LES THEMES

 

 

 

Nous avons choisi de ne retenir que deux thèmes dans le roman de Maupassant , l'amour et la mort parce-qu'ils nous semblent plus particulièrement illustrer le projet de notre lecture, à savoir :

L' absence de vie dans "une Vie" .

 

I L' AMOUR

II LA MORT

 

 I L'AMOUR

Maupassant, dans sa vie, accordait bien plus d'importance aux plaisirs sensuels qu'au sentiment amoureux et il aimait à se vanter de ses prouesses ( maupassant-biographie.htm ). En ce sens, Julien est proche de son auteur et Jeanne illustre le non-sens de vouloir aimer et se croire aimée.

L' infidélité dans le mariage est la norme et pour le disciple de Schopenhauer, le mariage est " une chose futile et insignifiante."

L' amour conjugal, l'amour maternel, l'amour fillial sont en berne dans "Une Vie". La faillite de l'amour est à lire plus précisément dans :

jeanne.htm

julien.htm

paul.htm

le_pessimisme.htm

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II LA MORT

On meurt beaucoup dans le roman de Maupassant et Jeanne , survivante malgré elle, voit se dépeupler son univers:

_ Mort de petite mère page 176

_ Mort de sa petite fille page 216

_ Mort de de son mari et de sa maîtresse page 213

_ Mort de la chienne en gésine page 203

_ Mort de son père page 230

_ Mort de la tant Lison page 230

_ Mort du mari de Rosalie page 247

_ Mort du chien Massacre page 247

_ Mort de la femme de Paul page 278

Mort naturelle, mort accidentelle, mort volontaire, mort indifférente à l'âge, mort violente ou mort douce, la mort est déclinée sur tous les tons et frappe aussi bien les êtres que les animaux.

Certaines morts sont vécues en direct ( celle de petite mère ou celle de la chienne, par exemple), d'autres sont juste mentionnées (celle du mari de Rosalie ou celle de la femme de Paul, par exemple) , comme un fait divers.

Certaines sont rapides et dicrètes ( le baron, tante Lison), d'autres donnent lieu à de véritables scènes dominées par un réalisme éloquent ( la baronne, la chienne).

Certaines sont d' un tragique et d'une cruauté incomparables ( Julien et Gilberte, La chienne et ses chiots)

Presque tous ont une mort qui leur ressemble:

_ Tante Lison meurt, dans sa chambre, aussi discrètement qu'elle n'a vécu.

_ Petie mère dans son allée, en faisant " son exercice"

_ Le baron meurt dans le cabinet d'un homme d'affaires alors qu'il réglait les dettes de Paul.

_ Julien et Gilberte meurent ensemble, dans leur " cabane d'amour"

Que la mort soit naturelle ou non, elle est toujours inattendue : on meurt vite dans " Une Vie" , seul le chien Massacre agonise pendant de longs jours.

- La baronne : " est tombée d'un coup ... et elle n'a plus remué."

_ Le baron : " Un soir ... il roula sur le parquet frappé d'une attaque d'apoplexie."

_ Tante Lison " ... expira doucement en balbutiant."

_ Julien et Gilberte sont surpris dans leur cahute par un mari jaloux.

Tant de morts dans le roman invitent à penser que le titre est en contradiction avec son contenu. Paradoxalement, ceux qui veulent vivre meurent et Jeanne, qui veut mourir quand elle découvre la trahison de Julien, est condamnée à vivre . Aussi est-il intéressant de s'attarder sur ses réactions face à la mort de ceux qui peuplent son univers.

Jeanne n'est spectatrice que de la mort de la chienne Mirza mais elle est étroitement concernée par toutes les morts qui " parcourent" le roman et même lorsque la mort touche un autre personnage , elle n'est perçue que par le regard de Jeanne.

Ainsi, la mort de la baronne suscite peu de réactions de la part de son mari et de son gendre : trois mots suffisent pour dire la peine du baron : "il pleura beaucoup." (190 ) et l'attitude de Julien est à la hauteur de son indifférence : " Il demeura stupéfait (...) pris à l'improviste trop brusquement pour se faire d'un seul coup le visage et la contenance qu'il fallait." (182 )

En revanche, Maupassant précise,   sept pages durant ( de 183 à 190 ), les différentes attitudes de Jeanne induites par le choc de ce premier faceà face avec la mort.. Au cours de cette longue scène, troubles affectifs et physiologiques sont précisément décrits :

" Jeanne, ouvrant les bras, se jeta sur sa mère."

son chagrin s'épanche en " larmes convulsives."

" Elle voulait être seule, toute seule en cette nuit d'adieux"

Elle est " incapable de parler."

" Elle demeura aabîmée dans une sorte de douleur immobile."

Elle s'abandonne " à des regrets désespérés."

"Elle prit une des mains inertes et froides et se mit à considérer sa mère."

" Jeanne la regardait avidement."

" Elle se rappelait (...) une multitude de petits détails... "

" Elle s'abattit sur les genoux dans une crise horrible de désespoir."

" Elle se sentait devenir folle."

Ces différentes réactions suivent trois mouvements :

D'abord, elle prend conscience de la mort physique du corps : " Elle ne remuerait plus, ne parlerait plus, ne rirait plus, ne dînerait plus jamais en face de petit père ; elle ne dirait plus : " Bonjour Jeannette" Elle était morte."(184 )

Puis, Jeanne s'interroge sur le devenir de l'âme après la mort : " L'âme ! Elle se mit à rêver sur cet insondable mystère (...) Où donc était maintenant l'âme de petite mère ? l'âme de ce corps immobile et glacé ?(...) Très loin peut-être... très proche peut-être ..."

Enfin, Jeanne découvre les lettres et le secret de sa mère; sa déception est amère et sa révolte violente : " La tête éperdue, elle rejeta d'une secousse ces papiers infâmes (...) elle se mit à pleurer affreusement avec des cris involontaires qui lui déchiraient la gorge."( 189 )

Sa précipitation à les brûler résulte moins d'un désir de protéger sonpère que de se protéger elle-même. Les mots devenus cendres sont, pour Jeanne, une façon de nier un passé qu'elle ne peut supporter.

fleche.gif (94 octets) Les morts qui suivront celle de petite mère provoqueront des réactions de moins en moins fortes chez Jeanne. La mort de sa petite fille est mentionnée presque comme un fait divers ( et  l'on sait tout l'acharnement dont elle a fait preuve pour attendre ce deuxième enfant) : " Le soir même, elle accoucha d'un enfant mort." ( 216 ). Le début du chapitre XI résume de façon très lapidaire les trois mois de prostration qui suivirent, puis : " Peu à peu elle se ranima." (217 ).

fleche.gif (94 octets) La mort de son père et celle de tante Lison passent plus encore inaperçues. Jeanne semble saturée de la mort et incapable de réagir et Maupassant précise qu'elle demeure " tellement anéantie que sa douleur était plutôt de l'engourdissement que du désespoir." (236 ). Le vide qui se crée autour d'elle lui ôte toute envie de vivre pour " ne plus souffrir, ne plus penser." (237 )

fleche.gif (94 octets) Enfin, si la mort de la chienne Mirza scandalise Jeanne au point qu'elle prenne la fuite, la mort de son chien est " un grand soulagement."

SEULE JEANNE SURVIT DANS LE CIMETIERE D'UNE VIE. SURVIVANTE MALGRE ELLE AU MILIEU DES FANTOMES DU PASSE, ELLE POURSUIT SA LUTTE CONTRE LA VIE.sisyphus.gif (6561 octets)

VIVRE LA MORT DES AUTRES QUI A CHAQUE FOIS LA DEPOSSEDE UN PEU PLUS D'ELLE-MEME, VIVRE LA MORT DE SES DESIRS ET DE SES REVES, TEL EST LE PARCOURS ABSURDE DE LA VIE DE JEANNE.

 

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