LE THÉÂTRE AU TEMPS DE SHAKESPEARE

   Cette page est réalisée, en partie,  d'après les lectures de La fabrique de théâtre de Michel Prunier et l' Histoire du théâtre dessinée d'André Degaine
   

Le théâtre élisabéthain
    
    Le théâtre de Shakespeare

    Le théâtre élisabéthain
        Le théâtre avant le seizième siècle : 
   
         - Chez les Grecs

Le théâtre a une origine religieuse. En l'honneur de Dionysos, dieu de la fertilité, libérateur d'Athènes, étaient données de grandes fêtes à date fixe. On comptait trois dionysies :

        Les champêtres de décembre à janvier ; 
       les Lénéennes, célébrées en janvier et février 
       les urbaines ou grandes dionysies qui se déroulaient de mars à avril à Athènes.
c'est à l'occasion de ces dernières qu'avait lieu un concours de tragédies. Chaque auteur retenu par l'archonte ( chef de la cité) devait présenter une tétralogie composée de trois tragédies et d'un drame satyrique ( les satyres mi-hommes, mi-animaux, sont dans la mythologie grecque des symboles de la vie sauvage, ils forment le cortège de Dionysos), ces quatre pièces étant jouées en une seule et même matinée. Une assemblée de 10 juges ( chaque juge représentait une des dix tribus de l'Attique) proclamait le vainqueur à l'issue de la cinquième et dernière journée de ces fêtes. Le vainqueur recevait une couronne de lierre, plante de Dionysos. Sophocle obtint le deuxième prix pour sa représentation d
'Oedipe-roi aux Dionysies de 430 avant J.C. les poètes étaient financés par un mécène, le chorège.
Le spectacle avait lieu à ciel ouvert dans un théâtre de forme hémicirculaire entouré de gradins.
 La représentation théâtrale a évolué depuis sa création. En effet, au départ, un seul acteur, le protagoniste, jouait tous les rôles et portait un masque qui imposait une impassibilité au visage de l'acteur. Eschyle fit intervenir un deuxième personnage, le deutéragoniste et Sophocle introduisit un troisième acteur, le tritagoniste. Les rôles des femmes étaient tenus par des hommes. Les acteurs étaient tirés au sort. Pour être le mieux visible possible, l'acteur portait des cothurnes, chaussures à semelles très épaisses. Le choeur, composé de choreutes( d'abord 12 puis 15 avec Sophocle) et dirigé par le Coyphée étaient eux aussi masqués et ne pouvaient être que des hommes. L'auteur de la pièce était à la fois metteur en scène et chorégraphe. Le spectacle était gratuit, pauvres et riches y assistaient.

        

 


 Théâtre d'Épidaure

        - Chez les Latins, les pièces étaient représentées dans un espace clos, en dur, à proximité de la place publique ( le forum). Le choeur antique a disparu et donc l'orchestra D'abord construits en bois, les théâtres sont ensuite construits en pierre, et prennent la forme d'un demi-cercle, le peuple reste debout tandis que les riches spectateurs sont assis sur des gradins sur plusieurs étages. Cette architecture est à l'origine du théâtre à l'italienne de la renaissance.
Le théâtre devient profane, il n'est plus joué en l'honneur des Dieux.
        - Au Moyen-Âge : le théâtre retrouve son caractère sacré, il est joué dans les églises à l'occasion des fêtes religieuses ( Noël, Pâques...) puis il s'affranchit de son caractère religieux et se joue en extérieur, sur les parvis des églises, sur les places publiques et même dans les rues, mais les textes sont toujours soumis aux autorités religieuses qui ont le droit de censurer, voire d'interdire certaines pièces jugées immorales. C'est la grande époque des Mystères, qui mettent en scène les grands moments de la chrétienté, telle la Passion du Christ. Le théâtre se déplace de ville en ville sur des chariots ( les mansions) à deux étages : l'étage supérieur constitue la loge des acteurs, l'étage inférieur est le lieu de la représentation : le public se déplace de tableau en tableau et les différentes scènes sont jouées simultanément.
           
Le théâtre élisabéthain 
       
Elisabeth 1ère (1558 - 1603), reine très cultivée et amatrice d'art, protestante modérée, protège le théâtre contre les attaques des protestants puritains qui considèrent le théâtre (qu'ils appelaient " la maison du diable") comme une école du vice et de la débauche. Ainsi en Angleterre, le théâtre est-il très florissant. 
            Le drame liturgique est très vite abandonné au profit d'un théâtre profane, beaucoup plus ludique et surtout davantage consacré à l'histoire de l'Angleterre. En effet,  aux histoires sacrées, le public préfère les histoires des rois du passé et des faits divers qui ont marqué leur règne. 
            Comme au Moyen-Âge, le théâtre est mobile, on construit des " mansions roulantes" qui se déplacent de ville en ville. On joue sur les places publiques et après le spectacle, on fait la quête : c'est le début du théâtre payant. Puis on décide de rassembler toutes les mansions en seul lieu, dans une cour d'auberge par exemple, et de faire payer l'entrée, dés lors, le peuple le plus démuni est exclu des représentations. C'est à partir de cette idée que va naître le théâtre fixe, appelé "théâtre à ciel ouvert", dés 1575, tels le Rideau, La Fortune, les Blackfriars. Les théâtres étaient construits à l'extérieur de Londres en raison du décret de 1574 qui interdisait toute représentation théâtrale intra muros. Néanmoins, certains réussissent à contourner la loi et on voit se développer des théâtres privés qui s'installent dans des palais.
            Les théâtres étaient construits en bois, tel le Globe, construit en 1594 au bord de la Tamise. Ils sont de forme circulaire ou polygonale ; au centre on trouve un espace vide  C'est dans ce théâtre que la plupart des pièces de Shakespeare furent jouées. Mais en 1613, au cours de la représentation d' Henry VIII, les canonniers chargés de tirer les coups de canon (placés sous le toit) pour saluer le roi, n'ont pas prêté attention aux étincelles et le feu ravagea le théâtre, sans pour autant faire de victimes. Il fut alors reconstruit mais le chaume du toit fut remplacé par des tuiles.
            Devenu payant, le théâtre est moins démocratique et distingue deux catégories de spectateurs : les plus modestes, ceux du parterre, qui restent debout et les plus aisés qui sont assis dans des loges ou sur des gradins. Les spectateurs entourent les trois côtés de la scène ce qui permet une relation étroite entre les acteurs et les spectateurs.
            Le statut des acteurs évolue, on compte de moins en moins d'acteurs amateurs et de plus en plus d'acteurs professionnels : c'est la naissance des troupes de théâtre convoitées par les grands seigneurs qui jouent en quelque sorte le rôle de mécène, tel Lord Chamberlain qui permit à Shakespeare de fonder la " Lord Chamberlain's Company of actors" en 1594. Seuls les hommes pouvaient être acteurs, aussi les rôles féminins étaient-ils joués par des jeunes hommes ( n'ayant pas encore mué si possible)  travestis en femme. (cf à se sujet le film Shakespeare in love)
            Les spectacles se jouaient en matinée et étaient souvent suivi de numéros d'acrobates.
            Agencement du lieu scénique :
            - l'avant-scène, ou scène en éperon ( the apron stage) où se déroulaient le batailles, les duels et les monologues. Le public, le plus souvent debout entourait ce plateau sur trois côtés.
            - l'arrière scène , fermée par un rideau, où se déroulaient les scènes d'amour et les agonies, c'est là que se situait le tombeau de Juliette. Ce lieu servait aussi de salle du trône.
            - le balcon (upper stage), lieu où se situe la scène nocturne entre Roméo et Juliette (acte II, scène 2)
            - la scène proprement dite (main stage), où se déroulaient toutes les autres scènes, c'est à dire, la plus grande partie.

   Le théâtre de Shakespeare
      
Shakespeare s'est illustré dans tous les genres et on ne peut pas dire que l'un prévaut sur l'autre. Sur 36 pièces, on compte au moins :
        8 tragédies
        8 drames historiques
       17 comédies 
        

date Drames historiques tragédies comédies
1590-1594
Henry VI ( 3 parties)  
1592     La comédie des méprises
1592-1593 Richard III    
1593   Titus Andronicus  
1593-1594     La Mégère apprivoisée
1594     Les deux gentilshommes de Vérone
Peines d'amour perdues
1594-1595   Roméo et Juliette  
1595 Richard II   Songe d'une nuit d'été
1596 Henry IV (2parties)
Le roi Jean
  Le marchand de Venise
1598

1599

Henry V

Jules César

  Beaucoup de bruit pour rien

Les joyeuses commères de Windsor
Comme il vous plaira

1600   Hamlet  
1600-1601     La nuit des rois
1601     Troïlus et Cressida
1602     Tout est bien qui finit bien
1604   Othello Mesure pour mesure
1605   Macbeth  
1606   Le roi Lear
Antoine et Cléopâtre
 
1607   Coriolan
Timon d'Athènes
 
1608     Périclès
1609     Cymbeline
1610     Le conte d'hiver
1611     La tempête
1612 Henry VIII    

    Les drames historiques : situent leur action dans un contexte historique précis et traitent du pouvoir et de ses conséquences
   
A l'exception du Roi Jean qui situe l'action au treizième siècle et raconte l'histoire de celui qu'on a appelé " le Néron anglais", tous les drames historiques racontent la guerre des deux roses ( la rose rouge est l'emblème de la dynastie des Lancastre et la rose blanche celui de la dynastie des York) qui de 1455 à 1485 opposa les deux branches rivales de la famille royale pour la possession de la couronne d'Angleterre. Ces drames sont regroupés en é tétralogies ( 4 pièces) : la première regroupe les trois parties d'Henry VI et Richard III, la seconde regroupe les deux parties d'Henry IV, Henry V et Richard II. Shakespeare ne fait pas un travail d'historien ; non seulement il ne respecte pas la chronologie ( voir le tableau ci-dessous) mais il prend des fantaisies avec les événements historiques : ce qui importe davantage pour lui, c'est de faire réfléchir à de grandes questions telle la légitimité : dés lors que l'héritier au trône est un incapable, un être immoral, monstrueux, cynique, doit-il régner ou au contraire être combattu au nom de la grandeur du royaume d'Angleterre ?
    Les drames présentent des intrigues très compliquées dans la mesure où plusieurs intrigues se croisent. L'unité de lieu n'est pas respectée. Par exemple, l'action d' Henry IV  se passe en France et en Angleterre
Remarque  : ce tableau ne tient compte que des rois qui ont fait l'objet d'une pièce de théâtre

chronologie des rois d'Angleterre Chronologie des pièces de Shakespeare
1377-1399 Richard II Henry VI 
1399-1413 Henry IV Richard III
1413-1422 Henry V Richard II 
1422-1461 Henry VI Henry IV
1483-1485 Richard III Henry V
1509-1547 Henry VIII Henry VIII


   
Les tragédies : Titus et Andronicus (1590) ; Roméo et Juliette (1595) ;  Hamlet (1596) ; Jules César (1599) ; Othello (1604) ; Le Roi Lear (1605) ; Macbeth (1606) ;Antoine et Cléopâtre (1608)
   
Dans ces tragédies, Shakespeare met en scène les passions, les vices, les faiblesses humaines et plus particulièrement leurs conséquences, à savoir, la chute et la mort du (des) héros éponymes(s). Ainsi Othello est la tragédie de la jalousie, Macbeth, celle de l'ambition, Le Roi Lear, celle de l'égoïsme, Roméo et Juliette, celle de la haine et de l'amour. 
    Le thème de la vengeance est un thème récurrent dans le théâtre de Shakespeare, illustré principalement dans Hamlet, Titus et Andronicus.
   
Les tragédies sont souvent familiales : outre Roméo et Juliette, on peut citer, Hamlet, Othello.... Le Roi Lear.

    
Les comédies : Peines d'amour perdues (1591) ; Périclès (1592) ; Le conte d'hiver (1594) ; Le songe d'une nuit d'été (1595) ; Le Marchand de Venise (1598) ; Troïlus et Cressida (1602) ; Mesure pour mesure (1603) ; La tempête (1612) ; La nuit des Rois (1614)
       
Pièces divertissantes, donnant parfois lieu à des plaisanteries grossières, les comédies de Shakespeare peuvent être aussi inquiétantes et étranges. Shakespeare fait intervenir le monde de la magie ( La Tempête ; le jeune à tête d'âne dans Songe d'une nuit d été), des fées (Songe d'une nuit d'été), mais de la danse, de la musique. Il a recours au travestissement : outre la convention théâtrale qui voulait que les hommes se déguisent en femme pour jouer les rôles féminins, une jeune fille se fait passer pour un homme dans La Nuit des rois. Le dénouement est le fait de l'intervention d'un " deus ex machina" telle la déesse Diane dans Périclès. Enfin, Shakespeare n"hésite pas à parodier les mythes anciens tel celui de la guerre de Troie dans Troïlus et Cressida.