communauté, tantôt symbolisent des aspects de la condition humaine, tantôt traduisent les croyances, les aspirations, les angoisses de la collectivité"

    Selon Mircea Eliade, dans Mythe rêve et mystère, " Le mythe est censé exprimer la vérité absolue, parce qu'il raconte une histoire sacrée, c'est-à-dire une révolution trans-humaine qui a lieu à l'aube du grand temps, dans le temps sacré des commencements."

   Le mythe est donc un récit qui explique " concrètement" les mystères de l'homme et du monde. C'est donc moins le problème de la culpabilité ou de l'innocence qui interpelle que l'errance de ce personnage qui se cherche, qui croit savoir et qui ne sait pas. Le bonheur humain, la liberté d'agir sont au centre de ce myhte qui nous interroge sur les limites de l'homme et sur les aléas de la destinée humaine. Loin de nous donner des réponses, il continue de nous poser questions, c'est ce qui fait toute le richesse du mythe.

    La postérité littéraire d'Oedipe est immense. Du XIIème siècle avec La roman de Thèbes au XXème siècle avec pour dernière version celle de Gide, on compte de nombreuses adaptations du mythe au théâtre, particulièrement. Ce mythe ne cesse de se métamorphoser sans pour autant s'affranchir des données de la légende. Cette vivacité du mythe et sa survivance depuis quelques vingt-cinq siècles semblent signifier que l'énigme que constitue le destin d'Oedipe n'a pas encore trouvé de réponse, voire ne trouvera jamais de réponse. La quête de soi, le problème de son identité, le problème de la fatalité et du libre arbitre, la culpabilité innocente, sont des thèmes qui continuent de hanter la nature humaine. Si la psychanalyse a consacré le mythe en complexe universel qui explique la relation de l'enfant avec ses parents, c'est peut-être moins  en raison de la relation incestueuses qu'Oedipe entretient avec sa mère que pour les interrogations qu'il a soulevées

    . Cette page se contente de donner quelques exemples de " réécriture d'Oedipe", dans l'espoir que peut-être votre curiosité littéraire sera éveillée.

arrow32.gif (570 octets)Oedipe au temps de Sophocle

ESCHYLE et EURIPIDE : pour ces deux auteurs, référez-vous à ce qui en dit dans : histoire_du_theatre.htm

 

arrow32.gif (570 octets)Oedipe après Sophocle en France

CORNEILLE : OEDIPE 1659 : dans cette pièce, Corneille avoue, dans l'avis Au lecteur, avoir "pris une autre route"que les auteurs  grecs. Oedipe est considéré par Dircé, fille de Laïos comme un usurpateur de son pouvoir. De plus, amoureuse de Thésée, elle refuse d'obéir à Oedipe qui veut qu'elle épouse Hémon, le fils de Créon. Une rumeur dit que le fils de Laïus est en vie et Oedipe le fait rechercher car il sait que son pouvoir est encore plus en danger qu'avec Dircé. Thésée fait croire à Jocaste qu'il est ce fils, mais Jocaste est sceptique. Phorbas, un des hommes qui accompagnait Laïos dans le voyage qui lui coûta la vie, met hors de cause Thésée mais reconnaît le meurtrier en Oedipe qui  laisse le trône à Thésée. Comme chez Sophocle, Jocaste se suicide mais. Corneille n'a pas repris le thème de la mutilation d'Oedipe. Les amours de Dircé et de Thésée, viennent adoucir le tragique familial. Les joutes verbales entre Tirésias et Créon n'existent pas. En fait il s'agit plus d'un drame politique et Oedipe se bat pour garder le pouvoir en dépit des évidences qui nient sa légitimté. Quand il reconnaît qu'il a commis un parricide, il abdique non sans avoir fait reconnaître qu'il était en fait le roi légitime de Thèbes. Corneille a voulu faire d'Oedipe le triomphe du libre arbitre.

VOLTAIRE : OEDIPE 1718 : Voltaire corrige aussi l'Oedipe de Sophocle mais s'en éloigne moins que Corneille. C'est le fantôme de Laïos qui est venu informer la cité que son meurtrier était la cause des désordres de Thèbes. Oedipe ne fait pas d'enquête, il craint d'inquiéter Jocaste. La ville accuse Philoctète, l'amant que Jocaste avait répudié pour épouser Laïos. Oedipe ne croit pas en sa culpabilité et Jocaste prend la défense de son ancien amant. Phorbas, l'ancien conseiller de Laïos, arrive à la demande d'Oedipe et reconnaît en lui le coupable. Oedipe demande à Jocaste de le tuer, elle refuse, il consent à s'exiler mais il ignore toujours qu'il est le fils de Laïos. Il cède son pouvoir à Philoctète. Apprenant que Polybe n'est pas son père, il enquête sur ses origines et découvre toute l'horreur de la vérité. Oedipe se crève les yeux de l'épée qui a tué son père et Jocaste se suicide. L'amour vertueux de Jocaste et de Philoctète occupe une grande partie de la pièce et lui donne presque une dimension romanesque. La révélation de la vérité se fait progressivement au cours des cinq actes de la pièce : dans l'acte I, Laïos précise la cause du désastre qui ravage Thèbes, dans l'acte II, Jocaste raconte la vision qu'elle a eue : le roi lui montre son fils vivant, dans l'acte III, le devin fait sa prédiction de la malédiction d'Oedipe, dans l'acte IV, Oedipe va se souvenir des événements de son passé et enfin dans l'acte V, c'est la révélation du parricide et de l'inceste.. Comme chez Sophocle la quête de son identité devient le but d'Oedipe.

COCTEAU : LA MACHINE INFERNALE 1927 : seul le quatrième acte correspond à la pièce de Sophocle. En effet, Cocteau retace tout le parcours d'Oedipe de Delphes à Thèbes en quatre actes. Le quatrième acte se passe dix-sept ans après l'entrée triomphale d'Oedipe, vainqueur du Sphinx ( c'est l'objet de l'acte II) dans Thèbes. Dans l'acte I, le fantôme de Laïos tente en vain de prévenir Jocaste de l'Arrivée de leur fils. L'acte III est consacré au mariage de Jocaste et d'Oedipe et Tirésias essaie de prévenir Oedipe de renoncer  . Comme chez Sophocle, et même avec plus de violence ( Oedipe tente d'étrangler Tirésias) les deux hommes s'affrontent et Oedipe renvoie le vieillard . C'est trop tard qu'il comprendra les avertissements qu'il lui donnait. Dans le quatrième acte, Cocteau multiplie le double langage et l'ironie tragique domine. Cocteau veut montrer le mécanisme infernal du destin qui s'acharne sur une famille. Le jeu des anachronismes donne à cette pièce une modernité qui atteste que de Sophocle à Cocteau, le tragique d'Oedipe est toujours intacte.

GIDE : OEDIPE : 1932 : Oedipe ne craint pas les dieux, ce que lui reproche sévèrement Tirésias. C'est le rejet du péché qui domine son attitude : Oedipe revendique l'affirmation de soi. Lorsqu'il prend conscience du parricide et de l'inceste à l'acte III, Tirésias le conjure de se repentir et Dieu lui pardonnera. Jocaste, elle voudrait qu'on étouffe l'affaire. C'est par orgueil et en signe de défi à Dieu qu'il se mutile. dans Thésée, Gide fait se rencontrer Oedipe et Thésée. Sa cécité lui a ouvert les yeux sur Dieu et il a découvert la foi. Sa souffrance sera sa rédemption. C'est une vision chrétienne de la tragédie de l'homme que nous donne à voir Gide dans cette reprise du mythe antique.

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