LE SURREALISME

        Le choix d'un nom

       " En hommage à Guillaume Apollinaire, qui venait de mourir et qui, à plusieurs reprises, nous paraissait avoir obéi à un enchaînement de ce genre, sans toutefois y avoir sacrifié de médiocres moyens littéraires, Soupault et moi, nous désignâmes par le nom de SURREALISME le nouveau mode d'expression pure que nous tenions à notre disposition [...] Je crois qu'il n'y a plus aujourd'hui à revenir sur ce mot et que l'acception dans laquelle nous l'avons pris a prévalu généralement sur son acception apollinarienne. " ( Manifeste du surréalisme, p. 36)

        " Pour concrétiser mon drame, je me suis servi d'un néologisme qu'on me pardonnera car cela m'arrive rarement et j'ai forgé l'adjectif surréaliste qui ne signifie pas du tout symbolique [. .] mais définit assez bien une tendance de l'art qui, si elle n'est pas plus nouvelle que tout ce qui se trouve  sous le soleil, n'a du moins jamais servi à formuler aucun credo, aucune affirmation artistique et littéraire. [...] J'ai pensé qu'il fallait revenir à la nature même, mais sans l'imiter à la manière des photographes.
        Quand l'homme a voulu imiter la marche, il a créé la roue, qui ne ressemble pas à une jambe. Il a fait ainsi du surréalisme sans le savoir.
( comprenons que ce qui relève de l'invention humaine humaine est surréaliste par rapport à ce qui est naturellement )
        [...] Au demeurant, le théâtre n'est pas plus la vie qu'il interprète que la roue n'est une jambe. [...] Je ne prétends nullement fonder une école, mais avant tout protester contre ce théâtre en trompe-l'œil, qui forme le plus clair de l'art théâtral d'aujourd'hui." ( Préface des Mamelles de Tirésias, 1917)

        " C'est pour rendre hommage à Guillaume Apollinaire, dont nous avions admiré un texte onirocritique qui "ressemblait" aux Champs magnétiques que nous adoptâmes le mot surréaliste [...] Hommage sans aucune arrière-pensée.  Ainsi, ce mot, en 1919, n'avait été choisi que pour honorer la mémoire d'un poète qu'André Breton et moi avions aimé." (Philippe Soupault, dans la revue Europe, de novembre-décembre 1968)

        Définition

     Donnée par Breton, dans le Manifeste du surréalisme en 1924, conformément à un article de dictionnaire, en précisant d'abord son sens général puis son sens particulier en philosophie. A noter que la définition actuelle que nous pouvons trouver dans le dictionnaire correspond, stricto sensu, à celle donnée par Breton.
  
SURREALISME, n, m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.

   ENCYCL; Philso. Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie

   Les buts du surréalisme
Remarque :  Nous ne prétendons pas faire un cours sur le surréalisme mais seulement proposer quelques références pour vous aider à appréhender l'œuvre surréaliste

        Libérer les esprits en expérimentant de nouveaux modes d'exploration du réel et de nouveaux modes d'expression/
            - L'écriture automatique
            - Les sommeils provoqués
            - Les jeux verbaux ( les " cadavres exquis")
            - Les dessins spontanés
            - Les collages
        Donner libre cours à la vie psychique : explorer les rêves, l'inconscient et le subconscient.
        Accorder au désir une toute puissance
        Redonner ses droits à l'imagination.
        Réhabiliter le merveilleux.
        Se débarrasser  du rationalisme, de la logique, de la morale, des interdits sociaux, du bon goût.
        Changer la vie et " écrire une nouvelle déclaration des droits de l'homme"
        Non pas transcender le réel mais l'approfondir, c'est-à-dire " prendre une conscience toujours plus nette en même temps que toujours plus passionnée du monde sensible " ( Breton)
        Trouver la beauté hors des cadres esthétiques stéréotypés et communément admis.
        L'inspiration vient des profondeurs de l'être, de l'inconnu :" [...] j'assiste à l'éclosion de ma pensée : je la regarde, je l'écoute" ( Breton, Les Pas perdus)
    
    L'activité surréaliste nécessite une rupture totale avec le monde tel qu'il nous est donné ; elle préconise la révolte absolue, l'insoumission totale, le sabotage en règle."

    Proposition d'exercice : Retrouvez dans Nadja, les applications de ces "principes" . vous pouvez vous aider de ce tableau, par exemple

        

L'imagination  
Le merveilleux  
Les jeux verbaux  
Révolte contre la raison  exemple : " la logique, la plus haïssable des prisons"
Révolte conte le bon goût  
Révolte contre la morale  exemple: la remise en cause de l'héroïsme
Le rêve  

  Les grandes étapes du surréalisme
     
    03 / 1919 : premier numéro de la revue Littérature ( Soupault, Aragon, Breton)
            05 / 1919 : rencontre avec Eluard
            12 / 1919 : publication des Champs magnétiques
            05 / 01 / 1920 : arrivée de Tzara à Paris
            05 / 1920 : manifestes du mouvement Dada dans Littérature
            11 / 1920 : congrès de Tours : naissance du PC
            13 / 05 / 1921 : Procès Maurice Barrés pour " atteinte à la sûreté de l'esprit"
            10 / 1921 : rencontre de Freud et de Breton à Vienne
            01 / 1922 : rupture avec Tzara
            09 / 1922 : la revue Littérature passe à l'offensive contre le dadaïsme
            25 / 09 / 1922 : première séance des "sommeils" chez Breton
            06 / 07 / 1923 : représentation de Cœur à gaz de Breton perturbée par les surréalistes
            11 / 10 / 1924 : ouverture rue de Grenelle du " bureau de recherches surréalistes"
            18 / 10 / 1924 : " Un cadavre" premier texte surréaliste collectif, contre Anatole France
            11 / 1924 : Premier manifeste du surréalisme
            12 / 1924 : premier numéro de la nouvelle revue surréaliste La révolution surréaliste
            27 / 01 / 1925 : Déclaration du 27 janvier : " Le surréalisme n'est pas une forme poétique. Il est un cri de l'esprit qui se referme vers lui-même et est bien décidé à broyer ses entraves..."
            07 / 1925 : les surréalistes rejoignent le PC pour réagir contre le conflit franco / marocain
            08 / 1925 : publication du Paysan de Paris de Louis Aragon
            26 / 03 / 1926 : première exposition de la " galerie surréaliste"
            11 / 1926 : exclusion du mouvement de Soupault et Artaud
            06 / 01 / 1927 : Adhésion d'Aragon au PC
            08 / 1927 : Exécution de Sacco et Vanzetti
            06 / 1928 : publication de Nadja ; projection du film de Buñel, Un chien andalou, qui connaît un succès extraordinaire et qui restera à l'affiche pendant huit mois et pourtant dans la revue surréaliste Buñuel dénonce " la foule imbécile qui a trouvé beau et poétique ce qui, au fond, n'est qu'un désespéré appel au meurtre.
            12 / 1928 : exposition de Max Ernst
            29 / 10 / 1929 : Exposition de Salvator Dali
            12 / 1929 : publication du Second manifeste du surréalisme
            01 / 1930 : " Un cadavre" contre Breton signé de : Queneau, Desnos, Prévert, Bataille, Leiris. Troisième Manifeste du surréalisme signé de Desnos
            07 / 1930 : premier numéro de la nouvelle revue surréaliste Le surréalisme au service de la révolution
            09 / 1930 : Aragon et Sadoul, assistent à la deuxième conférence internationale des écrivains révolutionnaires à Karkov ( Russie)
            03 / 1932 : Aragon rompt avec le surréalisme
            04 / 1934 : les surréalistes prennent la défense de Violette Nozières
            05 / 1935 : exposition surréaliste à Prague
            06 / 1936 : exposition surréaliste à Londres
            1937 : publication de L'amour fou
            1938 : publication du Dictionnaire abrégé du surréalisme; exposition à Amsterdam

 Après la deuxième guerre mondiale, le surréalisme est en " survie", éclatement du groupe, départ de Breton pour les USA, à son retour, le mouvement s'essoufflera de plus en plus.