MANIFESTES DU SURREALISME

Premier manifeste 1924
Réédition 1929
second manifeste 1930
 Réédition 1946

                        " Le surréalisme ne se veut pas une nouvelle école artistique mais
                             un moyen de connaissances jusqu'alors inexplorées : le rêve,
                            l'inconscient, la folie, les états hallucinatoires... 
                            tout ce qui ne relève pas de la logique. " Philippe Nadeau

Remarque : nous ne donnons que les grandes lignes des deux manifestes de Breton, références nécessaires pour apprendre à reconnaître les caractéristiques de l'écriture surréaliste et  pour une plus juste lecture de Nadja.

Premier manifeste du surréalisme

    Breton rend d'abord hommage à l'imagination, encouragée chez les enfants mais proscrite chez les adultes. il déplore qu"elle soit contrainte, limitée par les besoins impérieux de la nécessité matérielle, de la morale et de l'ordre social. pour Breton, " la plus grande liberté d'esprit nous est laissée"  et il ne faut pas " réduire l'imagination à l'esclavage", car elle rend compte " de ce qui peut être."
    Breton fait le procès du "roman réaliste" qui cultive le goût du détail " chacun y va de sa petite observation" et qui se complaît dans des descriptions " rien n'est plus comparable au néant que celle-ci" et de reprendre cet exemple de Paul Valéry qui refusait d'écrire " la marquise sortit à cinq heures"
    Il refuse l'analyse psychologique et la logique des sentiments " simple partie d'échecs dont je me désintéresse". Il faut au contraire réhabiliter en littérature le merveilleux car " le merveilleux est toujours beau [...] il n'y a que le merveilleux qui soit beau."
    Lecteur de Freud ( le rêve et son interprétation, 1900), Breton considère le rêve comme le lieu privilégié de la vie psychique  inconsciente et on ne peut pas nier son importance. Rêve et réalité sont deux instances complémentaires " Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, la surréalité [...] c'est à sa conquête que je vais."
    Il revendique la liberté de l'homme et de  toutes choses " l'homme propose et dispose : il ne tient qu'à lui de s'appartenir tout entier, c'est-à-dire de maintenir à l'état anarchique la bande chaque jour plus redoutable de ses désirs."
    Il raconte que c'est fortuitement qu'il a découvert un nouveau mode d'expression. Dans l'état intermédiaire entre la veille et le sommeil, une phase en apparence énigmatique et à laquelle généralement on ne prête guère attention, une phrase, sortie de nulle part s'imposa à lui : " Il y a un homme coupé en deux par la fenêtre." le principe de l'écriture automatique, sans contrôle de la raison venait de naître. 
    Breton donne la définition du surréalisme.
   
Dés lors, les écrivains seront "les sourds réceptacles des échos" de l'inconscient, "des appareils enregistreurs"; il donne une sorte de " mode d'emploi" pour écrire automatiquement et il reproduit un exemple de conversation surréaliste, qui est en fait constituée de deux soliloques, chacun des deux interlocuteurs ne cherchant pas "à en imposer le moins du monde à son voisin."
        " Quel âge avez-vous ?
            - Vous"
        " Comment vous appelez-vous ?
          - Quarante-cinq maisons."
    Les images surréalistes " s'offrent à lui, spontanément, despotiquement. il ne peut les congédier ; car la volonté n'a plus de force et ne gouverne plus les facultés" et il donne des exemples de phrases de Reverdy qui ne peuvent résulter "du moindre degré de préméditation" : " Dans le ruisseau il y a une chanson qui coule / le jour s'est déplié comme une nappe blanche / Le monde rentre dans un sac."
    Les collages sont un moyen surréaliste particulièrement intéressant, ils permettent " d'obtenir ,de certaines associations , la soudaineté désirable"et Breton précise qu' " il est permis d'appeler poème ce qu'on obtient par l'assemblage aussi gratuit que possible ( observons si vous voulez la syntaxe), de titres et des fragments de titres découpés dans les journaux"
    exemple : Les plus belles pailles
                   
ONT LE TEINT FANE
                       
SOUS LES VERROUS

    Le surréalisme se veut profondément " non-conformiste" et Breton pense qu'il faudra trouver encore et exploiter d'autres moyens d'expression.

    Second manifeste

   Tout d'abord Breton rappelle les grands " principes" du surréalisme : " faire reconnaître le caractère factice des vieilles antinomies. [ car] Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas, cessent d'être perçus contradictoirement. Or c'est en vain qu'on chercherait à l'activité surréaliste un autre mobile que l'espoir de détermination de ce point."
    Le surréalisme ne se réclame d'aucune morale et il a pour seul désir de " passer outre à l'insuffisante, à l'absurde distinction du beau et du laid, du vrai et du faux, du bien et du mal. " Et Breton ajoute, non sans provocation : " L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tout ce qu'on peut dans la foule."
    Breton interrompt le rappel des caractéristiques surréalistes pour se livrer à un véritable réquisitoire contre ceux qui par leurs attitudes se désolidarisent du mouvement et de ses objectifs ( Artaud, Vibrac, Soupault...)
      Il revient aux fondements mêmes du surréalisme :" rappelons que l'idée du surréalisme tend simplement à la récupération totale de notre force psychique par un moyen qui n'est autre que la descente vertigineuse en nous [ ...] la promenade perpétuelle en zone interdite."
    Il précise que le mouvement surréaliste ne doit pas se contenter de l'expression poétique mais qu'il doit avoir une dimension sociale. Le surréalisme n'est pas un idéalisme, il doit rendre compte des préoccupations sociales et politiques et y participer : " C'est au nom de la reconnaissance impérieuse de cette nécessité que j'estime que nous ne pouvons pas éviter de nous poser la question du régime social sous lequel nous vivons.
    Pour autant, Breton distingue les prises de position de l'homme et l'art de l'écrivain et il refuse de mettre la littérature au service des engagements politiques. La littérature surréaliste ne doit pas rejoindre la littérature dite " prolétarienne" : " Je ne crois pas à la possibilité d'existence actuelle d'une littérature ou d'un art exprimant les aspirations de la classe ouvrière." De fait, pour qui revendique la plus grande liberté dans l'art, il serait contradictoire de contraindre sa création dans les limites thématiques des revendications sociales, aussi fondées soient-elles.
    Breton explique son attirance pour l'ésotérisme. Il fait longuement référence à Nicolas Flamel et à sa quête de la"pierre philosophale" qui, pour Breton, "n'est rien d'autre que ce qui devrait permettre à l'imagination de l'homme de prendre sur toutes choses une revanche éclatante." 
    Comme le préconisait déjà Rimbaud, à qui il rend hommage, le surréaliste doit " tenter d'affranchir l'imagination par "le long, immense, raisonné dérèglement de tous les sens" et les reste.
    Enfin, Breton, n'accepte aucune compromission avec les considérations mercantiles du succès, il dénonce ceux qui ne cessent de " s'exhiber complaisamment et de se produire sur les tréteaux"  et il va même jusqu'à donner une vision élitiste du surréalisme " l'approbation du public est à fuir par-dessus tout. Il faut absolument empêcher le public d'entrer si l'on veut éviter la confusion."