links.gif (1115 octets) NUIT ET BROUILLARDlinks.gif (1115 octets)

Chanson chantée par Jean Ferrat

Cette chanson me semble tout à fait illustrer le livre de Primo Lévi. Elle traduit la volonté du devoir de mémoire qui concerne tous ceux qui sont persuadés que, se souvenir ce n'est pas entretenir, la haine ou le désir de vengeance, mais faire en sorte que la souffrance et la mort des victimes du nazisme, n'aient pas été vaines.

Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent                                                                                                  Nus et maigres tremblants, dans ces wagons plombés                              

Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants,                                            

Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.                                            

 

Ils se croyaient des hommes n'étaient plus que des nombres,                    

Depuis longtemps déjà leurs dés avaient été jetés.                                       

Dés que la main retombe, il ne reste qu'une ombre                                                                               

Ils ne devaient jamais plus revoir un été.                                                        

 

La fuite monotone et sans hâte du temps,                    

Survivre encore  un jour, une heure obstinément

Combien de tours de roues d'arrêts et de départs

Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir.

 

Ils s'appelaient, Jean-Pierre, Natacha ou Samuel,

Certains priaient Jésus, Jéovah ou Wichnou.

D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel

Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux.

 

Les Allemands guettaient du haut des miradors

La lune se taisait comme vous vous taisiez

En regardant le soir, en regardant au loin,

Votre chair était tendre à leurs chiens policiers.

 

Ils n'arrivèrent pas tous à la fin du voyage,

Ceux qui sont revenus, peuvent-ils être heureux ?

Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge

Les veines de leurs bras soient devenues si bleues.

 

On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours,

Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour

Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire,

et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare !

 

Mais qui donc de taille à pouvoir m'arrêter,

L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui, c'est l'été,

Je twisterais les mots s'il fallait les twister

Pour qu'un jour nos enfants sachent qui vous étiez !

 

Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent

Nus et maigres tremblants dans ces wagons plombés

Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants,

Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent.

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