QU'EST-CE QU'UN POEME EN PROSE ?
copie d'un manuscrit de Baudelaire
LOUIS-JACQUES-NAPOLEON BERTRAND ( 1807-1841), fervent admirateur du Moyen-Age, est l'auteur de Gaspard de la nuit , recueil de poèmes en prose publiés un an après sa mort en 1842. Le sous-titre de l'oeuvre Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Jacques Callot est éloquent quant au but que Bertrand confère à son écriture. En effet, il fait référence précisément aux gravures de ces deux artistes du dix-septième siècle ( Rembrandt : 1606-1669 ; Callot : 1592-1635) lesquelles gravures expriment les fantaisies de l'imagination de leurs auteurs.Le dictionnaire donne pour définition du terme : " Oeuvre d'imagination dans laquelle la création artistique n'est pas soumise à des règles formelles. De plus, en langage musical, le terme "fantaisie" désigne un morceau de forme libre ( Fantaisie chromatique en ré mineur de J.S Bach.
De fait Aloysius avait le sentiment d' écrire quelque chose de nouveau,de la poésie sans pour autant être des poèmes codifiés et identifiables comme tels. La mort prématurée de l'auteur laissera en suspens cette nouvelle écriture poétique mais Baudelaire, quelques années plus tard, lui rendra hommage et se déclarera son héritier : " C'est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la nuit, d'Aloysius Bertrand (...) , que l'idée m'est venue de tenter quelque chose d'analogue, et d'appliquer à la description de la vie moderne, [...] le procédé qu'il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque."
ONDINE
" Ecoute ! - Ecoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.
Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air.
Ecoute ! - Ecoute ! - Mon père bat l'eau coassante d'une branche d'aulne verte, et mes soeurs caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! "
Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.
Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle, boudeuse, décapitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.
Dans une lettre à sa mère, en 1865, Baudelaire écrit : (...] J'espère que je réussirai à produire un ouvrage singulier, plus singulier, plus volontaire désormais que Les Fleurs du Mal, où j'associerai l'effrayant avec le bouffon, et même la tendresse avec la haine." (c'est moi qui souligne)
Dans cette confidence, le poète met déjà en évidence une des caractéristiques du poème en prose à savoir la rupture de tons, le mélange des thèmes : l'absence d'unité.
En effet dans " Les yeux des pauvres" Baudelaire dit à la fois toute la tendresse qu'il éprouve pour ce père et ses enfants :" [...] j'étais attendri par cette famille d'yeux [...]" et toute l'indifférence, voire le dégoût de sa compagne face à ce spectacle de la misère : " [...] Vous me dites " Ces gens-là me sont insupportables avec leurs yeux ouverts comme des portes cochères". La métaphore d'une part, la comparaison péjorative d'autre part, exprime l'antagonisme du poète et de sa compagne.
Dans " Le chien et le Flacon", Baudelaire fait la satire de ce maître qui offre à son chien un parfum luxueux, décrit l'effroi du chien face à ce cadeau qui le répugne et traite sur le mode burlesque la réaction du maître qui refuse de comprendre le refus de son chien :
" - Ah ! misérable chien, si je vous avais offert un paquet d'excréments, vous l'auriez flairé avec délices et peut-être dévoré"
Un journaliste, dans un article sur les petits poèmes en prose , en soulignant le mélange des tonalités, corrobore les propos de la lettre de Baudelaire : " L'idéal et le trivial se fondent dans un amalgame inséparable"
THEDORE DE BANVILLE ( 1823-1891) , soucieux avant tout de technique, persuadé que "la rime est tout dans le vers", défendait son attachement à la forme et au rythme dans son " Petit recueil de poésie française " et affirmait "vouloir enfermer ses idées dans une forme parfaite et précise". Pourtant, il salua les "Petits poèmes en prose" avec enthousiasme et fit l'éloge de cette nouvelle écriture poétique :
" Un véritable événement littéraire a eu lieu : je veux parler de la publication des poëmes en prose de Charles Baudelaire [...] Ces courts chefs-d'oeuvre, artistement achevés, où, dégagés de toute intrigue, et, pour ainsi dire, de toute construction matérielle, la pensée libre, agile, apparaît dans sa nudité éclatante [...] Voici mille ans qu'on nous répète avec pitié : " Que seriez-vous sans le vers, sans le rythme, sans la rime, sans ces enchantements tout matériels [...] Eh bien ! les poëmes en prose de Baudelaire répondent à cela encore ; ôtez au poète le vers et la lyre, mais laissez-lui une plume ; ôtez-lui cette plume et laissez-lui la voix ; ôtez-lui la voix et laissez-lui le geste ; ôtez-lui le geste, attachez ses bras, mais laissez-lui la faculté de s'exprimer par un clin d'oeil, il sera toujours le poète, le créateur et, s'il ne lui est plus permis que de respirer, sa respiration créera quelque chose. Ô fous bizarres de vous imaginer que c'est à un certain balencement de syllabes, à une suspension du sens, au retour régulier de certains sons qu'a été donné la privilège d'enfanter des êtres.[...] ( c'est moi qui souligne)
Dans cet éloge, Banville, en affirmant que l'absence de contraintes formelles libère la pensée, laisse supposer que les codes de la forme diversifiée sont des carcans qui garrottent le génie créateur. Il accuse même, à la fin de cet extrait, certains critiques d'étroitesse d'esprit pour n'appeler "poésie" que ce qui est conforme à la norme canonique générique.
Par ailleurs, l'image du poète dépouillé de tout moyen matériel nécessaire à l'écriture explique que la création poétiquepeut s'affranchir de tout artifice.
Dans sa dédicace à Arsène HOUSSAYE ( 1814-1896), directeur de la revue " l'Artiste", Baudelaire donne sa propre définition du poème en prose :
"Quel est celui d'entre nous qui n'a pas, dans ses jours d'ambition, rêvé le miracle d'une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience." ( c'est moi qui souligne)
" L'ambition" évoquée par Baudelaire précise que le travail d'écriture du poème en prose est plus difficile que celui du poème en vers.
"Le miracle" insiste sur l'effet extraordinaire ( au sens étymologique) produit par le poème en prose.
Par ailleurs la définition qu'il propose repose sur deux paradoxes.
le premier définit une poésie " musicale sans rythme et sans rime". S'il est, de fait, évident que la rime n'est pas le critère unique de la musicalité d'un poème, l'absence de rythme nous interpelle davantage. En fait Baudelaire fait référence aux rythmes canoniques du vers et au rôle de la césure, voire au retour régulier de la strophe. dés lors, dans le poème en prose, c'est le volumeet la cadence de la phrase, le jeu sur les sonorités,l'agencement des paragraphes qui conféreront un ryhme particulier.
Le second paradoxe parle d'une prose "assez souple et assez heurtée", c'est-à-dire d'une écriture sans unité, au contraire, elle sera ambivalente. Tantôt fluide, tantôt saccadée, elle se modulera selon les différents motifs évoqués. Dans la lettre à sa mère, nous avons constaté que Baudelaire privilégiait le mélange des tons et des thèmes dans un seul et même poème. Dés lors, il est évident que la diversité, voire la rupture des rythmes est le corollaire des évocations diverses. Un même poème peut réunir dans une harmonie nouvelle "les mouvements lyriques de l'âme", les ondulations de la rêverie" et les soubresauts de la conscience".
POEME EN VERS, POEME EN PROSE : DES OUTILS DE
LECTURE DIFFERENTS
L'étude d'un poème en vers diffère de celle d'un poème en prose. En refusant la forme versifiée comme seul critère d'identification du poème, Baudelaire va user de toutes les ressources du langage pour faire de ce qui, à première vue, apparaît comme un texte en prose, un texte poétique.
En abandonnant les contraintes formelles de la strophe,les contraintes de la prosodie( la rime, le mètre), le poète s'offre un espace de liberté et de souplesse qui libère l'expression. Dés lors, l'écriture poétique peut s'adapter plus aisément aux méandres de la pensée et de l'inspiration sans pour autant la laisser "délirer" n'importe comment.
Le poème en prose n'est pas que de la prose poétique, il obéit à des règles, souples et modulables. Forme brève, identifiable par un titre qui évoque, le plus souvent, le thème dominant, le poème en prose répond à une structure en paragraphes qui s'articulent logiquement , il use de toutes les ressources de la musicalité du langage ( assonnances, allitérations),de la ponctuation, du rythme et de la longueur des phrases, des figures de sens ou tropes ( métaphores, allégories, comparaisons, gradations, métonymies, synecdoques, périphrases, antonomases...) des figures de la pensée (antiphrases, hyperboles, litotes, euphémismes...), des figures d'énonciation ( l'apostrophe, la prosopopée...), des figures de construction ( la symétrie, le chiasme, l'antithèse, l'asyndète, l'ellipse, la parataxte...), des figures de répétition ( l'anaphore, l'épanalepse...) : lire, comprendre et expliquer un poème en prose c'est : écouter et regarder. Prenons un exemple :
" Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur" Dans ce paragraphe qui conclut " le joujou du pauvre", Baudelaire insiste sur la réciprocité en ayant recours à la redondance en employant la forme pronominale du verbe "rire", les pronoms "l'un, l'autre" et l'adverbe fraternellement. Par ailleurs, l'adjectif numéral "deux", l'adverbe "fraternellement", l'adjectif qualificatif " égale" ( souligné par l'auteur par sa graphie en italique), mettent en évidence non seulement la ressemblance des deux enfants mais leur quasi gémellité par delà les différences sociales. Le détail pittoresque de la blancheur des dents précise l'innocence et la candeur du monde des enfants qui ignore encore les différences entre les hommes. Enfin, l' assonnance en [an], les allitérations en [l] et en [d] confèrent à la phrase un rythme fluide qui traduit l'insouciance et la gaieté des enfants.
En résumé :
pour étudier un poème en vers comme pour étudier un poème en prose il faut être attentif :
- au titre du poème
- aux sonorités et aux ryhmes
- aux figures de sens, de la pensées, d'énonciation, de construction, de la répétition
pour étudier un poème en prose il faut aussi considérer la
particularité de sa structure :
- les paragraphes ( nombre et longueur)
- les articulations logiques
- la longueur des phrases
pour étudier un poème en vers il faut aussi prendre en compte :
- sa forme ( fixe, régulière, libre)
- la longueur des strophes ( distique, quatrain, quintil...)
- le (les) mètre(s) utilisé(s) ( alexandrin, décasyllabe, pentamètre...)
- les rimes ( riches, pauvres, suffisantes) et leur agencement ( croisées, suivies, embrassées)
- le rythme des vers ( binaire, ternaire...)
Voici deux poèmes de Baudelaire dont le thème est identique mais l'un est en vers, l'autre est en prose : il ne s'agit pas de faire une étude comparative des deux poèmes mais de mettre en évidence la spécificité de chaque écriture.
La chevelure( 1859)
Un hémisphère dans une chevelure ( 1857)
1 Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure ! 1 Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de
2 Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir ! tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un
3 Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec
4 Des souvenirs dormant dans cette chevelure, ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer
5 Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir ! des souvenirs dans l'air.
2 Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que
6 La langoureuse Asie et la brûlante Afrique, je sens ! tout ce que j'entends dans tes cheveux ! Mon âme
7 Tout un monde lointain, absent, presque défunt, voyage sur le parfum comme l'âme des autres
8 Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique ! hommes sur la musique.
9 Comme d'autres esprits voguent sur la musique, 3 Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures
10 Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum. et de mâtures, ils contiennent des grandes mers dont les moussons
me portent vers de charmants climats, où l'espace
11 J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, plein de sève, est plus beau et plus profond, où l'atmosphère
12 Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ; est parfumée par les fruits, par les feuillages
13 Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève ; et par la peau humaine.
14 Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve 4 Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port
15 De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts : fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux
de toutes nations et de navires de toutes formes
16 Un port retentissant où mon âme peut boire découpant leurs architectures fines et compliquées
17 A grands flots le parfum, le son et la couleur sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.
18 Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire 5 Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve
19 Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire les langueurs des longues heures passées sur un divan
20 D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur. dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis
imperceptible du port, entre les pots de fleurs et
21 Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse les gargoulettes rafraîchissantes.
22 Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ; 6 Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur
23 Et mon esprit subtil que le roulis caresse du tabac mêlé à l'opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure,
24 Saura retrouver, ô féconde paresse ! je vois resplendir l'infini de l'azur tropical ; sur les rivages duvetés
25 Infinis bercements du loisir embaumé ! de ta chevelure, je m'enivre des odeurs combinées du goudron,
du musc et de l'huile de coco.
26 Cheveux bleus, pavillons de ténèbres tendues, 7 Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires,
27 Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles,
28 Sur les bords duvetés de vos mèches tordues il me semble que je mange des souvenirs.
29 Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
30 De l'huile de coco, du musc et du goudrons.
31 Longtemps ! Toujours ! ma main dans ta crinière lourde
32 Sémera le rubis, la perle et le saphir,
33 Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
34 N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
35 Où je hume à longs traits le vin du souvenir.
Code des couleurs :
en vert : les idées communes aux deux poèmes
en bleu foncé : les différentes expressions pour désigner la chevelure
en rose : la reprise de la même formule pour ouvrir et clore le poème
en violet :le reprise anaphorique de "dans"
en rouge : les idées particulières au poème en prose
en bleu : les idées particulières au poème en vers
Commentaire
Dans le poème en vers, Baudelaire s'adresse à la chevelure tandis que dans le poème en prose, il s'adresse à la femme aimée ; cette différence de destinataire explique la différence de titres .
Sept quintils composent le poème en vers et sept paragraphes de longueur inégale forment le poème en prose : la structure formelle est différente mais pour autant on ne peut conclure à une progression différente. En effet, chaque strophe comme chaque paragraphe contient une unité de sens :
strophe 1: le thème du souvenir : point de départ : l'odeur de la chevelure paragraphe 1: le thème du souvenir : point de départ : l'odeur de la chevelure strophe 2 : le thème du voyage : point de départ : le parfum de la chevelure. paragraphe 2 : le thème du voyage : point de départ : le parfum de la chevelure. strophe 3 :évocation de la destination du voyage : un pays éxotique, par delà les mers, chaleur et pureté des hommes. paragraphe 3 : le thème du pays rêvé : rêve de mer, d'espaces infinis, de soleil, de senteurs, de parfums. strophe 4 : le thème du port paragraphe 4 : le thème du port strophe 5 :le thème du bien-être ; le bercement de la mer paragraphe 5 : le thème du bien-être, le bercement de la mer. strophe 6 : Une symphonie de parfums paragraphe 6 :une symphonie de parfums strophe 7 : le thème du souvenir contenu dans la chevelure paragraphe 7 :le thème du souvenir contenu dans la chevelure.
Force est de constater que les deux poèmes suivent une progression identique : Le parfum de la chevelure de la femme aimée est le point de départ d'un voyage mental dans une île exotique où la chaleur, les musiques, les parfums, les hommes, la nature sont en harmonie et offrent au poète un bien-être total.
Ce n'est pas donc pas dans le contenu du poème qu'il faut lire la spécificité de chaque écriture mais dans la forme et surtout dans le style. Par exemple,dans le poème en prose, on peut constater que c'est la reprise anaphorique de "dans", qui met en évidence la progression thématique ; la forme impérative " laisse-moi" au début et à la fin du poème insiste sur l'unité du poème ( la boucle est bouclée). Par ailleurs, le texte en prose est plus précis dans la description que dans le poème en vers : les références olfactives sont plus nombreuses ( tabac, opium, sucre, goudron, musc et coco) mais le poème en vers use davantage de la métaphore filée de la mer ou de la forêt pour désigner la chevelure et la synesthésie peut se lire aussi à la rime des vers 8 et 9 ( aromatique/ musique)....
Selon les types de texte
Poèmes narratifs
Certains poèmes racontent une histoire et obéissent à un parfait schéma narratif. Prenons parexmple le poème VI, Chacun sa Chimère : Situation initiale : le poète se promène dans une plaine ; élément perturbateur : le poète rencontre des hommes courbés sous le poids d'une chimère ; actions : un dialogue s'engage entre le poète et les hommes pour connaître leur but ; situation finale : le poète renonce à comprendre et laisse s'éloigner les hommes. Certains poèmes, tel, Mademoiselle Bistouri, sont presque des nouvelles.
Les anecdotes personnelles ou entendues sont le plus souvent à l'origine des poèmes : c'est la rencontre par hasard d' Un Plaisant, un soir de nouvel an ; c'est le récit d'une aventure désagréable vécue par Le mauvais Vitrier....
Poèmes descriptifs
Beaucoup moins nombreux que les précedents, les poèmes descriptifs concernent tantôt un lieu, Le Port, tantôt une femme, La Belle Dorothée, Un cheval de race, tantôt un objet, par exemple les jouets dans Le Joujou du pauvre
Il convient de noter que certains poèmes sont narratifs et descriptifs tel Le Gâteau.
Un cas particulier : lepoème inaugural : L'Etranger qui est un court dialogue entre un "je" non identifiable et un homme étranger à toutes les valeurs communément reconnues ( la famille, la patrie, l'argent, les critères esthétiques).
Selon les finalités du poème :
Poèmes appartenant au genre didactique
Il s'agit de contes, de fables voire de paraboles, c'est-à-dire des récits allégoriques au service d'une morale. Dans Les Dons des Fées, le poète dénonce la cupidité et le matérialisme de l'homme ; dans Le Chien et Le Flacon, le chien représente le public dédaigneux de l'art ; Les Bons chiens, est un poème qui use de la symbolique animale pour dénoncer le conformisme humain et exalter la marginalité de l'artiste
Poèmes appartenant au genre épidictique
L'éloge : Le poème XXIII est un véritable éloge de la solitude , Le crépuscule du Soir est un hymne à la nuit et à ses bienfaits ;
Le blâme : dans Les yeux des Pauvres, Baudelaire blâme et condamne la femme aimée pour son indifférence au malheur d'autrui.
Poèmes satiriques
Beaucoup de poèmes sont des satires : de l'esprit français qui se croit supérieur à tout et se permet de se moquer de tout ( Un Plaisant), de la femme qui toujours se plaint de son sort (La femme sauvage et la petite Maîtresse), des jugements de valeurs non fondés ( satire du gazetier qui ne sait goûter le silence et la solitude dans La Solitude) ; du public qui dédaigne ce qui beau ( Le Cuien et Le flacon) ( voir les différents rôles du poète)
Selon les registres
Registre lyrique C'est de loin le registre le plus important : en effet, la plupart des poèmes sont écrit à la première personne et expriment les sentiments, les pensées de Baudelaire.
Méditation : dans Le "Confiteor" de L'artiste, Baudelaire nous livre toute l'amertume qu'il ressent face à sa condition d'artiste. de même, dans A Une heure du Matin, il évoque les bienfaits de la solitude.
Réflexion philosophique sur l'absurdité de la vie de ces hommes qui, tel Sisyphe, ne savent où ils vont ni pourquoi ils avancent dans A Chacun sa Chimère ; sur la folie et ses raisons dans Le crépuscule du soir ;
Emotions pour Les Veuves, pour Le vieux Saltimbanque, pour ces deux enfants qui se disputent un morceaude pain ( le Gâteau) ou pour ces deux autres qui se regardent au travers d'une grille ( Le joujou du Pauvre)
Monologue intérieur dans Any Where Out Of the World poème dans lequel Baudelaire interroge son âme sur la meilleure destination à prendre pour trouver le repos.
Régistre pathétique
Tous les poèmes qui évoquent les pauvres, les délaissés, les mal-aimés, s'inscrivent dans le registre pathétique : le choix des mots, des images, des détails ont pour but d'agir sur le pathos du lecteur : ainsi, n'est-ce pas par hasard si Baudelaire insiste sur la misère matérielle du saltimbanque pour mieux mettre en évidence sa misère affective et morale
Registre tragique quand le poème exprime la fatalité de l'enfermement de l'homme dans une réalité qui le dépasse ou l'impossibilité de l'homme à vaincre une force qui le surpasse et dont il est la victime comme dans le poème La Chambre Double qui illustre la dictature souveraine du temps sur l'homme.