LES GRANDS THEMES DE L'OEUVRE DE BEROUL.

 

L'AMOUR

LA MORT

DIEU

MENSONGE ET VERITE

 

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I L'AMOUR

   A :   UNE FATALITE OU UNE PASSION SINCERE( amour coupable, amour innocent)

    arrow32.gif (570 octets)AMOUR FATAL

     remarque : Le terme philtre n'apparaît qu'au 14ème siècle. Béroul parle de "lovendric"( breuvage d'amour : 68 ), de vin herbé (68), de poison ( sans connotation négative), de potion. Pour des raisons pratiques et pour éviter toute équivoque nous parlerons de philtre.

    Chacun sait qu' au cours du voyage qui menait Tristan et Yseut d'Irlande en Cornouailles, Brangien leur fit boire par erreur le philtre d'amour que la reine d'Irlande avait préparé pour sa fille et son futur époux, le roi Marc. Irrésistiblement et instantanément, Tristan et Yseut deviennent amants et Brangien prendra la place d'Yseut dans le lit du roi Marc, le soir du mariage, pour éviter le scandale. Cette boisson pose un problème capital quant à  la relation amoureuse du couple.

    En effet, c'est par hasrad, contre leur volonté que Tristan et Yseut s'aiment : dés lors leur situation est tragique, d'autant que la potion magique annihile l'exercice de la raison : les amants sont dépossédés de leur liberté. Ils subissent une attirance irrésistible et incontrôlable : "... Le vin eut tellement d'emprise sur Tristan et sur la reine que chacun disait : je n'en suis pas las" ( 68).

   En aucun cas on ne peut juger leur relation coupable et si culpabilité il y a, c'est Brangien qui doit l'endosser, même si cette erreur n'est pas volontaire. Les amants sont  très lucides quant à leur situation : " C'était notre destin" ( 71) déclare Tristan à Ogrin après avoir précisé : " Si elle m'aime, c'est la potion qui en est la cause. Je ne peux me séparer d'elle et elle de moi" (71)

   Par ailleurs, cet amour est plus que déraisonnable et Tristan et Ogrin parlent de " folie" ( 71 ; 72), c'est-à-dire, dénué de tout rapport avec la raison : les amants ne peuvent pas lutter contre ce sentiment : c'est la faillite du libre arbitre. Yseut prend consciences qu'ils ont été trompés( 69). C'est pour cette raison que tous deux condamnent cette boisson maléfique sitôt que cesse son effet.

    Par ailleurs les amants constatent que depuis trois ans ils n'ont connu que malheurs et souffrances : "Cela fait trois ans, jour pour jour, que le malheur ne m'a jamais quitté, pendant les jours de fête ou les jours ordinaires." (68). L'amour n'est pas donc pas synonyme de bonheur et d'épanouissement.

     Ces considérations sur l'amour de Tristan et d'Yseut interpellent et ruinent l'image idyllique de l'amour passion par excellence que véhicule l'inconscient collectif mais si les amants s'aiment, dans un premier temps sans le vouloir, leur amour perdure par delà l'effet du philtre et devient une véritable passion.

     arrow32.gif (570 octets) AMOUR PASSION

   En effet, le philtre n'est responsable que de l'attirance physique ( j'en veux pour preuve le désir irrésistible qui pousse Trsistan à rejoindre Yseut malgré le piège tendu par le nain) et au bout de trois ans, ils sont délivrés " l'un comme l'autre [de] l'union des corps" ( 72), mais le sentiment amoureux est bien réel : "je l'aime comme un ami, d'un amour pur, sans déshonneur" ( 72) confie Yseut à l'ermite et Tristan se disait à lui-même : " J'implore Dieu, le maître du monde, qu'il me donne la force de laisser la reine en paix avec mon oncle... Je le ferais volontiers si je le pouvais." (69). Ils ne peuvent renoncer à s'aimer mais c'est en raison d'une passion sincère et réciproque.

    La désolation de tristan au moment de se séparer de celle qu'il aime témoigne de sa lucidité et de la conscience de son devoir : il peut faire valoir sa raison : " Il a bien mal celui qui perd son amie. Mais il faut pourtant le faire." ( 79)

    L'échange de serments et de gages de fidélité " Pour l'amour de moi", " au nom de notre parfait amour" (80), témoigne d'un engagement mutuel et sincère. de plus, lorsqu'Yseut confie à Tristan : " Si je vois la bague, aucune interdiction royale ne m'empêchera, que cela soit sage ou non"(80), elle avoue son amour incommensurable et indestructible pour son amant. Elle est prête à transgresser les interdits sociaux, moraux et elle confirme " Dés que je reverrai l'anneau, aucune tour, aucun château fort, ne m"empêchera d'accomplir immédiatement la volonté de mon bien-aimé, selon mon honneur et ma loyauté." ( 81).

    Il est indubitable que l'amour des amants est sincère et  fort. Sont-ils toujours innocents ? Il est certain que, conscients de leur amour, libres de continuer à s'aimer, jamais ils ne tenteront de lutter contre leur passion. Dés son retour chez son mari, Yseut contraint Tristan a désobéir à son roi en lui demandant de ne pas partir en exil mais de rester à proximité du château pour qu'il puisse veiller sur elle. C'est elle qui sera à l'origine de la ruse du passage du Mal Pas. Publiquement, mais sous couvert de la ruse, elle avouera aimer Tristan. Enfin, les amants continueront à se voir sitôt que le roi Marc quitte le château. On peut parler dés lors de culpabilité dans la mesure où c'est en toute connaissance de cause qu'ils commettent l'adultère.

    B : UN DESORDRE

    arrow32.gif (570 octets)Sous l'emprise du philtre, les amants vivent hors de la réalité : ils sont contraints de vivre en marge du gropue social auquel ils appartiennent. Impuissants à résister à leur amour, ils ne vivent que par et pour lui indépendamment des conséquences. A cet égard, l'épisode de la fleur de farine, est tout à fait révélateur. Incapable de ne pas céder au désir de retrouver Yseut, elle-même incapable de repousser son amant, Tristan ne mesure pas les conséquences de son acte, d'autant qu'il a paerçu le nain répandre de la farine entre les deux lits. Aucun obstacle ne résiste à ce philtre d'amour, aucune barrière ne peut empêcher les amants de s'aimer et leur sentiment réciproque devient l'élèment perturbateur de l'ordre établi.

    arrow32.gif (570 octets)DESORDRE SOCIAL

- Tristan manque aux règles de la féodalité : le roi Marc est son suzerain, il lui doit obéissance, respect et loyauté, le fait qu'il soit aussi son oncle est un phénomène aggravant. Or, force est de constater que Tristan trahit la confiance du roi et bafoue son autorité en lui ravissant sa femme. Par ailleurs, en qualité de futur héritier du trône, Tristan devrait être un chevalier modèle, or il néglige ses devoirs et loin de se consacrer à la formation des futurs chevaliers du royaume, il consacre toute son énergie à donner des rendez-vous à Yseut.

- Yseut doit respect et fidélité à son mari. En le trompant, elle ruine l'autorité du roi : comment respecter un roi qui se laisse bafouer par sa femme.

- C'est aussi parce que le couple adultère déroge aux lois sociales que les barons peuvent s'acharner contre eux ( on sait que cette poursuite sans répit est dictée par leur jalousie et leur crainte de voir un jour Tristan succédre à Marc). Dans la société féodale, le pouvoir du roi est restreint et il doit consulter ses barons pour prendre les décisions importantes ; les barons sont garants de l'ordre et du respect des valeurs sociales et morales, il est donc de leur devoir d'essayer de rétablir l'ordre.

- La condamnation au bûcher ne met pas un terme à la vie des amants : Tristan feint la piété pour échapper à ses gardes et avec de Gouvernal, il réussit à reprendre Yseut des mains des Lépreux. Dés lors, le roi n'a d'autre solution que de les mettre au ban de la société, et c'est hors de la société féodale qu'ils sont condamnés à vivre : l'espace du château leur est interdit et toute personne qui les découvre a le devoir de les dénoncer.

- Au cours de l'épisode de la forêt du Morrois, Tristan et Yseut vivent en dehors de toutes les règles sociales que leur imposent leur rang et leur statut. La notion de devoir leur est étrangère.

- Tristan et Yseut ne sont   conscients ni désordre dans lequel ils vivent ni du désordre qu'ils provoquent. C'est seulement quand l'effet du philtre cesse qu'ils mesurent le manquement à leurs devoirs respectifs. Trsitan regrette d'avoir failli à son roi, à son devoir envers les jeunes gens de la cour : " J'ai oublié la chevalerie, les usages de la cour et la vie des barons. Je suis banni du royaume. Tout me manque... Je ne suis plus à la cour avec les chevaliers." (68) Yseut mesure sa déchéance : " Tu vis dans les bois comme une serve..... Les demoiselles des seigneureries, les filles des nobles vavasseurs, je devrais les avoir à mes côtés.... je devrais les marier..." (69)

- Le retour à l'ordre établi résulte alors d' un désir réciproque : se réconcilier avec le roi, que chacun retrouve sa place : Yseut auprès de son mari , Tristan à la cour en qualité de chevalier. Néanmoins, nous sommes obligés de constater que, si Tristan et Yseut éprouvent des repentirs sincères, ils continueront à bafouer les lois du mariage et poursuivront leur relation adultère : l'amour, qu'il soit involontaire ou volontaire impose la transgression des interdits.

- Le retour d'Yseut au château de son mari est un jour de liesse pour tous et la gratitude du roi à l'égard de ses sujets ( serfs affranchis et jeunes gens adoubés) témoigne du bonheur retrouvé.

arrow32.gif (570 octets)DESORDRE MORAL

Dans la société féodale du douzième siècle, le pouvoir politique doit être en harmonie avec le pouvoir religieux : l'église prie pour le salut du roi et de son royaume, le roi et sa cour doivent défendre l'église et ses principes.Yseut, femme adultère, bafoue les lois du mariage . Tristan trahit le devoir d'obéissance au décalogue en "convoitant la femmme" de son oncle. Tous deux vivent donc dans le péché et l'ermite Ogrin, sage et bienveillant, essaie de faire prendre conscience aux amants, mais en vain, de leur aveuglement et de leurs erreurs : " Par ma foi, Tristan, Dieu pardonne les péchés de celui qui se repent" (51).

Pour Tristan et Yseut, s'aimer n'est pas un péché puiqu"ils ne peuvent s'empêcher de s'aimer ou plus exactement, selon Yseut, ils sont contraints de s'aimer : " Il ne m'aime et je ne l'aime qu'à cause d'un breuvage..." ( 52). Ils ne sont  pas responsables de leur amour, donc ils ne sont pas coupables, à la limite, on pourrait les considérer comme des victimes. Les amants ne sont pas conscients de leur faute ; c'est seulement quand ils seront libérés du philtre qu'ils la reconnaîtront : " Noble reine, nous passons notre jeunesse dans le mal" ( 69)

Le retour à l'ordre moral est un soulagement pour l'ermite Ogrin qui pleure de joie "louant Dieu de ce qu'il entend" (72) et l'église accueille le retour d'Yseut avec faste et cérémonie, tel le retour de l'enfant prodigue ( à noter que le passage à l'église précède le retour au château) : " Evêques, clercs, moines et abbés sortirent à sa rencontre ... l'évêque la prit par la main et la conduisit dans l'église." ( 85). Yseut Offre la riche chasuble dont elle était vêtue, comme une offrande pour racheter sa faute.

    C : UNE SOUFFRANCE

Amour et souffrance sont étroitement mêlés cependant, selon l'évolution de la vie amoureuse de Tristan et d'Yseut, la souffrance est différente. En effet, il convient de distinguer les souffrances endurées lors de l'épisode de la forêt du Morrois et celles causées par la séparation des amants quand ils décident de se réconcilier avec le roi Marc. Cette différence s'explique essentiellement par la situation des amants. Les épreuves subies dans la forêt du Morrois sont celles des fugitifs qui se cachent et qui vivent dans la crainte d'être découverts. De plus, pendant cette période, le philtre d'amour est encore actif. Il s'agit donc de souffrances qui sont engendrées par une volonté qui leur est extérieure. Les souffrances endurées après la scène de réconciliation sont celles des amants séparés : ce n'est plus le vin herbé qui en est la cause, mais un amour sincère et conscient. L'évolution du sentiment amoureux explique, me semble-t-il, des plaintes différentes.

arrow32.gif (570 octets)SOUFFRANCE PHYSIQUE

    - La serénité ressentie par les amants qui se sentent en sécurité dans la forêt du Morrois est de courte durée. En effet si Yseut "se réjouit [car] elle ne souffre plus à présent" ( 48), si Tristan "est autant en sécurité que s'il se trouvait dans un château entouré de murailles" (49), très vite la peur, l'insécurité et l'instabilité s'imposent. Une relecture du récit de la vie du couple dans la forêt du Morrois étonne par la permanence de la souffrance, alors que l'on aurait pu attendre au contraire la permanence du bonheur d'être ensemble. La   forêt, loin d'être un lieu idyllique, loin d'être un havre de paix pour les amants réunis, est un lieu d'épreuves de plus en plus pénibles.

    - La forêt offre une protection dérisoire et le couple est contraint, chaque matin, de "quitt[er] l'endroit où ils sont installés pour la nuit". Béroul insiste sur cet inconfort par trois fois, pages 51, 52, 57.

    - La précarité de leur vie est essentiellemnt matérielle : les amants manquent de pain (52, 57), leur seule nourriture provient de la chasse : " Ils vivent de venaison et ne mangent rien d'autre" (57) ; "leur teint s'altère" ; " leurs vêtements tombent en lambeaux" (57). Les conditions atmosphériques sont une gêne supplémentaire : " La chaleur les accablait beaucoup" (60).

    - Par ailleurs, le champ lexical de l'intensité des souffrances est récurrent : " beaucoup de peines et d'épreuves" ( 57) ; "c'est très pénible" ( 52) ; "une grande peine et un grand tourment" (58) , sont autant d'expressions qui expriment le désarroi de Tristan et d'Yseut. De plus, Béroul précise que ces souffrances sont le prix à payer pour cet amour : " Jamais depuis qu'ils sont dans la forêt deux êtres ne burent un tel calice... il n'y eut d'êtres qui s'aimèrent autant et qui le payèrent aussi cher" ( 60)

    - En danger, mal nourris, mal vêtus, malades, les amants nous offrent l'image d'un couple plus occupé à survivre qu'à s'aimer. En effet, les élans de tendresses et les effusions amoureuses sont quasi inexistantes. Le sentiment amoureux est quant à lui en danger :  même si "chacun grâce à l'autre oublie ses maux" (57), chacun craint que l'autre ne l'accuse d'être à l'origine de ses souffrances : "La noble Yseut a toutefois très peur  que Tristan éprouve des remords à cause d'elle"(57) ; " Tristan, de son côté, appréhende qu'Yseut, brouillée à cause de lui avec le roi, n'en vienne à regretter ce fol amour."(57)

    - Il faut attendre l'approche volontaire de la séparation des amants pour lire des preuves tangibles de leur amour

arrow32.gif (570 octets)SOUFFRANCE MORALE

    - Sitôt que cesse l'effet du "breuvage d'amour" ( 68), l'amour est vécu comme un sentiment qui génère le mal : "Cela fait trois ans que le malheur ne m'a pas quitté" ( 68). L'amour, sentiment perturbateur de l'ordre social et de l'ordre moral ( voir B un désordre) est banni par les amants. Mais très vite, le sentiment change : libres de ne plus s'aimer, les amants peuvent enfin s'aimer librement et sincèrement. Dés lors, se quitter devient nécessaire au nom de la raison mais intolérable au nom de leur passion réciproque. La souffrance des amants résulte de la soumission à un ordre social et moral et s'exprime de différentes manières :

    - La désolation est récurrente : " Dieu... quelle séparation ! " ( 79) ; "Il a bien mal celui qui perd son amie" ( 79")  ; "Yseut pousse un profond soupir" (79) ; plus tard, rentrée chez son mari, "par l'intermédiaire de Périnis,elle fait connaître toutes les peines et toutes les souffrances qu'elle a endurées" ( 92).

    - Le lexique amoureux est rès présent dans les propos des amants : "Ma belle amie" ; "Mon bien-aimé" ; "cher et doux ami" (82)

    - Les gestes de tendresse trahissent leur amour : " Tristan et Yseut échangent des baisers" ; "Il l'attire à lui et la serre dans ses bras " (82) ; "Les amants se regardent tendrement" (84)

    - Ils se promettent d'échanger des nouvelles : " Je vous enverrai des messages"(79)  ; " Je vous ferai parvenir par Périnis des nouvelles.. Vous verrez souvent mon messager...Je vous ferai savoir comment je me porte" ( 82)

    - Ils s'échangent des serments de fidélité : "Je vous le jure au nom de notre parfait amour" ( 80)

    - Ils se donnent des gages de fidélité : " Quand viendra le moment de la séparation, je vous donnerai, belle amie, mon gage d'amour et vous me donnerez le vôtre" (79) ; "Pour l'amour de moi, portez la bague à votre doigt" (80) " Je vous donne Husdent comme gage de mon amour"(80)

    - Les objets dépassent la fonction symbolique de l'amour réciproque. En effet, la bague devient signe de reconnaissance qui permettra à Yseut de courir au secours de son ami : " Si le désir vous prend de m'envoyer un message, je n'en croirai rien tant que je ne verrai pas cet anneau" (80). Par ailleurs, la bague d'Yseut au doigt de Tristan, la présence du chien de Tristan auprès d'Yseut deviennent presque la possession métonymique de l'autre : " .. Jamais une bête n'aura été... si bien couchée dans un lit aussi somptueux" ( 79)

    Le don de soi pour l'autre : Yseut se déclare prête à braver tous les interdits pour sauver Tristan : " ... aucune interdiction royale, ne m'empêchera, que cela soit sage ou non, d'accomplir ce que dira celui qui portera cet anneau..." (80), Tristan met tout son courage pour venger Yseut de la perfidie des barons : " Je ne prendrai pas de bain chaud tant que mon épée ne l'aura pas vengée de ceux qui lui ont fait du mal" ( 93)

   - Enfin, si la douleur physique est mentionnée c'est uniquement parce qu'elle traduit une souffrance morale extrême. Tel est le cas lorsqu'Yseut craint que le roi n'ait découvert que Tristan n'est pas parti en exil : "... le sang lui monte au visage. Son coeur se glace dans sa poitrine. Elle tombe à la renverse devant le roi, s'évanouit et devient blême."(90)

   

    D : UN AMOUR COURTOIS ?

    arrow32.gif (570 octets)DEFINITION DE LA FIN'AMOR

       La fin'amor( ou fine amor : amour étant féminin au moyen-âge) est un idéal amoureux chanté d'abord par les troubadours dés le 12ème siècle puis mis en scène par les romanciers de la même époque. Cet idéal amoureux invite à l'amour parfait ; c'est un art d'aimer qui a ses règles, ses codes et ses rites :

- La Dame aimée est noble, le plus souvent elle a une place élevée dans la hiérarchie (reine, princesse), et elle est mariée. Son amant ( au sens éthymologique : celui qui l'aime) est d'un niveau social inférieur et célibataire. Dés lors peut-on constater la première caractéristique de cet amour : la difficulté due aux obstacles sociaux et moraux.

- La Dame n'est pas acquise à son amant( il n'y a donc pas réciprocité immédiate des sentiments), elle doit être conquise et pour ce faire, l'amant doit lui être entièrement soumis et dévoué : les désirs de la Dame sont souverains : nous retrouvons le même schèma que dans la hiérarchie féodale, mais c'est la Dame qui est suzeraine et l'amant qui est son vassal.

- L'amant doit rendre hommage à sa Dame, c'est-à-dire faire preuve d'un dévouement total pouvant aller jusqu'à la mort.

- L'amant voue un véritable culte à sa Dame et fait sans cesse l'éloge de sa beauté et de ses qualités.

- Pour mériter le coeur de sa Dame, l'amant doit accomplir des prouesses ( combats...) et subir des épreuves pour valider sa fidélité et sa passion.

- La possession de la femme aimée n'est   pas ce qui prévaut dans la fin'amor ( il ne s'agit pas pour autant d'un amour platonique) : c'est d'abord la qualité, l'intensité des sentiments qui déterminent l'amant courtois.

- La souffrance est le corollaire de la fin'amor : le troubadour dans ses poèmes se plaint de l'indifférence, de l'éloignement de sa Dame, dans une confession lyrique comme en témoigne cet extrait :

        [...] Non, aucun mal que je puisse endurer d'elle

            Ne me fait renoncer à la chérir.

          Je supporte au contraire que toujours me consument

            La peine et le dommage qui d'elle me viennent....

La souffrance peut même mener à la mort de l'amant lorsque la Dame se refuse toujours à l'aimer : c'est une véritable maladie d'amour.

- Quand l'amour devient réciproque, leurs relations doivent rester clandestines. Souvent, les amants sont dénoncés par les losangiers ( les barons dans le texte de Béroul) qui mettent en place un piège pour surprendre les amants en flagrant délit et ainsi persuader le mari trompé de l'adultère.

    arrow32.gif (570 octets)L'AMOUR DE TRISTAN ET D'YSEUT EST-IL COURTOIS ?

Tant que les amants sont sous l'effet du philtre nous ne pouvons en aucun cas évoquer l'amour courtois puique, comme nous l'avons précisé c'est un amour fatal et indépendant de leur volonté qui les unit.

Lorsque cesse l'effet du philtre, les amants prennent conscience de leurs erreurs mais pour autant ils ne cessent pas de s'aimer : cet amour relève-t-il de la fin'amor, comme on le prétend trop souvent ?

- Certes Tristan déclare (99) " Pour l'amour de mon amie Yseut, je tenterai bientôt un exploit. Qu'à ma lance soit fixé le pennon dont la belle m'a fait cadeau".

- Certes, "Le Noir de la Montagne", élégant et habile, participe avec succès aux tournois orgnisés la veille du jugement d'Yseut et le pennon accroché à sa lance atteste qu'il combat pour la gloire d'Yseut.

- Certes, Yseut est mariée et reine et de ce fait, leur amour est interdit.

- Certes les amants se voient en cachette et font l'objet d'un flagrant délit au début et à la fin du texte.

- Certes, Yseut parle d'un amour parfait qui les unit.

    MAIS pour autant on ne peut pas parler d'amour courtois :

- Le code de conduite de Tristan n'est pas véritablement celui d'un amant courtois : il n'accomplit pas d'exploit pour conquérir Yseut, elle lui est toute acquise.

- Le danger et les obstacles sont vite évincés et la fin du texte de Béroul laisse les amants libres de s'aimer.

- La beauté et les qualités d'Yseut sont à peine évoquées par Tristan.

- On ne peut pas vraiment de souveraineté des désirs d'Yseut : même si c'est elle qui dicte à Trsitan ce qu'il devra faire le jour du jugement, il s'agit davantage de connivence.

- SURTOUT : l'amour est réciproque : Yseut aime Tristan autant que Tristan l'aime et ils éprouvent les mêmes souffrances. Cet amour partagé qui les unit mérite plus le nom de passion que de fin'amor.

-  Enfin,si Tristan est à la merci des désirs d'Yseut, Yseut déclare accourir sitôt que Tristan aura besoin d'elle qu'importe les obstacles ( dans ce cas, nous sommes presque dans un cas de figure d'amour courtois inversé : la Dame au service de son amant.) " Dés que je reverrai l'anneau, aucune tour, aucun château fort, ne m'empêchera d'accomplir immédiatement la volonté de mon bien-aimé, selon mon honneur et ma loyauté."

 

E : UN MOTIF STRUCTURANT.

Le thème fondateur du texte de Béroul est à n'en pas douter l'amour réciproque de Tristan et d'Yseut et, en creux, l'amour malheureux du roi Marc. Dés lors, on peut constater que la structure de l'oeuvre répond à l'évolution de la vie amoureuse des amants et le texte peut se lire de la façon suivante :

1) Les amants dénoncés ( juste avant le début du fragment restant)

2) Les amants épiés ( par le roi Marc)

3) Les amants disculpés (Par le roi Marc)

4)Les amants pris en flagrant délit

5) Les amants condamnés

6) Les amants en fuite

7) Les amants cachés

8) Les amants découverts ( par le roi Marc)

9)  Les amants disculpés (par le roi Marc)

10) Les amants repentis

11) Les amants séparés

12) Les amants épiés

13) Les amants pris en flagrant délit.

- L'intrigue principale consiste à empêcher les amants de s'aimer et l'on peut constater le retour de mêmes motifs : dénoncer, épier, prendre sur le fait. Le piège est un motif récurrent : il ouvre et clôt le fragment de Béroul : la boucle est bouclée.

- De plus, l'amour de Tristan et d'Yseut génère exclusivement les relations entre les différents personnages : on trouve les adjuvants et les opposants. Seul Le roi Marc évoluera dans les deux camps selon les circonstances.

- Enfin, l'amour engendre les autres thèmes du texte de Béroul : la mort, le mensonge, la vérité, la souffrance, le désordre.

II LA MORT

- Aucun personnage ne meurt de mort naturelle dans le texte de Béroul  et toutes les morts sont violentes et brutales, même si certaines sont annoncées. Ainsi, les amants sont-ils condamnés à être brûlés vifs ; Le nain Frocin, est décapité ; Un des trois traîtres est décapité par Gouvernal dans la forêt du Morrois, le forestier qui avait dévoilé la cachette des amants au roi est tué au cours du tournoi qui précède le jugement d'Yseut, son corps est transpercé par l'épée de Gouvernal, Denoalain est décapité par Tristan et Godoïne est tué par une flèche tirée par Tristan.

-  Si aucun procès ne vient valider ces morts c'est qu'à chaque fois une colère extrême en est la cause. Le roi Marc n'entend pas les sages conseils des Cornouaillais : " Furieux, [il leur] répondit :" ... je ne renoncerai pas à le faire brûler vif, dût-on me demandre des comptes un jour."(40).

- On peut distinguer deux motifs de condamnation à mort :

a) la mort pour manquement à un devoir

C'est le cas du nain Frocin : en dévoilant le secret du roi Marc, il trahit la confiance du roi et manque à son devoir de discrétion.

Yseut manque à son engagement à l'égard de son mari : en le trompant, elle trahit le sacrement du mariage selon lequel elle avait juré fidélité à son époux.

Tristan, quant à lui, doit obéissance, respect et loyauté à son suzerain : il manque aux lois de la féodalité.

Qu'il s'agisse de Frocin, de Tristan ou d'Yseut, ces trois condamnations à mort relèvent de la seule autorité du roi : c'est parce que son autorité est bafouée qu'il agit ainsi. Marc est poussé par un désir plus fort que celui de la vengeance personnelle : il y va de son intégrité et de son pouvoir.Ils ont commis des crimes de lèse majesté et leur mort doit être exemplaire. Tristan et Yseut sont condamnés au bûcher, tels des parjures,  le feu doit purifier la terre de Cornouailles de ces êtres impies.

 

b) la mort pour se venger.

Les trois barons, le forestier délateur sont tués par vengeance. C'est pour venger Tristan et Yseut que Gouvernal tue le premier baron ( Ganelon) : "Gouvernal se souvient de tout le mal commis par cet homme. Avec son épée, il le taille en pièces..."(58) Si les deux autres barons et le forestier ne sont tués  la fin du texte de Béroul, depuis longtemps leur mort est annoncée, par le conteur lui-même : " Tous les quatre furent bien payés : deux périrent par l'épée, le troisième fut tué par une flèche....  le forestier qui dénonça les amants ne put éviter une mort cruelle..." (81) ( à noter que Béroul nous annonce que c'est Périnis qui le tuera avec sa fronde alors qu'en fait il sera tué par Gouvernal au cours du tournoi organisé la veille du jugement d'Yseut ( 109). De même Tristan annonce son intention de tuer les barons : " Je ne prendrai pas de bain chaud tant que mon épée ne l'aura pas vengée de ceux qui lui ont fait du mal" ( 93).

Outre le motif de la vengeance personnelle, on peut considérer que ces morts, surtout celles des barons, sont nécessaires pour que vivent en paix les deux amants. Il s'agit presque d'une chasse à l'homme.

Enfin, ces morts sont vécues comme des victoires : Gouvernal rapporte la tête de Ganelon, non seulement comme preuve de son crime, mais aussi comme trophée ; de la même façon, Tristan coupera les nattes de Denoalain pour les donner à Yseut. Dans la guerre engagée contre les éléments perturbateurs du couple, ces trophées sont les marques de leur victoire et les garants de leur sérénité future.

 

III DIEU

La société féodale du douzième siècle est très ancrée dans la chrétienté et la religion joue un rôle important : elle est garant de l'ordre moral et le roi ne peut asseoir son pouvoir sans son soutien. Yseut, de retour chez son époux, passe d'abord par l'église en signe de contrition et de repentance.

Attache.gif (202 octets) OGRIN   joue le rôle du représentant de Dieu. Ermite âgé qui a choisi de vivre à l'écart de la civilisation, il incarne la sagesse tel le vieillard de la tragédie antique. Généreux, tolérant, accueillant, bienveillant, hospitalier, il est la perfection même. Il est la droiture exemplaire et loin de juger et de condamner le couple adultère, il lui conseille de cesser de vivre dans le péché et il implore Tristan pour qu'il se repente. Sans aucune agressivité mais avec insistance, il accomplit son devoir moral. Il sait rester à sa place d'humain et s'en remet à Dieu pour éclairer les amants sur leur faute : "Que Dieu qui créa le monde vous accorde un repentir sincère" ( 51). Loin de rejeter Tristan et Yseut, il leur accorde l'hospitalité pour la nuit, oubliant "ses habitudes en leur faveur" (52).

Quand Le couple vient lui rendre visite la seconde fois pour lui demander conseil sur la conduite à observer pour obtenir le pardon du roi Marc, il explose de joie et ne peut cacher son émotion. Il adresse à Dieu ses louanges: " Ah Dieu, beau roi tout-puissant, je vous rends grâce de bon coeur" ( 72). Il donne à Tristan et à Yseut des conseils avisés, il précise quel doit être le contenu de la lettre qu'il écrit lui-même au roi Marc. Cette lettre est un véritable plaidoyer en faveur de Tristan et ce n'est pas sans raison qu'il rappelle les exploits accomplis, qu'il insiste sur l'erreur commise par Marc en banissant Tristan, qu' il fait référence à la vie de misère qu'il a connue dans la forêt du morrois et enfin qu'il souligne le rôle protecteur de Tristan à l'égard d'Yseut.

Conscient des réalités du monde, il s'occupe de vêtir Yseut selon son rang pour qu'elle soit digne le jour des retrouvailles avec son époux.

Personnage sympathique, il incarne une église dominée par l'amour, la charité, la tolérance et la bienveillance. Peut-être peut-on lire en creux un éloge de ces moines qui, comme Béroul, vivent par et pour l'amour de Dieu, loin des fastes et du luxe du clergé séculier.

 

Attache.gif (202 octets) DIEU est très souvent invoqué dans le texte de Béroul, tantôt par l'auteur lui-même, tantôt par les personnages. Il est le garant de la vraie justice quand la justice des hommes est trop partiale pour être juste. "Dieu" est l'un des termes les plus récurrents de l'oeuvre au point qu'il peut presque être considéré comme un personnage.

Béroul présente un Dieu de clémence et de miséricorde. Tristan et Yseut vivent dans le péché et pourtant Dieu semble être leur complice. Tous les événements qui sont favorables aux amants déchus résultent de l'intervention divine. Très souvent la notion de miracle ou de grâce divine est invoquée : ainsi Tristan écrit -il à son oncle pour lui demander l'autorisation de rentrer au château avec Yseut : " Vous vouliez nous brûler mais nous avons imploré le seigneur et il nous prit en pitié" (77). Dieu devient le protecteur et le complice des amants :" Dieu a eu pitié" de Tristan et le laisse s'enfuir sain et sauf après le saut de la chapelle. Béroul nous avait d'ailleurs annoncé cette intervention salutaire page 37 : " Dieu à qui il plut de les protéger commit par la suite un grand miracle" (37). Selon Yseut c'est Dieu qui a voulu que le roi  se fâche avec ses barons : " Dieu a fait un miracle : mon mari s'est fâché contre ceux qui ont soulevé le scandale" (90). La bonté de Dieu est telle celle d'un père pour ses enfants, comme le souligne Brangien, après l'épisode inaugural du verger : " Dieu a fait pour vous un grand miracle. C'est un vrai père qui prend soin de ne jamais faire de mal à ceux qui sont bons et loyaux" (29). Les amants sont donc innocentés par Dieu comme le précise Béroul : " La pitié de Dieu est grande ! Il ne désire pas la mort du pêcheur. Il a entendu les cris et les pleurs des pauvres gens pour les amants dans la détresse."(40). De plus, Dieu guide les amants comme le souligne Gouvernal qui incite Tristan à la prudence : " Ne vous précipitez pas, Dieu pourrra vous donner une meilleure occasion de vous venger."(43)

Ce Dieu d'amour habite Tristan, (" par le Dieu en qui je crois" (42)), il a recours à la prière pour lui demander son aide: " J'implore Dieu qu'il me donne la force de laisser la reine en paix avec mon oncle" ( 69). Sa toute-puissance est reconnue de tous : "Le maître du monde" (69), comme le nomme Ogrin peut tout et "sans la puissance divine, vous auriez péri honteusement" ( 73) affirme le moine au couple repenti.

Béroul ne nous donne pas l'image d'un Dieu méchant et vengeur mais celle d'un Dieu de justice qui "ne trompe jamais" ( 24) et qui "pardonne les péchés de celui qui se repent, à condition qu'il ait la foi et qu'il se confesse" (51). Enfin, Tristan, Yseut,en appellent à la justice de Dieu pour les venger de la félonie et de la traîtrise.

En nous présentant un Dieu adjuvant du couple adultère, allié tout-puissant,  complice et protecteur, Béroul invite son auditoire à la clémence à l'égard des amants. De plus il déculpabilise leur amour et implicitement condamne ceux qui lui nuisent

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IV MENSONGE ET VERITE

La situation des amants impose que la vérité soit cachée et le but des barons est de dévoiler leur secret. Par ailleurs, le texte est porteur d'une morale et la vérité doit triompher du mensonge. Aussi, l'oeuvre de Béroul offre-t-elle un jeu subtil entre mensonge et vérité : tantôt sous couvert de mensonge la vérité sera dite, tantôt la vérité sera prise pour mensonge : c'est une véritable mise en scène du verbe qui préside au récit des aventures de Tristan et d'Yseut.

arrow32.gif (570 octets) La scène inaugurale est un vrai faux dialogue, par le recours à un double langage : Tantôt les amants s'adressent au roi caché dans le grand pin en feignant de dialoguer entre eux, tantôt ils se mentent mais le roi croit qu'ils disent vrai. Quand Yseut déclare : " Je prends Dieu à témoin que j'ai été fidèle ; qu'il me frappe de son fléau si un autre homme que celui qui m'eut vierge fut jamis mon amant" (21) elle dit la vérité, mais le roi croit qu'il s'agit de lui, il croit donc une fausse vérité. De même, lorsque Tristan précise : " Quand je vins vers lui en ce pays par la mer, je voulais revenir à lui comme vers un suzerain" (24), il avoue la pureté de ses intentions mais nous savons, ce que le roi ignore, que la réalité a contredit ses intentions. Yseut ment quand elle atteste qu'ellle "préférerai[t] être brûlée... plutôt que d'avoir un autre homme que son mari"(21), elle joue la femme légitime fidèle, ce que croit le roi. Tristan use du même artifice quand il dit préférer "être pendu plutôt que de devenir un jour l'amant" ( 23) d'Yseut. La stratégie oratoire des amants a raison des craintes du roi et c'est en toute quiétude qu'il redescend de sa cachette, persuadé "qu'ils ne pensent pas à mal" (27), que les propos, qui étaient vrais, étaient mensongers : " c'est une folie de croire n'importe qui" (27). Désormais les amants seront libres de se voir.

arrow32.gif (570 octets) Tristan et Yseut ne sont pas les seuls à mentir : tous les personnages mentent . Marc ment à ses barons quand il dit se rendre à un rendez-vous alors qu'il va surprendre les amants dans la forêt.

Tristan est obligé de mentir pour échapper aux gardes qui le conduisent au bûcher.

arrow32.gif (570 octets) Brangien feint d'être fâchée avev Trsitan et le roi Marc assiste à une fausse scène de réconciliation entre Tristan et Brangien.

arrow32.gif (570 octets) Même Ogrin suggère aux amants de mentir pour inciter le roi Marc à la clémence : " Pour effacer la honte et dissimuler le mal, on doit mentir un peu à bon escient". Ainsi, le mensonge a des vertus que la vérité n'a pas. Il est vrai que la vérité est mal récompensée : les seuls qui ne mentent  pas et qui disent la vérité sont pris pour des traîtres. Les trois barons disent vrai quant aux relations de Tristan et d'Yseut pourtant, ils réclament le procès d'Yseut " pour prouver" qu'ils mentent. Car de fait, si le roi les croit, il est bien le seul, tous les autres refusent d'accorder crédit à leurs propos.

arrow32.gif (570 octets) Le jour de son jugement, Yseut réussit à ne pas mentir mais ce qu'elle dit ne peut pas (ou ne veut pas) être compris. Quand elle jure que "que jamais un homme n'est entré entre [ses] cuisses, sauf le lépreux qui se fit bête de somme pour [la] faire traverser le gué et le roi Marc [son] époux" ( 112), elle dit la vérité mais personne ne soupçonne le sens réel de ses propos. On pourrait même avancer qu'elle déclare publiquement son amour pour Tristan et que la justification se transforme en déclaration d'amour.

arrow32.gif (570 octets) Le déguisement de Tristan en lépreux est un masque nécessaire pour que la reine puisse dire la vérité. De plus, c'est un vrai faux lépreux qui mendie. Métaphoriquement, le travestissement dit la vérité ; Tristan souffre depuis trois ans de la maladie d'amour contractée au contact d'Yseut. Tels les lépreux, Tristan est mis au ban de la société

arrow32.gif (570 octets) Les objets sont un langage de signes ambivalents et Tristan et Yseut vont se méprendre sur leur sens. ce qui est preuve de tendresse ( le gant pour protéger Yseut du soleil) et de pardon (l'échange de la bague et de l'épée) va être interprété comme des signes de colère. La substitution de l'épée sera lue comme une affirmation du pouvoir féodal et l'échange des anneaux comme un rappel du devoir conjugal d'Yseut envers son mari. Par ailleurs, le roi s'était lui-même mépris sur le sens de la place de l'épée entre les deux corps endormis : il avait conclut à l'innocence de leurs intentions.

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