GUY DE MAUPASSANT

1850-1893

 

HISTOIRE DE SA VIE

 

I UN DEBUT DE VIE ENTRE LIBERTE ET OPPRESSION.

PREMIERES DECOUVERTES

En 1850, au château de MIROMESNIL (près de Dieppe) naissance de Guy de Maupassant.

De ses parents, il recevra deux héritages émotionnels diamétralement opposés :

_ Son père, Gustave de Maupassant était plus attiré par la gente féminine que par toute forme de culture artistique et très vite, le jeune Maupassant sera témoin des disputes conjugales. Lorsque le couple se séparera définitivement en 1863, il rencontrera les maîtresses successives de son père sans en prendre ombrage comme en témoigne cette anecdote racontée dans une lettre à sa mère :

"J'ai été 1er en composition. Comme récompense, madame de X m'a conduit au cirque avec papa. Il paraît qu'elle récompense aussi papa mais je ne sais pas de quoi."

_ Sa mère, LAURE LE POITEVIN, était une femme très cultivée : elle était passionnée de littérature et de poésie ; elle parlait anglais et italien et surtout, elle rencontrait souvent GUSTAVE FLAUBERT, qui était le meilleur ami de son frère Alfred, poète mort prématurément en 1848.

Ce deuil ne trouva de refuge que dans la lecture de SCHOPENHAUER qui nourrit de pessimisme sa vision de la condition humaine, ce qui ne sera pas sans effet sur l'éducation de son fils d'autant plus que, jusqu'à ses 12 ans, Guy vivra quasi exclusivement avec sa mère.

Elle l'initie à la littérature et à la poésie : SHAKESPEARE et FLAUBERT sont au hit parade des lectures du jeune enfant.

L'abbé AUBOURG (vicaire d'Etretat, ville de résidence de madame de Maupassant de puis la séparation d'avec son mari) se charge de l'apprentissage des mathématiques, du grec, du latin et bien-sûr du catéchisme.

Toute cette période se déroule dans la plus grande liberté. Maupassant se passionne pour la voile et les grands espaces des campagnes normandes.

Il vit tel "un poulain échappé"( A. Lumbroso.)

MAIS...

UNE EXPERIENCE DOULOUREUSE

En 1863, sa mère, consciente des lacunes de son éducation intellectuelle, inscrit son fils aîné au SEMINAIRE D'YVETOT.

Adieu la mer et les grands espaces, bonjour les limites des murs du séminaire et des dortoirs ; adieu les horaires fantaisistes, bonjour l'emploi du temps strict rythmé par les études et les heures de prière obligatoire.

Maupassant livre à son cousin une description de ce lieu de frustrations :

"C'est un couvent triste où règnent les curés, l'hypocrisie, l'ennui... et d'où s'exhale une odeur de soutane qui se répand dans toute la ville."

L'abbé TOLBIAC, fanatique et intolérant, trouve sans doute son origine dans le souvenir de cette portion de vie.

Elève indiscipliné et insoumis il sera rendu à sa mère ( pour son plus grand plaisir) grâce à une épître qu'il dédiait à sa belle cousine :

"Vous m'avez dit : " Chantez des fêtes...

Chantez le bonheur des amants"

Mais dans le cloître solitaire

Où nous sommes ensevelis

Nous ne connaissons sur la terre

Que soutanes et que surplis."

.

RETOUR A LA LIBERTE

Le retour à la vie libre s'accompagne de la découverte des charmes féminins. A 16 ans, Maupassant se lance dans l'aventure du plaisir. L'attitude du jeune adolescent avec les jeunes filles préfigure celle du futur adulte avec les femmes. L'amour n'est que de l'ordre du plaisir sensuel et éphémère ; la fidélité n'est qu'une idée dérisoire et le mariage ne peut être voué qu'à l'échec.

Le personnage de JULIEN est déjà en train de prendre forme.

 

LES HEUREUX HASARDS

  Sur les plages d'Etretat Guy de Maupassant sauve de la noyade le poète anglais SWINBURNE. Pour le remercier, il l'invite à déjeuner dans la villa qu'il partage avec ami POWEL. Si le couple et son singe fascinent le jeune adolescent, le décor de leur maison le séduit; Les ossements, les têtes de mort, les tableaux et une main écorchée ouvrent l' horizon du FANTASTIQUE qui donnera naissance , en 1875, à UNE MAIN ECORCHEE, nouvelle fantastique.

 

La fin de ses études secondaires au lycée Corneille de Rouen vont le mettre en relation avec ses deux maîtres : LOUIS BOUILHET, poète et conservateur de la bibliothèque de Rouen et GUSTAVE FLAUBERT.

L'élève de terminale passe tous ses dimanches à CROISSET en compagnie de Flaubert qui le guide dans ses premiers écrits poétiques et qui sans cesse lui rappelle:

"N'oubliez point ceci, jeune homme, Que le talent, suivant le mot de Buffon ( 1707-1788, naturaliste auteur de l'histoire universelle.) n'est qu'une longue patience. Travaillez."

Le père de Salambô lui apprend à REGARDER, OBSERVER, DISSEQUER du regard avant d'écrire. Guy de Maupassant est dés lors initié à l'école réaliste. Le romancier qu'il deviendra observa toujours ces trois règles .

Après l'obtention de son baccalauréat en juillet 1869, il s'inscrit à la faculté de droit de Paris. Mais en 1870 c'est la déclaration de guerre avec la Prusse et son cortège de mobilisations : Maupassant s'engage ;

 

II LES CONTINGENCES DE LA REALITE

LA GUERRE

De l'élan patriotique pour affronter les Prussiens lors du siège de Paris à l'horreur de la guerre et au mépris des chefs militaires, Maupassant fera tout pour "survivre en attendant de vivre" (Henri Troyat)

Le souvenir de cette guerre hantera l'écrivain et ses premières nouvelles (BOULE DE SUIF, LA MAISON TELLIER) auront pour décor et ,pour thème cette période de 1870.

Très vite, il se trouvera un remplaçant (tout homme mobilisé pouvait se faire remplacer par un non-mobilisé en le payant ) et en 1871, il quitte l'armée.

ENTRE TRAVAIL ET LOISIRS

Il voudrait reprendre ses études de droit mais la situation financière de ses parents le lui interdisent et c'est ainsi qu'il rentrera dans la vie active le 1er février 1873 en qualité de fonctionnaire au ministère de la marine.

Très vite, il prend en aversion son travail, ne supportant ni les contraintes ni ses collègues qu'il trouve médiocres et sans esprit.

En fait ce qui l'intéresse; c'est écrire et ce qui lui manque le plus c'est Etretat. et la mer. A défaut de l'océan, c'est sur la Seine qu'il fait de la yole sitôt qu'il le peut. Il fréquent assidûment "La Grenouillère", cabaret de prédilection des peintres impressionnistes et il mène une vie de plaisirs intenses. Il multiplie les conquêtes féminines qu'il partage avec ses compagnons de fête. C'est à cette époque qu'il contracte la syphilis ; il ne s'en émeut pas, il poursuit cette vie de débauche sexuelle et refuse de se soigner.

Maupassant a 26 ans, il n'a toujours pas publié mais il fréquente les grands de la production littéraire du moment : Zola, Flaubert, Edmond de Goncourt, Mallarmé et bien d'autres.

D'autre part, au ministère de la marine, on commence à se plaindre de cet employé "qui bâille sur ses dossiers". Sur les recommandations de Flaubert, il réussit à intégrer le ministère de l'instruction publique .

D'abord ravi de ce changement, il se plaint rapidement de la lourdeur du travail : "Je marche et j'écris du matin au soir ; je suis une chose obéissant à une sonnette électrique."

ENFIN sous l'égide de ZOLA, "LES SOIREES DE MEDAN" paraissent : il s'agit d'un recueil de nouvelles sur le thème de la guerre de,1870. Par l'intermédiaire de cet ouvrage collectif, BOULE DE SUIF, la première nouvelle de Maupassant est publiée.

Flaubert, le maître attentif, confie à Maupassant son admiration :" C'est un chef-d'oeuvre... d'un excellent style... je suis content... Rebravo..."

1880 est l'année de la consécration de Maupassant. Désormais, publications, succès, vont rythmer sa vie.

 

III UNE VIE LITTERAIRE FECONDE

La mort brutale de Flaubert le 8 mai 1880 touche profondément Maupassant et vient ombrager sa toute récente gloire littéraire.

Son maître et ami disparu le font doublement orphelin : à qui va-t-il maintenant se confier ? Où trouvera-t-il un soutien tant littéraire qu'affectif ?

Maupassant se remet toutefois au travail et en 1881, le vif succès remporté par LA MAISON TELLIER ( premier recueil de nouvelles dont UNE PARTIE DE CAMPAGNE) l'encourage à redoubler d'ardeur.

En 1882, MADEMOISELLE FIFI est l'histoire d'une prostituée mais à l'inverse de son aînée Boule De Suif, elle refuse de "se donner" à l'ennemi prussien.

Désormais Maupassant peut vivre de la littérature et le ministère de l'instruction publique lui semble loin depuis "LA GUILLETTE", maison qu'il s'est fait construire à Etretat.

En 1883, "UNE VIE", son premier roman voit enfin le jour après 6 années de gestation. Déjà en 1877, il en avait parlé à Flaubert qui l'avait encouragé par cette remarque : "Voilà une vraie idée" Le succès immédiat ( 25000 exemplaires sont vendus en quelques semaines.) corrobore la première impression du maître de Croisset.

En 1884, LES CONTES DE LA BECASSE ne seront qu'un chef-d'oeuvre de plus.

Maupassant lui-même est surpris de la réception des lecteurs tant en France qu'à l'étranger (TOURGUENIEV a largement participé à la diffusion de ses oeuvres en Russie.)

Le 7 juin 1885 Maupassant publie BEL AMI. L'intrigue de ce roman se déroule dans les milieux de la presse parisienne. Le héros, est un arriviste qui réussit grâce aux femmes et qui applique la leçon de Shopenhauer selon laquelle il faut savoir utiliser les femmes et les dominer sans jamais s'attacher à elles. Bel Ami ressemble beaucoup à son auteur.

Le bateau de 11 mètres qu'il acquiert cette même année s'appelle Bel Ami non sans raison puisqu'il témoigne de la réussite de Maupassant.

L'année 1885 sera une année très faste pour Maupassant puisqu'il publiera pas moins de 30 contes( Monsieur parent....)

En1886, TOINE, un recueil de nouvelles, et LA PETITE ROQUE viennent 'ajouter aux succès de l'auteur.

En 1887, MONT ORIOL est un grand roman qui offre une satire des curistes qui sont tout autant préoccupés de leur santé que de leur argent.

En mai 1887, LE HORLA fait découvrir au public un univers fantastique. Maupassant fait l'analyse de la progression de la folie chez un personnage qui finira par être dépossédé de sa propre personnalité.

Les périodes d'écriture alternent avec des voyages en Afrique du Nord au cours desquels maupassant peut apprécier les bienfaits du soleil sur son corps maladif.

En mai 1889,publication de son roman FORT COMME LA MORT (35000 exemplaires sont vendus en 6 mois). Le héros, un peintre du nom d'Olivier Bertin partage les craintes de son auteur. En effet, il redoute la fin de la gloire et d'être détrôné par un nouveau génie. Son attitude évoque Maupassant qui est toujours très attentif au chiffre des ventes de ses ouvrages. De plus, la peur de vieillir et de mourir occupe de plus en plus la pensée de Maupassant qui, à 39 ans, vit dans un corps délabré qui le fait souffrir chaque jour un peu plus.

Après avoir dû faire interner son frère Hervé ( de 6 ans plus jeune que lui), il quitte la France pour un voyage en Italie pour tenter d'oublier l'image de la folie qui le poursuit.

En 1890, NOTRE COEUR met en scène une mondaine "allumeuse sans coeur, sans tendresse, sans sens" qui semble inspirée par Geneviève Strauss, ne femme qui a éconduit Maupassant..

 Maupassant est un écrivain adulé du public et salué par la critique mais, les dérèglements de sa vie affectives ne font qu'aggraver sa syphilis au point qu'écrire va devenir impossible.

IV LA FIN D'UNE VIE

Son état physique est tel en 1891 qu'il avoue à son médecin : "Il y a des jours où j'ai rudement envie de me foutre une balle dans la tête. Je ne peux pas lire, toute lettre que j'écris me donne un mal... Dieu que j'en ai assez de la vie."

De fait depuis un an un roman L'ANGELUS est commencé mais il ne parvient pas à dépasser la cinquantième page et l'oeuvre restera inachevée.

Ses malaises sont de plus en plus fréquents et il quitte de moins en moins la chambre. La morphine ne parvient plus à calmer ses douleurs et il est de plus en plus souvent en proie à des délires et à des hallucinations. Dans ce contexte, l'idée du suicide ne quitte plus Maupassant comme il le confie à son médecin :"Entre la folie et la mort, mon choix est fait" aussi, face à ses crises suicidaires, les médecins décident de l'interner le 7 janvier 1892 et c'est à la clinique du docteur Blanche qu'il mourra le 6 juillet 1893 après de longs mois de délires et d'isolement..

biliographie sommaire :

"Souvenirs sur Maupassant" d'Albert LUMBROSO

"Maupassant" d'Henri TROYAT

"Correspondances" de Maupassant