LE
THÉÂTRE AU TEMPS DE SHAKESPEARE
Cette page est
réalisée, en partie, d'après les lectures de La fabrique de théâtre de Michel
Prunier et l' Histoire du théâtre dessinée d'André Degaine
Le
théâtre élisabéthain
Le
théâtre de Shakespeare
Le
théâtre élisabéthain
Le
théâtre avant le seizième siècle :
- Chez les Grecs
| Le
théâtre a une origine religieuse. En l'honneur de Dionysos, dieu de la
fertilité, libérateur d'Athènes, étaient données de grandes fêtes
à date fixe. On comptait trois dionysies :
Les champêtres de décembre à janvier ;
|
![]() Théâtre d'Épidaure |
- Chez les Latins, les pièces étaient représentées dans un
espace clos, en dur, à proximité de la place publique ( le forum). Le choeur
antique a disparu et donc l'orchestra D'abord construits en bois, les théâtres
sont ensuite construits en pierre, et prennent la forme d'un demi-cercle, le
peuple reste debout tandis que les riches spectateurs sont assis sur des gradins
sur plusieurs étages. Cette architecture est à l'origine du théâtre à
l'italienne de la renaissance.
Le théâtre devient profane, il n'est plus joué en l'honneur des Dieux.
- Au Moyen-Âge : le
théâtre retrouve son caractère sacré, il est joué dans les églises à
l'occasion des fêtes religieuses ( Noël, Pâques...) puis il s'affranchit de
son caractère religieux et se joue en extérieur, sur les parvis des églises,
sur les places publiques et même dans les rues, mais les textes sont toujours soumis aux
autorités religieuses qui ont le droit de censurer, voire d'interdire certaines
pièces jugées immorales. C'est la grande époque des Mystères, qui
mettent en scène les grands moments de la chrétienté, telle la Passion du
Christ. Le théâtre se déplace de ville en ville sur des chariots ( les
mansions) à deux étages : l'étage supérieur constitue la loge des acteurs,
l'étage inférieur est le lieu de la représentation : le public se déplace de
tableau en tableau et les différentes scènes sont jouées simultanément.
Le
théâtre élisabéthain
Elisabeth
1ère (1558 - 1603), reine très cultivée et amatrice d'art, protestante
modérée, protège le théâtre contre les attaques des protestants puritains
qui considèrent le théâtre (qu'ils appelaient " la maison du
diable") comme une école du vice et de la débauche. Ainsi en Angleterre,
le théâtre est-il très florissant.
Le drame
liturgique est très vite abandonné au profit d'un théâtre profane, beaucoup
plus ludique et surtout davantage consacré à l'histoire de l'Angleterre. En
effet, aux histoires sacrées, le public préfère les histoires des rois
du passé et des faits divers qui ont marqué leur règne.
Comme au
Moyen-Âge, le théâtre est mobile, on construit des " mansions
roulantes" qui se déplacent de ville en ville. On joue sur les places
publiques et après le spectacle, on fait la quête : c'est le début du
théâtre payant. Puis on décide de rassembler toutes les mansions en seul
lieu, dans une cour d'auberge par exemple, et de faire payer l'entrée, dés
lors, le peuple le plus démuni est exclu des représentations. C'est à partir
de cette idée que va naître le théâtre fixe, appelé "théâtre à ciel
ouvert", dés 1575, tels le Rideau, La Fortune, les Blackfriars. Les
théâtres étaient construits à l'extérieur de Londres en raison du décret
de 1574 qui interdisait toute représentation théâtrale intra muros.
Néanmoins, certains réussissent à contourner la loi et on
voit se développer des théâtres privés qui s'installent dans des palais.
Les
théâtres étaient construits en bois, tel le Globe, construit en 1594 au bord
de la Tamise. Ils sont de forme circulaire ou polygonale ; au centre on trouve
un espace vide C'est dans ce théâtre que la plupart des pièces de Shakespeare
furent jouées. Mais en 1613, au cours de la représentation d' Henry VIII, les
canonniers chargés de tirer les coups de canon (placés sous le toit) pour
saluer le roi, n'ont pas prêté attention aux étincelles et le feu ravagea le
théâtre, sans pour autant faire de victimes. Il fut alors reconstruit mais le
chaume du toit fut remplacé par des tuiles.
Devenu
payant, le théâtre est moins démocratique et distingue deux catégories de
spectateurs : les plus modestes, ceux du parterre, qui restent debout et les
plus aisés qui sont assis dans des loges ou sur des gradins. Les spectateurs
entourent les trois côtés de la scène ce qui permet une relation étroite
entre les acteurs et les spectateurs.
Le statut des
acteurs évolue, on compte de moins en moins d'acteurs amateurs et de plus en
plus d'acteurs professionnels : c'est la naissance des troupes de théâtre
convoitées par les grands seigneurs qui jouent en quelque sorte le rôle de
mécène, tel Lord Chamberlain qui permit à Shakespeare de fonder la "
Lord Chamberlain's Company of actors" en 1594. Seuls les hommes pouvaient
être acteurs, aussi les rôles féminins étaient-ils joués par des jeunes hommes
( n'ayant pas encore mué si possible) travestis en femme. (cf à se sujet
le film Shakespeare in love)
Les
spectacles se jouaient en matinée et étaient souvent suivi de numéros
d'acrobates.
Agencement du
lieu scénique :
-
l'avant-scène, ou scène en éperon ( the apron stage) où se déroulaient le batailles, les duels et les monologues.
Le public, le plus souvent debout entourait ce plateau sur trois côtés.
- l'arrière
scène , fermée par un rideau, où se déroulaient les scènes
d'amour et les agonies, c'est là que se situait le tombeau de Juliette. Ce lieu
servait aussi de salle du trône.
- le balcon (upper
stage),
lieu où se situe la scène nocturne entre Roméo et Juliette (acte II, scène
2)
- la scène
proprement dite (main stage), où se déroulaient toutes les autres scènes, c'est à dire,
la plus grande partie.

Le
théâtre de Shakespeare
Shakespeare
s'est illustré dans tous les
genres et on ne peut pas dire que l'un prévaut sur l'autre. Sur 36 pièces, on
compte au moins :
8 tragédies
8 drames historiques
17 comédies
| date | Drames historiques | tragédies | comédies |
| 1590-1594 |
Henry VI ( 3 parties) | ||
| 1592 | La comédie des méprises | ||
| 1592-1593 | Richard III | ||
| 1593 | Titus Andronicus | ||
| 1593-1594 | La Mégère apprivoisée | ||
| 1594 | Les deux gentilshommes de Vérone Peines d'amour perdues |
||
| 1594-1595 | Roméo et Juliette | ||
| 1595 | Richard II | Songe d'une nuit d'été | |
| 1596 | Henry IV (2parties) Le roi Jean |
Le marchand de Venise | |
| 1598
1599 |
Henry V
Jules César |
Beaucoup de bruit pour rien
Les joyeuses commères de Windsor |
|
| 1600 | Hamlet | ||
| 1600-1601 | La nuit des rois | ||
| 1601 | Troïlus et Cressida | ||
| 1602 | Tout est bien qui finit bien | ||
| 1604 | Othello | Mesure pour mesure | |
| 1605 | Macbeth | ||
| 1606 | Le roi Lear Antoine et Cléopâtre |
||
| 1607 | Coriolan Timon d'Athènes |
||
| 1608 | Périclès | ||
| 1609 | Cymbeline | ||
| 1610 | Le conte d'hiver | ||
| 1611 | La tempête | ||
| 1612 | Henry VIII |
Les
drames historiques : situent leur action dans un contexte historique précis et
traitent du pouvoir et de ses conséquences
A l'exception du Roi Jean qui situe l'action au
treizième siècle et raconte l'histoire de celui
qu'on a appelé " le Néron anglais", tous les drames historiques
racontent la guerre des deux roses ( la rose rouge est l'emblème de la dynastie
des Lancastre et la rose blanche celui de la dynastie des York) qui de 1455 à
1485 opposa les deux branches rivales de la famille royale pour la possession de
la couronne d'Angleterre. Ces drames sont regroupés en é tétralogies ( 4
pièces) : la première regroupe les trois parties d'Henry VI et Richard III, la
seconde regroupe les deux parties d'Henry IV, Henry V et Richard II. Shakespeare
ne fait pas un travail d'historien ; non seulement il ne respecte pas la
chronologie ( voir le tableau ci-dessous) mais il prend des fantaisies avec les
événements historiques : ce qui importe davantage pour lui, c'est de faire
réfléchir à de grandes questions telle la légitimité : dés lors que
l'héritier au trône est un incapable, un être immoral, monstrueux, cynique,
doit-il régner ou au contraire être combattu au nom de la grandeur du royaume
d'Angleterre ?
Les drames présentent des intrigues très compliquées dans
la mesure où plusieurs intrigues se croisent. L'unité de lieu n'est pas
respectée. Par exemple, l'action d' Henry IV se passe en France et
en Angleterre
Remarque : ce tableau ne tient compte
que des rois qui ont fait l'objet d'une pièce de théâtre
| chronologie des rois d'Angleterre | Chronologie des pièces de Shakespeare |
| 1377-1399 Richard II | Henry VI |
| 1399-1413 Henry IV | Richard III |
| 1413-1422 Henry V | Richard II |
| 1422-1461 Henry VI | Henry IV |
| 1483-1485 Richard III | Henry V |
| 1509-1547 Henry VIII | Henry VIII |
Les
tragédies : Titus et Andronicus (1590) ; Roméo et Juliette (1595)
; Hamlet (1596) ; Jules César (1599) ; Othello (1604) ; Le Roi Lear (1605)
; Macbeth (1606) ;Antoine et Cléopâtre (1608)
Dans ces tragédies,
Shakespeare met en scène les passions, les vices, les faiblesses humaines et
plus particulièrement leurs conséquences, à savoir, la chute et la mort du
(des) héros éponymes(s). Ainsi Othello est la tragédie de la jalousie,
Macbeth, celle de l'ambition, Le Roi Lear, celle de l'égoïsme, Roméo
et Juliette, celle de la haine et de l'amour.
Le thème de la vengeance est un thème récurrent dans le
théâtre de Shakespeare, illustré principalement dans Hamlet, Titus et
Andronicus.
Les tragédies sont souvent familiales : outre Roméo
et Juliette, on peut citer, Hamlet, Othello.... Le Roi Lear.
Les
comédies : Peines d'amour perdues (1591) ; Périclès (1592) ; Le conte d'hiver (1594)
; Le songe d'une nuit d'été (1595) ; Le Marchand de Venise (1598) ; Troïlus et Cressida (1602)
; Mesure pour mesure (1603) ; La tempête (1612) ; La nuit des Rois (1614)
Pièces divertissantes,
donnant parfois lieu à des plaisanteries grossières, les comédies de
Shakespeare peuvent être aussi inquiétantes et étranges. Shakespeare fait
intervenir le monde de la magie ( La Tempête ; le jeune à tête d'âne
dans Songe d'une nuit d été), des fées (Songe d'une nuit d'été),
mais de la danse, de la musique. Il a recours au travestissement : outre la
convention théâtrale qui voulait que les hommes se déguisent en femme pour
jouer les rôles féminins, une jeune fille se fait passer pour un homme dans La
Nuit des rois. Le dénouement est le fait de l'intervention d'un " deus
ex machina" telle la déesse Diane dans Périclès. Enfin,
Shakespeare n"hésite pas à parodier les mythes anciens tel celui de la
guerre de Troie dans Troïlus et Cressida.
![]()