LES ILLUSTRATION DE GUSTAVE DORE

L'art de l'illustration
L'édition de 1862
Tableau des différentes illustrations
Commentaire de certaines illustrations:
 - Le frontispice
 - Le Petit chaperon rouge ( 6*)
 - Le Petit Poucet ( 7)
 - Le Petit Poucet ( 11)
 - La belle au bois dormant (17)
 - La Barbe bleue ( 38)
pour consulter les illustrations de Gustave Doré
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2200191h
* : le numéro correspond numéro au d'ordre de l'illustration
dans l'édition de Hetzel.


 

       L'art de l'illustration  

       
  Gustave Doré réinvente la gravure sur bois, il utilise la technique dite " bois de teinte" qui permet d'obtenir de meilleurs nuances et contrastes. Si à ses débuts il dessinait à la mine de bois, il abandonne ce procédé pour illustrer les contes de Perrault, il utilise de l'encre de chine ou la gouache, préalablement diluée comme le veut la technique du "lavis" ( étymologie : lavé), technique de coloriage qui consiste à teinter un dessin par application légères d'encre ou de couleurs. Le dessinateur doit respecter moins les contours du dessin que le mouvement et doit graver de sorte que l'ombre et la lumière expriment l'atmosphère et le sens du dessin. Il s'agit d'une gravure en creux qui demande une très grande dextérité. Les nuances de noir, gris et blanc sont obtenues par la modulation de l'épaisseur du trait et la densité du support ( le bois était débité perpendiculairement au fil)
   
     Pour les contes de Perrault, les onze meilleurs graveurs de l'époque ont été mis à contribution pour graver au burin les quarante planches de bois, : Pannemaker ( par exemple les trois gravures du Petit Chaperon rouge), Pisan ( par exemple, la gravure du Petit Poucet en tain de ramasser des cailloux au bord de la rivière), Pierdon ( par exemple la gravure du Petit Poucet en train de semer ses cailloux), Brevière (par exemple la gravure qui illustre l'essayage de la pantoufle de verre à Cendrillon), Maurand (par exemple la rencontre à la fontaine de la jeune fille avec la fée déguisée en vieille dame), Boetzel (par exemple la gravure des sept enfants en train de manger le soir de leur retour à la maison), Hébert (par exemple l'arrivée des princes au mariage de Peau d'Âne, perchés sur un éléphant ou sur des chameaux)E. Deschamps (par exemple la gravure d'une des salle du château de La Belle au bois dormant,avec tous les personnages endormis), Dumont (par exemple la gravure qui illustre l'arrivée du prince auprès du lit de la Belle endormie), Delduc, Fagnon.
                Les illustrations de Gustave Doré dépassent la fonction ornementale, elles ont aussi (et d'abord peut-être) :
                - Une fonction narrative : par exemple les dix gravures du Petit Poucet  reconstituent  la progression chronologique du schéma narratif du conte : 
                    - 1ère gravure : situation initiale : la précarité de la situation de la famille et la décision paternelle :
Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants.
                    - 2ème gravure : le Petit Poucet va ramasser des cailloux au bord de la rivière 
                    - 3ème gravure : les enfants sont abandonnés au milieu de la forêt, comme l'avait décidé leur père
                    - 4ème gravure : le Petit Poucet, qui ferme la marche, sème ses cailloux
                    - 5ème gravure : grâce aux petits cailloux les enfants ont retrouvé le chemin de la maison et ils mangent de bon appétit
                    - 6ème gravure : les enfants sont à nouveau perdus dans la forêt
                    - 7ème gravure : ils arrivent près d'une maison et son accueillis par une femme
                    - 8ème gravure : l'ogre déloge les sept enfants qui étaient cachés sous le lit ( les enfants sont en danger)
                    - 9ème gravure : l'ogre tranche la gorge de ses filles
                    - 10ème gravure : Situation finale : tandis que ses frères s'enfuient, le Petit Poucet profite du sommeil de l'ogre pour lui dérober ses bottes : ils ne sont plus en danger.
            REMARQUE : la place de la 4ème gravure, qui logiquement, au regard de la linéarité chronologique des actions devrait se trouver en 3ème position, se justifie comme une analepse explicative pour comprendre la 5ème gravure.
                    Il est donc possible pour l'enfant, quand bien même il ne saurait pas encore lire, de raconter l'histoire à partir des seules illustrations.
                    Par ailleurs, certaines gravures anticipent sur le récit ( par exemple la première qui met en scène les parents et le Petit Poucet caché sous le banc), ce qui permet à l'enfant d'avoir une part active à la lecture du texte, en décodant l'image.
                - Une Fonction explicative : le langage non verbal est parfois plus éloquent que le langage verbal, surtout pour le jeune enfant, qui ne comprend peut-être pas toujours le texte du conte, aussi l'illustration permet-elle de répondre à certaines interrogations de l'enfant. Par exemple, il n'est pas sûr que l'enfant comprenne l'expression " se défaire de ses enfants", aussi la gravure qui met en scène les enfants au milieu de la forêt est bien plus éloquente qu'une leçon de vocabulaire.
        L'édition de 1862
   
     Pierre-Jules Hetzel ( 1814-1886), est moins connu comme écrivain ( Histoire d'un âne et deux jeunes filles, 1874 ; Les quatre Filles du Docteur Marsch, 1880) que comme éditeur. C'est lui qui fit paraître Napoléon le Petit, 1852, de Victor Hugo ; il édita aussi Jules Verne, Stendhal, Zola... C'est à sa demande que Gustave Doré illustra son édition des Contes de Perrault, en 1862, ( l'édition de 1697 comportait huit vignettes anonymes, peintes à la gouache ; chaque vignette précédait le conte) édition pour laquelle il écrit lui-même l'introduction sous son pseudonyme d'écrivain, P-J Stahl. Hetzel a changé le titre initial et lui en a préféré un plus sobre qui ne met en évidence que le genre, dés lors reconnu comme genre littéraire, et son auteur. Il ne réédite pas les contes en vers Griselidis et les Souhaits ridicules et il donne une version en prose de Peau d'Âne. S'il ne s'explique pas sur l'absence de Griselidis, en revanche, il justifie son choix de ne reproduire Les souhaits ridicules : " Perrault a rédigé, en vers, un autre conte, dont la forme n'est nullement réussie : ce serait déparer cette édition que d'y joindre le médiocre texte des Souhaits ridicules."
        De plus, il ne respecte pas l'ordre des contes lors de leur parution originale en 1697 comme le montre le tableau suivant ; s'adressant plus précisément à un public familial et persuadé du but didactique des contes et de l'impact de leurs moralités sur les enfants, il a non seulement supprimé les contes qui concernent davantage un public adulte, et s'il a gardé le conte de La Barbe bleue, il le place en dernière position, considérant que les enfants se sentent moins concernés par ce mari violent, mais encore il a supprimé les moralités qui pour le moins sont parfois équivoques et ne satisfont pas vraiment la morale catholique bourgeoise du XIXème siècle, à laquelle Hetzel était très attachée, ce qui explique que le plus souvent le lectorat des élèves ( mais aussi de leurs parents) ignorent totalement que les contes de Perrault étaient accompagnés de morales.
            Dans le même esprit, Hetzel, revisite le conte de Peau d'Âne. Non seulement il reprend la version en prose qui date, selon lui de 1696, mais signée du nom de Melle Bernard, auteur de tragédies mais surtout amie de Perrault, ce qui, selon Hetzel, laisse supposer que la version en prose de Peau d'Âne soit de Perrault lui-même : " Ainsi la coutume est d'attribuer la rédaction en prose de Peau d'Âne, à mademoiselle Bernard, [...] ; on se fonde sur ce qu'il est inséré dans un roman publié par cette dame en 1696, Inès de Castro. Mais on oublie qu'elle était l'amie de Perrault et que les dans les moeurs des libraires et des auteurs du XVIIème siècle, rien n'était plus commun que de mettre sous un nom une oeuvre qui aurait dû être signée d'un autre. [...] Or le style de la seconde rédaction de Peau d'Âne est si parfaitement semblable à la manière de Perrault, qu'à notre compte on doit la lui attribuer. Après la composition en vers, il s'est, pensons-nous, traduit lui-même en prose, ou tout au moins il a retouché avec une entière complaisance l'annexe insérée dans le roman d'Inès." ; mais le désir incestueux du père est atténué puisque c'est un druide maléfique, à qui il était allé demandé conseil, qui le persuade que son désir n'est pas contre nature, et donc, par conséquent, son désir n'est pas réprouvé par la morale: " Le roi, qui s'était mis en tête ce bizarre projet ( = celui d'épouser sa fille), avait consulté un vieux druide, pour mettre la conscience de la princesse en repos. Ce druide, moins religieux qu'ambitieux, sacrifia, à l'honneur d'être confident d'un grand roi, l'intérêt de l(innocence te de la vertu, et s'insinua avec tant d'adresse dans l'esprit du roi, lui adoucit tellement le crime qu'il allait commettre, qu'il lui persuada même que c'était une oeuvre pic que d'épouser sa fille." Enfin, la bonne marraine de Peau d'Âne quitte l'anonymat du conte en vers de Perrault et devient : la fée Lilas.
           
Dans l'introduction à l'édition, Hetzel, alias P-J Stahl, explique pourquoi il est important de lire des contes aux jeunes enfants :
            - Tout d'abord, parce que le merveilleux est très important pour les enfants, mais aussi pour les adultes. Non pas le merveilleux invraisemblable et irréel, mais le merveilleux des situations du quotidien, comme l'illustre le récit que l'auteur fait de sa rencontre à la boulangerie de ce petit garçon pauvre qui, ignorant que la boulangère avait annulé la dette de sa pauvre mère et que de plus l'ami de l'auteur avait lui avait fait porter une grosse somme d'argent, croit que le sourire de sa mère est causé par la vue des quatre grillons qu'il rapporte, animal censés porter bonheur. L'enfant a cette faculté de pouvoir changer son quotidien tant il a foi en ses illusions : tel cet enfant qui pleure parce qu'il s'est blessé en tombant et qui est persuadé qu'il est guéri parce que sa mère a couvert sa blessure de baisers, ce que Hetzel appelle " cette compresse merveilleuse de baisers maternels" , bien plus efficace que des " compresses véritables" 
            - Ensuite parce que l'enfant ne retient du conte que ce qui lui parle et ce qui le concerne comme le prouve l'expérience qu'il a vécue avec une fillette de quatre ans à qui il raconta l'histoire du Petit Chaperon rouge. Cette fillette, loin d'être épouvantée par la conclusion du conte trouva le loup fort gentil de na pas avoir dévoré la galette, ce qui désappointa l'auteur mais pas la mère de la fillette qui lui avait promis une galette aussi la galette du Petit Chaperon rouge "dans l'esprit de Thècle (= prénom de la petite fille) pouvait être celle-là même que [sa mère] lui avait promise", c'est pourquoi elle considéra que " ce loup délicat [avait] eu le bon goût et le bon coeur de ne pas [la] manger. Dés lors force est de constater que " les enfants se gardent bien de voir dans un livre ce qui n'est pas à leur usage"
            - En fait, la réception des contes pose problème aux adultes parce qu'elle est faussée par leur regard d' adultes qui voient du danger et de la gravité là où les enfants ne voient que des choses normales. Ainsi, un enfant qui demanderait la lune à son père " la recevrait sans sourciller, si celui-ci pouvait la décrocher du ciel", car la lune est pour lui à porter de main de son père, qui est grand, alors que lui ne peut l'atteindre parce qu'il est encore trop petit : les notions de distances, d'inaccessible, n'existent pas pour le jeune enfant. Ainsi rien n'étonne l'enfant et il est inutile de lui expliquer scientifiquement, rationnellement ce qu'est une éclipse, pour l'enfant, il s'agit juste d'une erreur du soleil " qui croit qu'il fait nuit et qui va se coucher"
            - Enfin, Hetzel aborde le problème de la morale des contes : " IL ME RESTE A FINIR par où j'aurais peut-être dû commencer, c'est-à-dire à répondre aux bonnes âmes qui redoutent qu'il n'y ait pas une morale assez grosse, assez voyante, j'allais dire, assez lourde, dans les Contes de Perrault." Selon Hetzel, la morale accessible aux enfants est très simple et se limite à leurs rapports au monde qui se limitent à leurs rapports à leur corps, à leur environnement matériel et à leurs relations familiales, que Hetzel résument ainsi : Il faut manger sa soupe jusqu'à la dernière cuillère" ; " Il ne faut mettre son doigt ni dans son nez ni dans le pot de confiture. Il ne faut pas jouer avec ce qui coupe." ; " Il est abominable d'égratigner son frère, sa soeur, sa bonne. [...] Il faut se laisser débarbouiller sans pleurer" ; " et pour résumer tout cela : " Il faut être obéissant". Aussi nul besoin de préceptes moraux assénés avec rigueur, préceptes que par ailleurs l'enfant ne peut pas comprendre. La morale la plus efficace est celle qui s'adapte à l'âge et aux besoins de l'enfant : " Elle ne doit grandir qu'à mesure qu'ils grandissent, et s'élever qu'à mesure qu'ils s'élèvent."

édition de 1697 édition de 1862
Griselidis absent
Peau d'Âne absent
les souhaits ridicules Le Petit Chaperon rouge
La Belle au bois dormant Le Petit Poucet
Le Petit Chaperon rouge La Belle au bois dormant
La Barbe bleue Cendrillon
Le maître Chat ou le Chat botté Le maître Chat ou le Chat botté
Les Fées Riquet à la houppe
Cendrillon ou la petite pantoufle de verre Peau d'Âne ( en prose)
Riquet à la houppe Les Fées
Le Petit Poucet La Barbe bleue

           La distribution des illustrations est inégale selon les contes comme le constate le tableau suivant. De toute évidence, Gustave Doré a privilégié les contes qu'il affectionnait et plus particulièrement  le Petit Poucet, qui fait l'objet de 11 illustrations, il arrive même que trois illustrations se trouvent sur une même page), alors que le texte du conte est relativement court. L'illustration devient artistique et cesse d'être documentaire comme c'était le plus souvent le cas avant, les illustrations servant à montrer ce qu'on ne connaissait pas ;  l'illustration n'est plus un "décorum" dont la seule fonction était esthétique, mais elle devient sens, et exprime le point de vue de l'illustrateur. Par exemple, dans l'introduction, l'illustration du Petit Poucet, anticipe sur le conte lui-même, et crée " une horizon d'attente" qui n'est pas effrayant : la légende insiste sur le caractère " grotesque" de l'ogre, minimise le pouvoir effrayant de "ses gros yeux" et les effets maléfiques de l'ogre sur les petits enfants, contrairement aux fées qui elles ont un pouvoir supérieur et bénéfique. La légende exprime parfaitement  le sens de l'illustration. En effet; la taille de l'ogre est en parfaite proportion avec celle de sa femme qui n'est pas présentée dans le conte comme étant une ogresse, loin s'en faut, elle fait tout pour protéger le Petit Poucet et ses frères. Le mari et la femme échangent un regard attendri, voire complice et donnent une harmonieuse du couple, qui est plutôt rassurante. Seuls les carcasses sur la table témoignent du repas de l'ogre mais là encore, Gustave Doré atténue l'appétit de l'ogre, les reliefs du repas laissent à penser qu'il s'agissait de petits animaux. L'ogre fait figure de bon homme non d'une créature effrayante dont il faut se méfier. 

Titre du conte nombre d'illustrations
Le Petit Chaperon rouge  1 (+2*)
Le Petit Poucet  10 (+1)
La Belle au bois dormant  6
Cendrillon  3
Le maître Chat ou le Chat botté  3
Riquet à la houppe  1
Peau d'Âne  6
Les Fées   1
La Barbe bleue  4

               * sont notés entre parenthèses le nombre d'illustrations qui font références à tel ou tel conte mais dans l'introduction 

        Tableau des différentes illustrations  
      
Ce tableau reproduit exactement l'ordre des gravures dans l'édition de Hetzel : les 5 premières illustrent le titre et l'introduction de Stahl  ; les contes sont numérotés dans leur ordre de succession dans l'édition de 1862.

Illustration Référence  Page ou conte illustré Légende
1 frontispice La lecture des contes en famille
2 reprise de la première de couverture de l'édition de 1697 le titre ( première de couverture) Les personnages des contes de Perrault assis sur leur livre
3 Le Chaperon rouge Introduction, p. XIII, Le Chaperon rouge Le chaperon rouge fut bien étonné de voir comment sa grand'mère était faite en son déshabillé.
4 Le Chaperon rouge Introduction, p. XV cela n'empêche pas qu'avec ses gran dents il avait mangé une bonne grand'mère
5 Le petit Poucet Introduction, p. XIX L'ogre et sa femme : Les fées ont endormi dans leurs sourires plus d'enfants que les grotesques gros yeux des ogres n'en ont tenu éveillé.
6  Le Chaperon rouge Conte N°1 : Le Petit Chaperon rouge En entrant dans un bois elle rencontra compère le loup.
7  Le Petit Poucet Conte N°2 : Le Petit Poucet , page 3 Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants.
8

 Le Petit Poucet

 Conte N°2 : Le Petit Poucet ; page 4 Le petit Poucet se leva de bon matin & alla au bord d'un ruisseau, où il remplit ses poches de petits cailloux blancs.
9  Le Petit Poucet Conte N°2 : Le Petit Poucet ; page 4 Lorsque les enfants se virent seuls, ils se mirent à crier  & à pleurer de toutes leurs forces
10  Le Petit Poucet Conte N°2 : Le Petit Poucet ; page 4  En marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu'il avait dans ses poches.
11  Le Petit Poucet Conte N°2 : Le Petit Poucet ; page 5 Ils mangèrent d'un appétit qui faisait plaisir au père & à la mère..
12  Le Petit Poucet Conte N°2 : Le Petit Poucet ; page 6 Le Petit Poucet grimpa en haut d'un arbre pour voir s'il ne découvrait rien.
13  Le Petit Poucet Conte N°2 : Le Petit Poucet ; page 7 Une bonne femme vint leur ouvrir.
14  Le Petit Poucet Conte N°2 : Le Petit Poucet ; page 8 Il les tira de dessous le lit l'un après l'autre
15  Le Petit Poucet Conte N°2 : Le Petit Poucet ; page 9 En disant ces mots, il coupa, sans balancer, la gorge à ses sept filles
16  Le Petit Poucet Conte N°2 :Le Petit Poucet ; page 10 Le Petit Poucet, s'étant approché de l'Ogre, lui tira doucement les bottes..
17  La Belle au bois dormant Conte N°3 : La Belle au bois dormant ; page 15 Cette bonne femme n'avait point ouï parler des défenses que le roi avait faites de filer au fuseau.
18  La Belle au bois dormant Conte N°3 : La Belle au bois dormant ; page 16 Le fils du roi qui régnait alors demanda ce que c'étaient que ces tours qu'il voyait au-dessus d'un grand bois fort épais.
19  La Belle au bois dormant Conte N°3 : La Belle au bois dormant ; page 17 Il marcha vers le château qu'il voyait au bout d'une grande avenue où il entra.
20  La Belle au bois dormant Conte N°3 : La Belle au bois dormant ; page 17 Ce n'étaient que des corps étendus d'hommes & d'animaux qui paraissent morts.
21  La Belle au bois dormant Conte N°3 : La Belle au bois dormant ; page 17 Il entra dans la salle des gardes.
22  La Belle au bois dormant Conte N°3 : La Belle au bois dormant ; page 17  Il vit sur un lit dont les rideaux étaient ouverts de tous  côtés
23  Cendrillon  Conte N°4 :Cendrillon ; page 25  Ne pouvant deviner comment cette citrouille pourrait l'amener au bal.
24  Cendrillon  Conte N°4 :Cendrillon ; page 26 On n'entendait qu'un bruit confus : " Ah ! qu'elle est belle !"
25  Cendrillon  Conte N°4 : Cendrillon ; page 28  Approchant la pantoufle de son petit pied, il vit qu'elle y entrait sans peine & qu'elle lui était juste comme de cire.
26  Le Maître Chat ou le Chat botté  Conte N°5 : Le Maître Chat ou le Chat botté ; page 30 Au secours ! Au secours ! Voilà M. le marquis de Carabas qui se noie.
27  Le Maître Chat ou le Chat botté   Conte N°5 : Le Maître Chat ou le Chat botté ; page 31 Bonens gens qui moissonnez, si vous ne dites que tous ces blés appartiennent à M. le marquis de Carabas, vous serez tous hachés menu comme chair à pâté.
28  Le Maître Chat ou le Chat botté   Conte N°5 : Le Maître Chat ou le Chat botté ; page 32 Le Chat eut soin de s'informer qui était cet ogre.
29  Le Maître Chat ou le Chat botté   Conte N°5 : Le Maître Chat ou le Chat botté ; page 32 L'Ogre le reçut aussi civilement que le peut un ogre.
30  Riquet à la houppe  Conte N°6 : Riquet à la houppe ; page 39 Elle vit sous ses pieds comme une grande cuisine pleine de cuisiniers, de marmitons & toutes sortes d'officiers nécessaires pour faire un festin magnifique.
31  Peau d'Âne Conte N°7 : Peau d'Âne ; page 44 Les grands de l'État s'assemblèrent  & vinrent en corps entier prier le roi de se remarier. Cette proposition lui parut dure.
32  Peau d'Âne  Conte N°7 : Peau d'Âne ; page 45 Le roi, qui s'était mis en tête de ce bizarre projet, avait consulté un vieux druide.
33  Peau d'Âne Conte N°7 : Peau d'Âne ; page 46 La jeune princesse, outrée d'une vive douleur, n'imagina rien autre chose que d'aller trouver la fée des Lilas, sa marraine.
34  Peau d'Âne Conte N°7 : Peau d'Âne ; page 46 Elle partit la même nuit dans un joli cabriolet attelé d'un gros mouton qui savait tous les chemins.
35  Peau d'Âne Conte N°7 : Peau d'Âne ; page 49 La Joie de se trouver si belle lui donna envie de s'y baigner, ce qu'elle exécuta.
36  Peau d'Âne  Conte N°7 : Peau d'Âne ; page 54 Il vint des rois de tous les pays.
37  Les fées  Conte N°8 :Les fées ; page 57 Un jour qu'elle était à cette fontaine, il vint à elle une pauvre femme qui la pria de lui donner à boire.
38  La Barbe bleue  Conte N°9 : La Barbe bleue ; page 62 S'il vous arrive de l'ouvrir, iul n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère.
39  La Barbe bleue   Conte N°9 : La Barbe bleue ; page 62  Les voisines & les amies... tant elles avaient d'impatience de voir toutes les richesses de sa maison.
40  La Barbe bleue   Conte N°9 : La Barbe bleue ; page 65 Dieu soi loué ! s'écria-t-elle un moment après, ce sont mes frères.
41  La Barbe bleue   Conte N°9 : La Barbe bleue ; page 65 Ils lui passèrent leur épée au travers du corps.

         Sont surlignés en jaune les illustrations qui font l'objet d'une description ci-dessus

          D'un frontispice à l'autre

        La définition du substantif " frontispice" donnée dans le Littré explique le choix de Perrault : " Gravure que l'on place en regard du titre d'un livre et dont le sujet est analogue au but et à l'esprit de l'ouvrage." 
         Celui de Perrault :
près d'une cheminée, une femme d'un âge certain, d'origine modeste au regard de ses vêtements ( tablier, bonnet de toile) assise sur une chaise, une quenouille maintenue sous sous son bras gauche, tenant un fuseau dans sa main droite, raconte près d'une cheminée, des histoires, à trois personnages d'origine sociale élevée, comme en témoigne leurs vêtements (chapeaux élégants, manchon de fourrure pour une des femmes...) : un homme assis en face d'elle, deux jeunes femmes agenouillées à sa gauche, l'une plus jeune a posé ses mains sur les genoux de la vieille femme. De toute évidence, la scène se passe le soir ( bougie allumée) et en hiver ( feu dans la cheminée)Tous trois la regardent avec grand intérêt. Derrière le jeune homme, tout près du feu, un chat. Sur le fond de la vignette, se trouve une porte fermée sur laquelle se trouve une pancarte sur laquelle on peut lire : Contes de ma mère L'Oye. L'aquarelle est très éclairée, outre les lueurs du feu de la cheminée, une bougie allumée diffuse une lumière blanche qui éclaire le manteau blanc de la cheminée.
        Celui de Gustave Doré
( consulter ou le site de la BNF, ou la reproduction du livre de poche) : si le terme "réécriture" est fréquemment employé dés lors qu'un auteur s'inspire d'un texte déjà existant, il faudrait oser le terme " réillustration" pour désigner le frontispice de l'édition des contes de Perrault illustrée par Gustave Doré. En effet, force est de constater que Gustave Doré s'inspire de celui de Perrault, mais que pour autant, il se l'approprie et non seulement il fait oeuvre originale et personnelle mais il transforme le " pacte de lecture" conclu par Perrault. 
        En effet, Perrault inscrivait son recueil dans la tradition orale ( absence de livre + référence au conte de ma mère l'Oye = contes populaires transmis oralement) alors que Gustave Doré convoque la tradition littéraire, comme en témoignent la légende, La lecture des contes en famille, et le gros livre ouvert ( la disproportion entre l'enfant debout à droite de la grand-mère et le livre, en dit long sur l'importance du livre dans la vie de famille) qui repose sur les genoux de la grand-mère, lunettes sur le nez, en train de lire, attitude dans laquelle se trouve le lecteur du recueil, dés lors, le frontispice est une construction en abîme.  Par ailleurs, Gustave Doré annonce le conte du Petit Poucet : non seulement parce qu à l'arrière plan on peut voir, dans un cadre, un croquis de l'enfant tirant les bottes de l'ogre, mais aussi parce que ce sont sept enfants ( cf les sept frères du conte) qui sont assemblés autour de la grand-mère. De plus, Gustave Doré désigne son lectorat : les enfants,filles et garçons, plus ou moins grands, privilégiés par le nombre mais aussi par les attributs de leur âge, les jouets, tels le polichinelle, le mouton à roulettes, le petit théâtre et leurs attitudes, la plus petite assise sur les genoux de sa grand-mère, et tous le regard tourné vers la liseuse ; mais aussi les parents, représentés par la mère des enfants. Ainsi ce sont trois générations qui sont regroupées autour d'un livre, ce qui traduit la transmission de la culture de génération en génération. Il est à noter que Gustave Doré ne retient pas le moment, le soir, et que l'espace, bien que réduit (on ne voit qu'une partie de la pièce dans laquelle se trouvent les personnages), n'est pas expressément défini comme un espace clos  ( cf la porte fermée dans le frontispice de l'édition originale). La grand-mère de Gustave Doré n'est pas occupée à filer, elle est uniquement occupée à lire, aussi la lecture est-elle privilégiée comme mode de transmission de la culture mais aussi comme activité privilégiée pour rassembler la famille. Enfin, contrairement à une deux de ses soeurs qui regardent très attentivement la grand-mère,  le petit garçon qui tient le mouton à roulettes, regarde le livre, dés lors, le livre est à lire ( à écouter) et à voir : l'image fait partie intégrante du texte ( d'ailleurs on aperçoit sur la page de gauche une illustration placée entre deux paragraphes ( ou histoires, illustration sur laquelle le pouce de la grand-mère semble attirer l'attention), et indique au lecteur la spécificité de l'édition qu'il a entre les mains.
        Le petit Chaperon rouge 
       
Une seule gravure pour illustrer le conte proprement dit : il s'agit de la rencontre du loup et du Petit Chaperon rouge, les deux autres illustrations de ce conte se trouvent dans l'introduction, d'abord le loup et le Petit Chaperon rouge au lit, puis celle de la grand-mère dans son lit, abordée par le loup. On constate que Gustave Doré a présenté en images le conte à rebours. 
        L'illustration de la rencontre de la fillette et du loup présente le loup de dos, la gueule légèrement tournée vers l'enfant sur sa droite. L'enfant le regarde sans donner l'impression de craindre quoi que ce soit. Elle tient dans sa main gauche la galette et le pot de beurre est pendu à son poignet gauche. De sa main droite elle indique une direction au loup, vers la gauche. Le décor est celui de la forêt, mais pas une forêt hostile, l'arrière plan est lumineux, comme éclairé par le soleil : le loup se trouve juste à côté du tronc d'un arbre qui doit être imposant au regard de la circonférence du tronc ; le Petit Chaperon rouge est devant un feuillage. La proximité du loup et de l'enfant est telle que le coude droit de l'enfant touche le flanc droit du loup. Seule frappe la disproportion entre le loup et l'enfant. 
        Cette illustration insiste sur l'absence d'interrogations de la part de la fillette, que le loup lui demande une direction lui semble tout à fait normal et pour le moins pas inquiétant. Par ailleurs cette illustration de l'élément perturbateur du schéma narratif du conte ne laisse en aucun cas augurer d'une fin tragique et dés lors on peut considérer qu'elle met en évidence la trop grande confiance et la trop grande naïveté de la fillette qui est incapable de deviner le moindre danger ou tout simplement l'absence de raisons d'avoir peur, elle n'a pas été mise en garde par sa mère, de toute évidence c'est la première fois qu'elle voit un loup et elle ignore tout de l'agressivité de cet animal.
        Si on compare les regards des personnages dans les trois illustrations du conte, on remarque que c'est la grand-mère qui est la plus effrayée, elle est horrifiée et devine la fin tragique qui l'attend face à l'agressivité déjà très visible du loup, toutes griffes dehors et la mâchoire béante qui laisse voir ses dents acérées. Le chat (?) qui se faufile sous le lit en dit long sur sa peur. En revanche dans la scène qui montre le Petit Chaperon rouge couché aux côtés du loup, si de fait son regard est moins "candide" que lors de la première rencontre, la fillette semble davantage étonnée qu'effrayée. Le loup quant à lui, ridiculement coiffé du bonnet de nuit de la grand-mère, semble bien sage, il regarde droit devant lui, et ne laisse paraître aucun signe d'agressivité. C'est à se demander si la fillette ne pense que sa grand-mère s'est déguisée en loup et non le contraire, ce que corrobore l'analyse de Bruno Bettelheim dans Psychanalyse des contes de fées,qui considère que " l'enfant voit sincèrement deux entités distinctes dans sa grand-mère : celle qui aime, et celle qui menace. Elle est bel et bien "Mère-Grand" et " le loup".


        Le Petit Poucet

        L' illustration qui précède le conte du Petit Poucet, nous présente le décor familial et social, celui de la pauvreté et de la désolation : 
        - une sommaire cahute en bois, une cheminée dans laquelle brûle quelques brindilles au milieu d'une fumée épaisse, un fil à linge suspendu au plafond duquel pendent quelques haillons, très peu de mobilier, une armoire très sobre en haut de laquelle est posée un chaudron inutile (il devrait être suspendu au-dessus de la cheminée pour cuire le repas), un banc sur lequel sont assis les parents, au sol, une écuelle apparemment vide que regardent un chien maigre et un chat famélique ; une hache est posée contre le rebord de la cheminée et rappelle le métier de bûcheron du père.
        - le père et la mère, pauvrement vêtus ( on remarque que la manche gauche de la chemise de la femme est rapiécée, le père est en sabots de bois) sont assis l'un à côté de l'autre et paraissent désemparés : la mère, les bras croisés, regarde droit devant elle et pleure, mais pour autant elle est empreinte de dignité : elle se tient très droite, son visage, éclairé par le feu de la cheminée, est "fermé" mais ne 'exprime pas outrageusement sa douleur, ses larmes sont discrètes, elle semble figée, comme résignée ; le père, le visage dans l'ombre, tourné vers sa femme mais sans pour autant la regarder, offre un regard perdu dans le lointain, son attitude est beaucoup moins figée que celle de sa femme, il paraît plus "détendu", moins accablé que sa femme ; la bouche ouverte il lui parle, mais elle semble ne pas l'entendre. Sous le banc, à proximité de la mère on aperçoit le Petit Poucet, témoin de la scène, il semble très attentif à ce que dit le père.
        Cette illustration exprime parfaitement la situation initiale du conte : Gustave Doré a donc choisi de montrer les conséquences tragiques de la misère et non pas de montrer des parents indignes qui se désintéressent de leurs enfants. La phrase du conte qui peut-être illustre le mieux la première illustration est, en ce qui concerne la mère : " Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait y consentir : elle était pauvre, mais elle était leur mère." et en ce qui concerne le père : " Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants, je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux." Cette scène est émouvante et invite à la pitié, non à la révolte.
        Et si l'on compare cette première image avec celle qui illustre le retour des enfants au logis, on comprend mieux encore le désespoir de la misère. En effet sur cette illustration le père et la mère, qui encadrent leur sept enfants en train de tendre avidement leurs assiettes, regardent leur progéniture avec tendresse ; cette scène contraste avec la première par l'atmosphère, il s'agit d'une scène de vie familiale heureuse, réunie autour du chaudron, posé sur une table, chaudron énorme qui représente l'abondance retrouvée et même le chien et le chat, se lèchent les babines et participent au festin. La mère, souriante est dans son rôle de maman en train de servir ses enfants, avec une très grande et grosse cuillère et chaque enfant semble le jumeau de l'autre ( quasi aucune différence de taille et d'allure), les différences décrites par Perrault sont gommées, il n'y a plus de grand ou de petit, de préféré ou de rejeté, seul compte le bonheur de la famille réunie.
      

        La Belle au bois dormant
     
     La gravure qui précède le conte de La belle au bois dormant, illustre la visite de la jeune princesse à la vieille femme qui réside tout en haut du château et qui ignore l'édit prononcé par le roi, elle anticipe sur le récit du conte et introduit l'avènement de la malédiction proférée par la vieille fée le jour de son baptême. Ce qui frappe d'abord, c'est le contraste entre la jeunesse, la pureté du visage, la souplesse du corps de la princesse et la maturité du visage ridé de la fileuse, tassée dans son fauteuil. Les deux personnages regardent avec attention le fuseau, la vieille parce qu'elle travaille, la princesse parce qu'elle découvre cet objet pour la première fois. Sa main, qui se faufile sous la quenouille, comme pour passer inaperçue au regard de la fileuse, est prête à saisir l'objet de sa curiosité. Tout laisse penser que la jeune fille agit avec délicatesse car la vieille femme n'est en aucun cas perturbée par le geste de la jeune fille, le chat, sur le fauteuil ne semble pas même s'apercevoir de sa présence. Seul un corbeau, sur le haut du fauteuil, ( oiseau tout à fait inattendue dans une chambre contrairement à l'oiseau en cage qui est un animal de compagnie), signe de mauvais augure qui rappelle le sort réservé à la princesse par la méchante fée, est très attentif à la scène et regarde fixement la jeune fille.
        La Barbe Bleue
         
La gravure qui précède le récit de La Barbe bleue, illustre les recommandations de Barbe Bleue à sa jeune femme avant son départ. Le face à face entre les deux personnages est inquiétant et exprime l'autorité et la domination du mari sur sa femme. En effet, sa taille imposante ( il a presque la stature d'un ogre, ou du moins d'un géant), son regard menaçant avec ses yeux exorbités qui fixent la jeune femme, la menace du doigt tendu, mettent en évidence son pouvoir. La jeune femme, frêle ( son visage et ses mains sont disproportionnés au visage et aux mains de son mari) ne regarde pas son mari, elle fixe avec attention la clé défendue, qu'elle tient presque déjà entre ses mains, elle semble comme hypnotisée par cette clef et ne semble pas être attentive aux recommandations de son mari. Cette clef, brandie par le mari pour attiser la curiosité de la jeune femme anticipe sur les intentions malveillantes du mari, qui ressemble plus à une bête sauvage qu'à un mari intentionné et bienveillant. En effet, Gustave Doré a choisi de traduire la laideur du personnage, son aspect repoussant, conformément au conte de Perrault : " [...] cela le rendait si laid et si terrible, qu'il n'était ni femme ni fille qui ne s'enfuît de devant lui." L'aspect inquiétant du personnage est renforcé par  la barbe longue et drue qui envahit tout le visage du personnage et lui donne un aspect bestial d'autant que son vêtement d'une étoffe lourde semble la prolonger, comme si tout son corps était recouvert de poils. Enfin, ce qui frappe encore c'est la disharmonie des deux personnages, outre la différence d'âge très visible, outre la différence de taille, les deux personnages ne sont pas du tout assortis : l'attitude du mari trahit ses intentions, il enveloppe la jeune femme du regard mais aussi de son corps et la contraint à se cambrer, elle subit déjà la volonté de son mari, vil tentateur pour mieux la perdre.