RESUME ET STRUCTURE DE NADJA
RESUME qui ne remplace en rien la lecture de l'œuvre et qui n'a pour but que de donner quelques repères pour une lecture personnelle.
L'AVANT-DIRE ou ( repêche retardée)
Breton précise et justifie son choix d'écriture : " Éliminer toute description" ce qui justifie " l'abondante illustration photographique ; le ton qui " se calque sur celui de l'observation médicale" ; le style dépouillé qui répond au souci de ne pas lui accorder " le moindre apprêt" ;"le dénuement volontaire".
Il définit son oeuvre comme " un document pris sur le vif" et conclut avec le lecteur un pacte " anti-littéraire"
Enfin, il précise les raisons qui l'ont conduit à "remanier" son texte, " mieux dire"
Première partie ou préambule, des pages 9 à 69
En quête de soi des pages 9 à 11 : Tout une série de questions inaugurent le livre et introduisent une quête identitaire : " Qui suis-je ", "Qui je hante ?", " qu'a-t-il fallu que je cessasse d'être pour être qui je suis", " je m'efforce de savoir en quoi consiste [...] ma différenciation"
Le rôle de la critique des pages 11 à 19 : Breton se livre à une remise en cause de la critique littéraire qui ne devrait "s'attacher [qu']aux menus faite du quotidien [car] ils traduisent la vie de l'homme indépendamment de tout contrôle artificiel". Puis il dénonce le roman réaliste et prédit la fin de la littérature psychologique. Il revendique une littérature qui laisse voir l'homme tel qu'il est dans la vie de tous les jours : l'écrivain doit être transparent et ne rien masquer.
Affirmation d'un projet autobiographique des pages 19 à 26 : Le contenu du livre sera " les épisodes les plus marquants de [sa] vie telle qu''[il] peut la concevoir en dehors de son plan organique.", c'est-à-dire une vie livrée au hasard. Son but est de rendre compte des "pétrifiantes coïncidences", des faits inattendus, de l'entrelacement des idées, des 'faits-glissades" qui anticipent sur le futur.
Puis il précise sa méthode : ni ordre ni sélection préétablis, écrire au gré des souvenirs spontanés, au risque de ne pas être exhaustif. Il conclut avec le lecteur un pacte d'authenticité et définit les limites spatio-temporelles de son récit.
Début du récit des pages 26 à 69 : Dans ces pages Breton se livre à des petits reportages qui relatent chacun un événement de son passé et qui tissent entre le passé et le présent des liens étroits. Il se raconte à travers les différentes rencontres avec ses amis, à travers ses goûts pour le théâtre ou le cinéma, à travers ses déambulations dans les rues de Paris. Le hasard occupe une place privilégiée dans ces récits anecdotiques et corroborent le projet d'écriture qu'il a précédemment établi.
Deuxième partie des pages 70 à 172
Le journal des pages 71 à 127 :
4 / 10 / 1926 : rencontre par hasard de Nadja, attirance des yeux, échange des premiers regards, des premières paroles, confidences de Nadja sur son passé et sur sa présence à Paris, sur son état de santé. personnage énigmatique " Je suis l'âme errante" et personnage de l'instant. Réquisitoire de Breton contre le travail. Rendez-vous est pris pour le lendemain.
5 / 10 : Élégance de Nadja qui est en opposition avec l'aspect négligé de la veille. Suite de ses confidences sur ses deux amis : " le grand ami", " un Américain". Elle initie Breton à son jeu favori de questions / réponses, jeu grâce auquel elle s'invente un monde..
6 / 10 : le couple se rencontre, non pas au lieu et à l'heure fixés la veille, mais par hasard, Nadja ayant décidé ce jour là de ne pas se rendre au rendez-vous. Nadja entretient Breton sur le pouvoir qu'il exerce sur elle. Échange du premier baiser dans un taxi. Errance dans Paris. On apprend que Nadja a une petite fille mais qu'elle ne vit pas avec elle. Divagations verbales, visuelles de Nadja : sa perception du réel échappe à la convention du monde. Rendez-vous est pris pour le surlendemain.
7 / 10 Breton s'interroge sur les sentiments qu'i éprouve pour Ndja et sur le but de leurs relations. L'idée de ne pas la voir ce jour lui est insupportable, il sort, et ils se rencontrent par hasard. Précarité de la situation matérielle de Nadja, Breton s'engage à l'aider.
8 / 10 Rendez-vous manqué: alors que Breton pense que Nadja n'est pas venue, ce qui la lui fait chercher jusqu'à son hôtel, c'est lui qui s'était trompé de lieu de rendez-vous.
9 / 10 : Deux exemples de "pétrifiantes coïncidences" : les gravures sur l'histoire de France et la découverte fortuite, sur une lettre écrite à Nadja du nom du président de la cour d'Assise qu'Eluard recherchait.
10 / 10 : Du pouvoir de Nadja sur les hommes ( exemple du garçon de restaurant qui est terriblement troublé). Nadja demande à Breton d'écrire un livre sur elle, sur eux.
11 /10 : déambulations " l'un près de l'autre mais très séparément". Breton s'ennuie.
12 / 10 : Nadja offre et explique son premier dessin à Breton ( voir page 123); Breton comprend de moins en moins les propos de Nadja. Départ pour saint-Germain par le train. Arrivés là, tout est fermé, le couple repart pour Paris.
Fin de ce journal. Breton occulte la nuit passée ensemble.
Commentaire et suite de la narration de leur relation des pages 128 à 172 : Breton s'interroge sur la personnalité de Nadja : " un génie libre", " une créature toujours inspirée et inspirante", "une pauvre femme ?"
Il nous livre quelques aphorismes et poèmes de Nadja et explique ses différents dessins. Nadja n'est plus présente que par ce qui la représente.
Breton a appris que Nadja avait été interné pour "trouble à l'ordre" de son hôtel ce qui entraîne, outre un plaidoyer pro domo un réquisitoire contre les asiles et les méthodes scandaleuses des psychiatres.
Troisième partie ou épilogue des pages 173 à 190
Justification de l'ellipse temporelle des pages 173 à 177 : Breton se trouve " plié sous le poids d'une émotion intéressant, cette fois, le cœur encore plus que l'esprit" Il est à noter que Breton écrit " cette fois" ce qui implique que la relation qu'il a connue avec Nadja n'intéressait que l'esprit, d'ailleurs il précise que " La personne de Nadja est si loin", remplacée par la " Merveille" Il s'interroge sur la nécessité de continuer à écrire alors qu'il devrait s'adonner à sa vie affective à perdre haleine.
Regard critique sur l'illustration de son livre des pages 177 à 184 : Il n'est que partiellement satisfait de la partie illustrée de Nadja qui ne correspond pas toujours à " l'angle spécial " de sa propre vision.
Hymne à la "Merveille" des pages 184 à 190 exaltation de sa beauté, de son pouvoir, de sa perfection. Breton est totalement subjugué par cette femme idéale et irremplaçable. Il semble avoir atteint l'objet de sa quête amoureuse. Il en vient même à remettre en cause l'existence de son livre, qui lui paraît désormais futile : " Puisque tu existes comme toi seule sais exister, il n'était peut-être pas très nécessaire que ce livre existât [..] cette conclusion ne prend même son vrai sens et toute sa force qu'à travers toi."
Breton conclut son livre sur une réflexion sur la beauté : elle doit être ni statique, ni formelle, mais oscillatoire "comme un sismographe". La dernière phrase " La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas" sera reprise et expliquée dans L'Amour fou.
Le texte de Breton est composé de trois parties identifiables par la mise en pages mais aussi et surtout par leur volume, leur contenu et leur espace temporel.
La première partie, appelée "préambule" par Breton s'étend des pages 9 à 69 ; la deuxième, qui retrace le récit de la rencontre de l'auteur avec Nadja, des pages 71 à 172 ; enfin la dernière partie ou épilogue ( initialement nommée conclusion par Breton) des pages 173 à 190.
Chaque partie couvre un espace temporel différent : le préambule concerne la période qui s'étend de 1918 au 3 octobre 1926 soit environ huit ans; la deuxième partie s'étend du 4 octobre 1926 à fin août 1927, soit dix mois ; la troisième partie évoque la période qui va de fin août 1927 à fin décembre 1927.
Dés lors nous pouvons constater que le temps de la narration est disproportionné par rapport au temps du récit, ce qui confère à l'œuvre un rythme irrégulier et que la seconde partie est privilégiée par rapport aux autres, d'autant que 56 pages sont consacrées au récit des 9 premiers jours de l' " aventure" de l'auteur avec Nadja ( du 4 / 10 : 1926 au 12 / 10 / 1926). Cette importance accordée à la partir centrale du livre justifie en ce sens son titre.
Par ailleurs, les trois parties du texte obéissent à une partition interne :( pour plus de précisions, vous pouvez lire le résumé de chaque partie)
Préambule : deux parties : des pages 9 à 24, le projet d'écriture et des pages 24 à 69, le début du récit, constitué essentiellement de micro récits, structurés en paragraphes.
Deuxième partie : deux parties : le journal des pages 71 à 127, et la suite du récit de l'aventure des pages 127 à 172
Troisième partie : trois parties : des pages 173 à 177, réflexions sur l'écriture de son livre ; des pages 177 à 184, regard critique sur le support iconographique et enfin des pages 184 à 190, hymne à " TOI"
Nadja se présente donc comme un récit morcelé qui fait se succéder un passé de moins en moins lointain ( la dernière partie est quasi contemporaine du temps de l'écriture) et qui fait alterner des épisodes qui ne semblent pas toujours avoir un lien évident avec ce qui précède ou ce qui suit. Pour autant, ces différentes parties, sans vraiment répondre à la question inaugurale " Qui suis-je ?" retracent les " sollicitations perpétuelles qui semblent venir du dehors " et qu'il faut interroger pour en trouver le secret. " 17)
Si le début de la deuxième partie suit une linéarité parfaite, comme en témoigne la forme du journal, force est de constater qu' à partir de la soirée du 12 octobre ( le récit de la nuit passée avec Nadja, du 12 au 13, ayant été occulté), l'écriture n'obéit plus à des contraintes chronologiques précises, conformément d'ailleurs à ce que Breton avait précisé au début de son livre : " j'en parlerai sans ordre préétabli et selon le caprice de l'heure qui laisse surnager ce qui surnage." ( 22, 23) Aussi se livre-t-il à la spontanéité de ses interrogations : " Se peut-il qu'ici cette poursuite prenne fin ?" ( 127), " Qui est la vraie Nadja ?" ( 133) ou de ses réflexions : " J'ai pris du premier au dernier jour Nadja pour un esprit libre" ( 130). Tantôt il évoque les rencontres avec Nadja, rencontres postérieures à octobre 1926 : " J'ai revu Nadja bien des fois" ( 136), tantôt il revient sur l'après-midi du 13 octobre page 134. De même, il mentionne et donne à voir le dessin de Nadja qui date du 18 novembre 1926 ( 140-141) et il évoque ses derniers dessins inachevés (155), montrés lors de leur dernière rencontre, date qui est nulle part précisée. Enfin, la référence à l'internement de Nadja, dont on a pu retrouver la date exacte à savoir le 21 mars 1927, nous permet de situer vaguement la date de la rupture avec Nadja puisqu'il précise : " On est venu il y a quelques mois m'apprendre que [...] à la suite d'excentricités [...] avait dû être internée à l'asile..." ( 159)
De même, la première partie du récit, si elle suit un ordre chronologique incontestable qui nous mène de 1918 à août 1926, il n'en demeure pas moins que c'est sans véritable rigueur. En effet, cette partie est constituée de petits paragraphes autonomes qui sont juxtaposés et la précision de leur datation n'est pas clairement précisée et doit faire l'objet d'investigations dans la vie même de Breton. Ainsi la première représentation de La couleur du temps de Guillaume Apollinaire eut lieu le 24 /11 / 1918, La pièce de théâtre Les détraqués fut donnée en 1921, mais La rencontre avec Eluard précède -t-elle ou non celle avec Benjamin Péret, rien ne permet de le dire. C'est que pour Breton, ce qui importe surtout c'est de relater de événements qui l'ont marqué, tel film, telle pièce de théâtre, telle rencontre. Ces récits permettent d'établir le parcours de leur auteur dans sa relation avec le hasard, tous ont en commun le fait qu'ils " fussent-ils de la constatation pure, présentent chaque fois toutes les apparences d'un signal, sans qu'on puisse dire au juste de quel signal" ( 20) : ainsi nous est donné le fil conducteur qui doit présider à la lecture.
La troisième partie quant à elle, revient en partie sur la période 1926 /1927, mais elle est surtout concentrée sur la rencontre de Breton de Suzanne Muzard en novembre 1927.
Au regard du temps de l'écriture, on constate aussi des différences. Le préambule et la deuxième partie sont écrits en août 1927, sans discontinuer. Le livre de Breton semble achevé puisque la fin de la deuxième partie marque non seulement la fin de l'"aventure" avec Nadja, " Je ne vous entends pas" ( 172) mais aussi la fin de la quête de Breton comme en témoigne les interrogatives qui ferment la partie " Qui vive ? Est-ce moi seul ? Est-ce moi-même ?" ( 172, interrogatives qui font écho aux interrogations initiales : " Qui suis-je ? [...] Qui je hante ?" ( 9), ainsi la boucle semble bouclée et selon les témoignages de Breton, il ne lui restait plus alors qu'à écrire la conclusion de son livre. de plus le titre retenu Nadja", justifiait sans conteste cette fin. De retour à Paris début septembre 1927, il retarde le moment de l'écriture de cette conclusion, " plié sous le poids d'une émotion intéressant, cette fois, plus le cœur que l'esprit" ( 176). Une ellipse de quatre mois sépare donc la fin de l'écriture de la deuxième partie et la reprise de l'écriture, ellipse qui n'est pas sans importance puisque la conclusion initialement prévue se transforme en un hymne à la femme aimée, destinataire principal des dernières page de l'œuvre.( pour plus de précisions lire la genèse de l'oeuvre)
Le temps de l'écriture interrompt périodiquement les temps de la narration. Ainsi, page 24, l'auteur précise " Varengéville-sur-mer où je me trouve.." ; une longue parenthèse occupe les pages 55 à 59, dans laquelle Breton, évoque un événement contemporain du temps de l'écriture à savoir un rêve provoqué par l'évocation de la pièce Les Détraqués. Breton montre ainsi la relation entre le passé et le présent, entre la réalité vécue et le rêve.
la distribution de l'iconographie et sa diversité selon les différentes parties participe à la structure de Nadja. Dans la première partie on trouve 17 "images", dans la deuxième, 28 et seulement 3 dans la troisième dont 2 ont été ajoutées lors de le réédition de 1962. Il y a donc un déséquilibre dans la répartition iconographique avec toujours une part plus importante pour rendre compte de la rencontre avec Nadja. Mais c'est la diversité des documents qui nous semble plus éloquente.
Dans la première partie se donnent à voir : - des lieux, tels l"Hôtel des grands hommes", "le manoir d'Ango", lieux qui bornent le cadre spatial initial du récit mais aussi des lieux parisiens, " la porte Saint Denis", la boutique "Bois et Charbon", des personnages, Portraits d'Eluard, Desnos, Benjamin Péret, des objets, le gant, l'objet déniché aux Puces, des spectacles, cinéma, théâtre. Cette diversité traduit le parcours de Breton des 1918 à 1926, tant dans ses relations que dans ses loisirs ou encore dans ses recherches.
Dans la deuxième partie, toutes les "images" sont exclusivement en relation avec Nadja, lieux de rencontre, tel le café de " La nouvelle France", lieux de passage au hasard de leurs promenades tel " le jet d'eau des Tuileries, les dessins de Nadja qui ont été réalisés pendant cette période, les objets, tel le masque ou les tableaux qui l"ont frappée, tel celui de Chirico ou celui de Max Ernst, jusqu'au portrait du professeur ST Claude qui travaille au service de psychiatrie de l'hôpital Saint Anne. Dire et montrer tout ce que fut sa relation avec Nadja, tel est bien le but de cette partie du récit. Par ailleurs, il est intéressant de noter que les 15 premières pages sont exemptes de tout support visuel et que dés lors que le journal prend fin, il y a de plus en plus d'images ( 19, sur les 28), la totalité des dessins de Nadja, sauf 1, comme si les documents iconographiques suppléaient l'absence de la femme, comme si elle n'était déjà plus, bien que leur relation ne soit pas interrompue, que présence picturale et objet de réflexions et de commentaires.
La sobriété de l'iconographie dans la troisième partie, s'explique en partie par le fait même de son contenu. En effet, Breton commente " la partie illustrée de Nadja" ( 177), et justifie la présence du leurre du musée grévin. par ailleurs, entièrement dominé par ses sentiments pour Suzanne Muzard, volontairement restée anonyme, ce qui explique l'absence de son portrait , Breton ne donne à voir qu'une pancarte, énigmatique pour le lecteur, mais symbole de la passion qui l'envahit.
La structure du texte de Breton, trouve son unité dans la contingence et l'on pourrait parler d'une structure de la contingence. De fait, dés la deuxième page du livre, il précise qu'il est soumis " à certaines contingences d'heure et de lieu" ( 10). La question " Qui sui-je ?" devient très vite " Qui je hante ?", c'est-à-dire quel est la succession de " moi" qui ont fait qui il est : " ce qu'il a fallu que je cessasse d'être, pour être qui je suis" ( 9). Dés lors, on peut considérer que Breton vient de nous donner la clé de la structure de son livre. les événements racontés dans la préambule n'ont d'intérêt que dans la mesure où ils expliquent son passé. Prenons un exemple : la boutique " Bois et Charbon" devant laquelle il s'arrête au cours d'une promenade dominicale avec Philippe Soupault, fait écho à la dernière phrase des Champs magnétiques, et prouve que l'inconscient qui a présidé à l'écriture automatique de cette phrase exprimait une réalité qu'ils ignoraient alors. De même, les différents récits du préambule qui se succèdent sans lien narratif apparent et qui de ce fait apparaissent indépendants les uns des autres, j'en veux pour preuve le blanc typographique qui les sépare, sont autant de faits glissades, qui illustrent le hasard des rencontres et des événements qui par la suite joueront un rôle déterminant. De plus on peut considérer que ces différents exemples de hasards ne font que préparer sa rencontre avec Nadja, de même que sa relation avec Nadja ne faisait qu'entrevoir la rencontre avec Suzanne : le rendez-vous d'amour manqué avec Nadja prépare le coup de foudre pour Suzanne Muzard.
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